Laurent Korcia  © Elodie Crebassa / Naïve
Laurent Korcia © Elodie Crebassa / Naïve
Chronique

Laurent Korcia dans un déluge de notes

par Juliette Guibert | le 13 mai 2015

Rossini, Kreisler, Paganini, Schubert… Quand Marc Feldman, l’administrateur de l’Orchestre Symphonique de Bretagne, nous a présenté le programme quelques minutes avant le lever de rideau de cette soirée en immersion romantique, il a eu un mot pour résumer le concert : virtuosité. Un tourbillon de notes se préparait à fondre sur Brest alanguie qui s’enfonçait dans la torpeur du deuxième pont de mai et nous étions prévenus. Précaution inutile ? C’est l’ouverture du Barbier de Séville qui nous a pris par la main dans la machine à remonter le temps pour s’arrêter en ce début du XIXe, quand toute l’Europe sifflotait les opéras italiens et se pâmait sur les quatuors de Schubert. La baguette de Darrell Ang emporte les violons et les bois de l’Andante maestoso à l’Allegro vivace dans un dialogue… virtuose, à l’image de l’inoxydable bonne humeur du barbier qu’il préfigure. Nous voilà réveillés pour de bon, prêts à apprécier l’acrobatique prestation du soliste.

Il entre. Qui, il ? Oui, lui, le Stradivarius « Zahn », un violon de 1719 qui avait déjà un siècle quand Paganini écrivit son Concerto en ré majeur, œuvre magistrale et révolutionnaire pour le violon soliste, et presque deux quand Fritz Kreisler en fit un arrangement fameux, à la fois hommage délirant au maître et manifeste virtuose du disciple. Ce tout petit morceau de bois de 300 ans nous aura donné ce soir-là, entre les mains de Laurent Korcia, une rare émotion de son que l’on ne soupçonnait pas compatible avec les envolées techniques de ce bizarre concerto en un mouvement. Après ce tour de force, Korcia ne jette pas l’éponge et repart à l’assaut du maître, cette fois, avec I Palpiti de Paganini, pièce également atypique, contemporaine de son concerto, en deux mouvements et trois variations, à la virtuosité croissante pour atteindre l’impossible Quasi presto durant lequel le courageux Zahn subit l’invraisemblable déferlement de notes et un usage immodéré du pizzicato, férocement jubilatoire. Mission accomplie avec brio et visiblement satisfaction, Korcia réussissant à accompagner ce morceau de bravoure d’un flegme décontracté à toute épreuve.

Difficile, même restaurés et reposés par l’entracte, de faire un lien entre le marathon de Paganini et la pièce contemporaine de la singapourienne Diana Soh qui ouvrait la deuxième partie. C’était pourtant bien lui, notre fil rouge, manifesté ici par une large place à la virtuosité des pupitres, en particulier des percussions aux sonorités asiatiques. Darrell Ang était ici très à son aise, visiblement heureux de nous offrir ce morceau d’Orient, éblouissant comme un cristal de quartz dans le Ponant.

La troisième symphonie de Schubert paraissait presque sage après ce raz-de-marée… Heureusement, la clarinette solo ne nous a pas laissés partir sans se manifester élégamment mais fermement : moi aussi je peux être virtuose ! Décidément, c’était le mot du jour.

 


Le Quartz, Brest, 7 mai 2015

Ouverture du Barbier de Séville, G. Rossini
Concerto pour violon & orchestre n°1, F. Kreisler
I Palpiti, N. Paganini
…//…, D. Soh

Laurent Korcia, violon
Orchestre Symphonique de Bretagne, dir. Darrell Ang

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