La Traviata © Vincent Pontet / OnP
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Chronique

La Traviata : à l’amour, à la mort

par Sonia Bos-Jucquin | le 8 juillet 2016

La fin de saison est décidément placée sous le talent de Giuseppe Verdi. Parallèlement à Aïda, l’Opéra de Paris reprend pour treize représentations, jusqu’au 29 juin 2016, la Traviata, un classique par excellence, dans une mise en scène de Benoît Jacquot. Le livret de Francesco Maria Piave, d’après la Dame aux Camélias d’Alexandre Dumas Fils (1848) permet de donner à une très bonne distribution l’occasion d’explorer en trois actes une large palette vocale et émotionnelle.

 

La mise en scène de Benoît Jacquot se montre sans éclat, sans surprise ni grand intérêt. Plutôt statique, comme figée dans la scénographie très épurée de Sylvain Chauvelot, elle manque d’investissement. Les costumes classiques de Christian Gasc renforcent cette prise de risque minime. Côté décor, nous passons d’un lit surmonté par le tableau Olympia de Manet que nous pouvons admirer au musée d’Orsay à un acte II dont l’intrigue se déroule sous un grand chêne (la direction d’acteurs est alors réduite a minima mais confère une atmosphère intimiste et saisissante en corrélation avec l’orchestre) puis dans un luxueux escalier avant de revenir sur la scénographie initiale, dans l’intimité des derniers instants de Violetta. Cela en est presque décevant mais c’est bien là la seule véritable faiblesse de cette reprise puisqu’à côté de ces désagréments, la généreuse direction musicale de Michele Mariotti, vive et minutieuse, révèle avec brio toutes les nuances de la partition de Verdi et son souci de les faire ressortir avec grandeur et maestria. La clarté de l’orchestration nous fait ressentir l’alternance entre douceur et profondeur de la musique verdienne.

La Traviata © Vincent Pontet / OnP

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La force de cette Traviata, dont le nom renvoie à l’amoralité de la protagoniste, réside dans ses époustouflants interprètes. Francesco Demuro reste légèrement en retrait et dans les parties scéniques il semble avoir du mal pour trouver ses marques, mais sa prestation vocale gagne en prestance dès la fin du premier entracte. Les autres chanteurs sont quasi parfaits, à commencer par la gracieuse Cornelia Oncioiu qui interprète la douce Annina, servante de Violetta.
Antoinette Dennefeld est une Flora très expressive tandis que Julien Dran est un convaincant Gastone. Notons également l’excellence des chœurs, parfaitement placés et coordonnés avec l’orchestre, dirigé avec dynamisme et précision par Michele Mariotti, qui est entièrement à son écoute pour une formidable présence à l’acte central.

La Traviata © Vincent Pontet / OnP

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Dans ce drame romantique et intimiste, Germont père a un rôle crucial. Tenu par le grand Plácido Domingo pour quelques dates, nous avons eu le bonheur d’entendre le jeune Simone Piazzola qui lui succède sur cette fin d’exploitation, incroyable de justesse et de précision dans ce rôle à la fois cynique et puissant puis pris de remords et extrêmement touchant dans son amour protecteur. Son intérpretation du célèbre air « Mio Figlio…Di Provenza » est tout simplement à couper le souffle.

Cependant, les honneurs reviennent à la superbe Maria Agresta qui campe une courtisane sensible et dont la précision vocale nous touche immédiatement. La soprano parvient sans difficulté à insuffler toutes les émotions bouillonnantes de son personnage par une ligne de chant élégante et pleine de grâce. Epoustouflante, elle se montre poignante dans un « Teneste la promessa… addio del passato » bouleversant à l’Acte III (« Les roses de mon visage sont désormais fânées. L’amour d’Alfredo me manque. ») avant un aria final déchirant d’exception qui nous arrache des larmes d’émotions.

Son agonie finale nous transporte dans un acte III phénoménal, mêlant lyrisme, frissons, et émotions en pagaille

Elle maîtrise parfaitement l’evolution de la tension dramatique qui atteint son apothéose au dernier acte et dévoile une large palette vocale et émotive. Son agonie finale nous transporte dans un acte III phénoménal, mêlant lyrisme, frissons, et émotions en pagaille.

Dès le prélude de l’acte III, les larmes montent doucement tandis que la musique se fait murmure et caresse. Les notes s’entrechoquent avec délice dans une limpidité savoureuse. Une émotion sincère s’empare de nous : « les joies, les peines finiront bientôt. La tombe est le terme de toute chose. Mon tombeau n’aura ni larmes ni fleurs » chante Violetta dans ses derniers instants en nous transmettant toute la puissance de ses sentiments.

Pourtant, une fois le rideau final retombé, il y aura des larmes sur nos joues et des applaudissements nourris pour saluer le talent des protagonistes d’une Traviata lumineuse et combative dont le chant teinté de mille couleurs nous atteint en plein coeur.

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