Onslow
Reportage

Le romantisme français de George Onslow au Palazzetto Bru Zane

par Cinzia Rota | le 5 mai 2015

Pour son sixième festival vénitien, le Palazzetto Bru Zane a mis à l’honneur un nouveau compositeur à redécouvrir : George Onslow (1784-1853), considéré de son vivant comme le « Beethoven français ».

Dans une période où, à Paris, tous les compositeurs étaient focalisés sur l’opéra, Onslow fut le seul en France à se consacrer à la musique de chambre. C’est à lui que l’on doit la création d’un nouveau langage de la sonate pour violoncelle, avec ses Trois Sonates op. 16 (1820), le mettant sur le même plan que le violon, et le rendant enfin concertant, ouvrant ainsi la voie à des compositeurs comme Saint-Saëns et Fauré. On considère aujourd’hui qu’il a donné ses lettres de noblesse à la musique de chambre française.

Si on le compare avec Beethoven, c’est que les deux compositeurs partagent le plaisir du temps suspendu et des tempos lents (Onslow pouvait faire des mouvements de 13’), ainsi qu’un vif attrait pour le romantisme allemand (sans que l’on puisse les soupçonner de s’être copiés l’un l’autre) – on peut s’en rendre compte en écoutant son premier quatuor.

La production pour piano d’Onslow est également intéressante, notamment les sonates pour quatre mains, notamment la deuxième sonate en fa mineur, littéralement plébiscitée par Chopin et Liszt dans les salons à travers l’Europe.

Selon Vivianne Niaux, spécialiste d’Onslow et collaboratrice du Palazzetto, il semblerait aussi que la Toccata pour piano seul en ut majeur op. 7 ait inspiré son homonyme de Schumann, dont le motif initial reprend celui d’Onslow et dont la similarité est indéniable.

 

Les raisons d’un oubli
On a souvent le réflexe de penser que l’oubli de certains compositeurs n’est dû qu’à la sélection naturelle… Mais il est vraisemblable que celui d’Onslow ne trouve pas ses raisons dans la qualité de sa musique, mais plutôt dans sa complexité, à la fois dans l’exigence technique – c’est le cas également de Louis Spohr – et dans la difficulté d’identification de son œuvre.

D’un point de vue de stricte nomenclature tout d’abord : le compositeur n’a nommé quasiment aucune de ses nombreuses pièces, et les éditions françaises et allemandes n’ont pas harmonisé leur catalogue – certaines portent ainsi des titres et des numéros différents d’une édition à l’autre : un véritable casse-tête pour les interprètes.

D’un point de vue de positionnement également : comme Onslow appartient à la génération 1800-1840, qui n’a pas inventé le romantisme, il fut considéré trop romantique pour les classiques et pas assez pour les romantiques… Et de même, ni les Français ni les Allemands ne semblent vouloir intégrer ce clermontois au style germanique dans leur panthéon musical.

 

Le programme du festival
En souhaitant donc rendre justice à Onslow, le festival Palazzetto Bru Zane a choisi de nous offrir un portrait du compositeur de musique de chambre, de la Sonate pour violoncelle et piano opus 16 n° 1, interprétée par Emmanuelle Bertrand et Pascal Amoyel, aux quatuors op. 54 et 56 (par le quatuor Diotima) qui ouvrent le premier weekend du festival. Parcours complété au fur et à mesure par d’autres œuvres, dont son dernier quatuor n° 33 op. 64 (par le quatuor Ardeo) qui n’a jamais été enregistré et par les Six petites pièces pour piano, des miniatures sobres et intérieures, qui nous rappellent les Kinderszenen de Schumann.

diotima

Depuis son ouverture en 2009, le Centre de musique romantique française à Venise semble affectionner le compositeur, souvent programmé au festival, et a consacré deux enregistrements à ses premières et dernières œuvres : le quatuor Ruggieri avec les quatuors op. 8 n°1 et 3 et op. 10 n°3, et le quatuor Diotima avec les les quatuors op. 54, 55 et 56.

ruggieri

 

(Re)découvrez Onslow à Venise et à Paris
Pour ceux qui souhaitent profiter du charme (et du soleil) vénitien, le festival se prolonge jusqu’au 21 mai, pour ensuite venir en tournée à Paris, au Théâtre des Bouffes du Nord et à l’Opéra Royal de Versailles, du 29 mai au 5 juin 2015.

Mes remerciements à Alexandre Dratwicki, directeur scientifique et à Florence Alibert, directrice générale du Palazzetto Bru Zane pour les précieuses informations qu’ils m’ont fourni à propos d’Onslow et de l’histoire du Palazzetto. Merci également à toute l’équipe, pour sa disponibilité et son accueil à Venise.


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