La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris
La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris
Chronique

La Sylphide : divine apparition

par Sonia Bos-Jucquin | le 7 juillet 2017

La check-list en poche et l’esprit tourné vers les festivals de l’été ou les vacances qui approchent, vous pensez que la saison 16-17 est terminée pour tout le monde ? Détrompez-vous ! Avant de faire un break ou de plonger vers de nouveaux horizons, il vous reste quelques jours pour recharger vos batteries émotionnelles en savourant La Sylphide au Palais Garnier, un ballet classique aussi léger et rafraîchissant qu’une glace à l’eau dégustée au soleil, les doigts de pieds en éventail sur le sable fin.

La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

Dans sa demeure écossaise, James s’assoupit, à la veille de ses noces avec Effie. Ce n’est pas sa promise qui le réveille mais un esprit ailé, une envoûtante Sylphide, qui s’envole et s’évapore lorsque le jeune homme tente de retenir cette troublante vision. Mais déjà chacun arrive pour les préparatifs du mariage. Une sorcière vient pour dire la bonne aventure. Elle apprend à la fiancée que James ne partage pas des sentiments aussi forts que les siens et qu’elle épousera Gurn, son soupirant, amoureux transit. Le promis chasse la vieille femme qui promet de se venger. Au milieu de la fête, James est le seul à voir La Sylphide qui continue d’opérer sur lui un charme insaisissable. Lorsqu’elle parvient à dérober l’anneau d’Effie et à s’enfuir dans la forêt, le jeune homme abandonne tout pour se lancer à sa poursuite. Néanmoins le bonheur est fragile et de courte durée au cœur d’un domaine sylvestre propice aux amours où la sorcière n’oublie pas l’affront essuyé à la noce.

La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

Evidemment, pour faire exister cette histoire sans aucun mot, il faut des danseurs exceptionnels sous peine de passer à côté de l’essentiel de l’œuvre. Tout est donc question de distribution et nous devons avouer que celle que nous avons vue était plus que convaincante. Hugo Marchand est incroyable, dès la scène de son réveil. Elégant, il incarne très bien le jeune homme tiraillé entre sa fiancée, bien réelle, et la Sylphide, semblable à une apparition divine. Nommé étoile il y a quelques mois, il maîtrise ce rôle qu’il reprend pour notre plus grand plaisir. Son jeu scénique est très travaillé et appuie le côté théâtral de la pièce. Il se montre lumineux dans l’acte I, ivre de désirs, guilleret, virevoltant et enchaînant les grands jetés parfaitement alignés, jusqu’à son désespoir, poignant, lorsqu’il supplie la Sorcière de lui venir en aide.

Les tableaux qu’ils partagent sont d’une troublante beauté, proche du songe ou du mirage, avec la fragilité que cela comporte

A ses côtés, la danseuse étoile Amandine Albisson est sublime. Gracieuse et souriante, chacune de ses apparitions tiennent de l’ordre de la magie. Elle virevolte comme un papillon dans la lumière autour de James, apparaît et disparaît au gré de ses envies, que ce soit à travers la cheminée ou dans les airs. Sa présence, quasi hypnotique, nous subjugue. Son personnage est à la fois évanescent et vaporeux. Elle semble voler, flotter dans les airs. Couronne de fleurs sur la tête, elle nous ensorcelle au même rythme que le jeune homme. Les tableaux qu’ils partagent sont d’une troublante beauté, proche du songe ou du mirage, avec la fragilité que cela comporte. L’acte II voit se succéder leurs apparitions et disparitions dans un rythme mutin, léger et aérien, souligné par les flûtes et les vents en général, jusqu’à la scène de la capture, forme de soumission tragique, qui voit la Sylphide perdre ses ailes et se vider de son énergie comme de sa joie de vivre.

C’est le temps de la légèreté et de l’insouciance, d’un enchantement de tous les instants au creux de cette forêt magique et apaisante

Marion Barbeau et Emmanuel Thibault impressionnent pour le pas de deux des écossais. Elle, enchaîne les piqués et les pirouettes tandis que lui est un soutien solide pour les portés. Alexis Renaud est une Sorcière très charismatique. Tout passe par le regard et la gestuelle des mains. L’illusion opère et nous nous laissons prendre au piège. Son solo au début de l’acte II dans la forêt est splendide. La musique devient inquiétante, renforcée par les harpes et les cordes, plus graves et sourdes. La lumière est soignée et met en valeur son sortilège lors de la conception du voile magique dans une brume bouillonnante qui se déverse dans la fosse telle une cascade d’eau fraîche dans les montagnes, tandis que les Sylphides volent dans le ciel, toujours insaisissables. C’est le temps de la légèreté et de l’insouciance, d’un enchantement de tous les instants au creux de cette forêt magique et apaisante. Quant au tableau final, il est juste parfait et mémorable !

Hugo Marchand et Amandine Albisson dans La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

Hugo Marchand et Amandine Albisson dans La Sylphide © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

La soirée s’est ouverte sur le tempo allant de la baguette du chef d’orchestre Ermanno Florio, battant la mesure avec assurance dans l’air tiède de ce début d’été qui sonne pourtant, déjà, la fin de la saison de l’Opéra national de Paris. Sa direction se fait plus énergique lorsque le rideau s’ouvre sur la demeure conçue par Marie-Claire Musson, d’après Pierre Ciceri. La musique déploie son large spectre, allant de la sérénité à la caresse, en passant par la douceur ou la tristesse, notamment durant l’ouverture de l’acte II où les tonalités mélancoliques nous transpercent le cœur. Les thèmes se succèdent et la chorégraphie invite à pénétrer l’esprit de l’époque. Nous voyageons au cœur de l’Ecosse comme celle que décrivait Walter Scott. La Sylphide est un ballet classique bouleversant d’intensité. Il y a bien longtemps que nous n’avions pas été aussi émus, notamment par la délicatesse de la musique de Jean-Madeleine Schneitzhoeffer et par la profondeur de la chorégraphie de Pierre Lacotte. Une belle idée pour retarder de quelques heures le départ en vacances.

 


La Sylphide

Ballet en deux actes

Livret : Adolphe Nourrit

Musique : Jean-Madeleine Schneitzhoeffer et Ludwig Wilhelm Maurer (Acte I : extrait de l’Ombre)

Adaptation et chorégraphie : Pierre Lacotte d’après Philippe Taglioni

Décors : Marie-Claire Musson d’après Pierre Ciceri

Costumes : Michel Fresnay d’après Eugène Lami

 

Distribution vue :

La Sylphide : Amandine Albisson

James : Hugo Marchand

Effie : Hannah O’Neill

La Sorcière : Alexis Renaud

Gurn : Yvon Demol

La mère d’Effie : Anémone Arnaud

Ecossaises en bleu : Laure-Adélaïde Boucaud, Camille Bon, Roxane Stojanov, Peggy Dursort, Lucie Fenwick, Marion Gauthier de Charnacé, Julie Martel et Caroline Osmont.

Ecossaises en rouge : Elonore Guérineau, Pauline Verdusen, Juliane Mathis, Sophie Mayoux, Jennifer Visocchi, Ambre Chiarcosso, Célia Drouy et Ninon Raux.

Ecossais en bleu : Yannick Bittencourt, Yann Chailloux, Aurélien Houette, Cyril Mitilian, Mathieu Contat, Alexandre Gasse, Florent Melac, Jean-Baptiste Chavignier.

Ecossais en rouge : Paul Marque, Simon Valastro, Adrien Bodet, Julien Cozette, Grégory Gaillard, Francesco Mura, Antoine Kirscher, Hugo Vigliotti.

Pas de deux des écossais : Marion Barbeau et Emmanuel Thibault

Les sorcières : Jean-Baptiste Chavignier, Cyril Chokroun, Julien Guillemard, Alexandre Labrot, Chun Wing Lam et Axel Magliano.

Trois Sylphides : Fanny Gorse, Ida Viikinkoski et Laure-Adélaïde Boucaud.

Les Sylphides : Pauline Verdusen, Camille Bon, Juliane Mathis, Sophie Mayoux, Roxane Stojanov, Jennifer Visocchi, Victoire Anquetil, Anémone Arnaud, Julia Cogan, Ambre Chiarcosso, Eugénie Drion, Peggy Dursort, Lucie Fenwick, Marion Gautier de Charnacé, Clémence Gross, Amélie Joannidès, Julie Martel, Ninon Raux et Naïs Duboscq.

Du 1er au 16 juillet 2017 au Palais Garnier




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