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Chronique

Le Salon idéal d’Arièle Butaux : les copains d’abord

par Anne-Laure Robine | le 20 mars 2015

De janvier à juin, un dimanche par mois, la célèbre boîte de jazz le Sunside accueille à l’heure du thé un Salon atypique : celui d’Arièle Butaux, qui, entourée de musiciens de tous horizons, nous partage son idéal musical, en live comme à la radio.

Le Sunside est un lieu bien connu des habitués, mais, une fois n’est pas coutume, il accueillait ce dimanche 15 mars un public hétéroclite qui découvrait parfois pour la première fois (comme nous) ce temple du jazz. Direction la petite salle du fond, avec son mur de briques rouges et ses néons d’aspect volontairement fatigué. Des chaises entassées çà et là se bousculent devant une scène étroite envahie par un piano à queue. Quelques tables au milieu, une carte des boissons qui traîne et le bruit du bac à glaçons en fond sonore nous rappellent que nous sommes dans un bar. Le temps pour nos yeux de s’habituer à l’obscurité, puis nous commençons à conjecturer : un lieu « hors normes » suffira-t-il à ce que le concert le soit ?

L’originalité du lieu brise certes un des codes de la musique classique. Mais, au fur et à mesure du concert, nous comprenons que c’est loin d’être la seule barrière que ce salon a souhaité faire tomber. Jeunes talents et artistes confirmés, fidèles du Salon ou nouveaux venus, musiciens de chambre ou de jazz, ils étaient 14 au rendez-vous pour partager ensemble et nous faire partager un moment de bonheur, simple et spontané : David, Thomas, Irina, Guillaume, Matteo, Sacha, Ismaël, Raphaël, Sandrine, Jean, Edouard, Geneviève, Christian-Pierre, Marine. C’est ça, l’esprit du Salon Idéal : une joyeuse bande de copains, dont nous faisons partie, le temps du concert.

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© Marine Pierrot

Bach et l’Italie étaient les deux thèmes choisis pour cette troisième édition, seul fil rouge que les musiciens ont tordu pour n’en faire qu’à leur tête et à leurs oreilles. Sans exhaustivité et dans le désordre : la Suite pour violoncelle n°1 de Bach transformée en duo avec piano, le Duo des chats de Rossini, une improvisation à 4 mains sur la grille d’accords « B-A-C-H », les envolées hypnotisantes de Raphaël Imbert au saxophone, la Ronde des Lutins de Bazzini, le thème d’amour du film Cinema Paradiso composé par Ennio Morricone. Leurs répertoires n’ont plus de frontière, à l’instar de leur(s) talent(s) : le Salon est aussi l’endroit idéal pour les premières fois et les prises de risques. Geneviève Laurenceau, la premier violon solo de l’Orchestre national du Capitole de Toulouse, ose l’improvisation, guidée par le pianiste de jazz Edouard Ferlet. Sacha Soumm a délaissé son violon le temps d’interpréter une chanson italienne. Débarrassés de l’habituel cérémonial, les musiciens dépoussièrent, décloisonnent, surprennent, s’amusent, étonnent.

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© Marine Pierrot

Ne citer que quelques morceaux est arbitraire et inexact, les citer tous ôterait cette part de surprise et d’imprévu qui apporte à ce Salon ce qu’il a de plus précieux : l’authenticité. Oui, parfois les partitions volent, voire s’égarent, parfois, on ne sait pas vraiment ce qu’on va ou vient d’écouter. C’est là que réside tout l’intérêt : comme aime à le rappeler Arièle Butaux, « la musique est le plus court chemin d’un homme à un autre». Libérée de ses conventions, elle peut s’exprimer dans sa version la plus brute, la plus pure et la plus noble. Défaits de nos habitudes culturelles et intellectuelles, nous réapprenons à l’accueillir, pour qu’elle nous touche droit au cœur.

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© Marine Pierrot

 


 

Prochain Salon Idéal :

Le 19 avril à 16h au Sunside

60 rue des Lombards 75001 PARIS

Réservations : www.sunset-sunside.com

Tarif : 20€. Les artistes présents sont bénévoles ; les recettes du sont reversées à l’association Esperanz’arts, qui a pour mission d’amener l’art sous diverses formes auprès des personnes exclues de la société (www.esperanzarts.com)

 

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