Zuschauerraum Königsloge
© Matthias Creutziger
Zuschauerraum Königsloge © Matthias Creutziger
Reportage

Dresde : une tradition d’opéra qui remonte au XVIIe

par Anne-Lise Dupuis | le 17 juillet 2014

Au fil de ses voyages la rédaction de Classicagenda vous propose de découvrir en musique nos pays voisins.

Dresde: une grande tradition d’opéra qui remonte au XVII eme siecle

La tradition d’opéra de la ville de Dresde est nettement plus ancienne que le Semperoper (actuel opéra de la ville): elle remonte à 1627, au compositeur baroque Heinrich Schütz (1585-1672), organiste puis Kapellmeister à Dresde à partir de 1615, et à son opéra Dafne qui fut le premier opéra allemand (et dont le manuscrit a aujourd’hui disparu).

Dresde concurrençait alors musicalement la cour de l’Empereur à Vienne et celle de l’Electeur de Bavière. Cette concurrence était d’autant renforcée que la Saxe était alors le territoire protestant le plus puissant du Saint-Empire tandis que l’Autriche et la Bavière étaient catholiques.

Dévastée par la guerre de Trente ans (1618-1648), la Hofkapelle (chapelle de Cour) de Dresde ne disposait plus que de 10 instrumentistes et chanteurs en 1639…pour l’Electeur de Saxe Jean-Georges Ier (règne 1611-1656) il était alors plus urgent de résoudre les problèmes politiques que ceux de représentation.

Contrairement à Vienne et Munich, son fils Jean-Georges II ne favorise au départ qu’occasionnellement la représentation d’opéras italiens à Dresde lors de mariages princiers. Certainement influencé par Heinrich Schütz après son voyage en Italie de 1628 il décide de créer sa propre Kapelle en 1637 et se lance dans le recrutement de musiciens italiens, en particulier de castrats considérés comme les chanteurs les plus recherchés de l’époque. Il nomme Giovanni Andrea Bontempi (1624-1705) musicien d’orchestre à Dresde puis Kapellmeister. (Celui-ci composera plus tard deux opéras pour Dresde: Il Paride en 1662, premier opéra italien représenté à Dresde voire en Allemagne et Apollo und Dafne en 1671). En 1656 lorsqu’il prend ses fonctions d’Electeur de Saxe (1656-1680) Jean-Georges II fusionne les deux chapelles, ce qui lui permet de rivaliser avec Vienne et Munich.

Les premiers opéras représentés  à Dresde se tiennent dans la Residenz jusqu à ce que soit ouvert en1667 le Théâtre Klengel (« Komödiehaus »). L’inauguration du Klengel avec la représentation de Teseo en 1657 permet à la Cour de Dresde de marquer vis-à-vis des cours de Vienne et Münich une avance considérable, les dépassant en nombre de places.

Après la mort de Jean-Georges II, son fils Jean-Georges III (1680-1691) renvoie tous les musiciens italiens ainsi que quelques musiciens allemands dans le but de libérer des fonds pour le financement de l’armée (la question confessionnelle devait également jouer un rôle primordial : en effet élevé en partie à la Cour de Copenhague Jean-Georges III avait reçu une éducation protestante très stricte et faisait preuve de peu de tolérance à l’égard du catholicisme contrairement à son père). Il privilégie donc dans un premier temps la représentation militaire comme mode de représentation du pouvoir au détriment de  l’opéra…jusqu’à sa déception face au manque de reconnaissance de l’Empereur pour l’engagement de l’Electorat de Saxe dans la guerre contre l’Empire Ottoman en 1683. Deux ans plus tard il reprend le modèle de représentation de son père, c’est-à-dire l’opéra italien.

En janvier 1685 Jean-Georges III entreprend un voyage secret à Venise sous le pseudonyme du Comte de Hoyerswerda. Quelques mois plus tard il nomme Carlo Pallavicino Kappellmeister et annonce clairement la mise en place d’un opéra italien à la Cour de Dresde. En février 1686 l’Opéra de Dresde donne Alarico,re de de Goti, date officielle de fondation de l’opéra italien à Dresde. Il perdurera jusqu’en 1832 avec deux fonctions principales : le divertissement et la représentation de la Cour de Saxe (il s’agissait en effet de donner des œuvres spécialement créées pour Dresde).

Entre 1709 et 1719 Dresde ne dispose plus d’opéra car le Klengel a entretemps été reconverti en chapelle catholique suite à la conversion d’Auguste le Fort (1694-1733) au catholicisme. Protecteur des arts, grand mécène, Auguste le Fort ambitionne de faire de Dresde la « Florence de l’Elbe ». Et pour être en mesure  de concurrencer Vienne et Munich et de donner dans des conditions appropriées les trois opéra serie d’Antonio Lotti (1667-1740): Argo (1717), Ascanio (1718) ainsi que Teofane (1719), il fait construire par l’architecte Matthaus Daniel Poppellann en un laps de temps record (1718-1719) un  « grand opéra » (« grosses Opernhaus ») au Zwinger pouvant accueillir jusqu’a 2000 spectateurs. Le nom de cet opéra restera principalement associé au compositeur Johann Adolf Hasse (1699-1783) qui le dirigea de 1731 à 1764. Il brûlera lors de l’insurrection de 1849.

Le »Kleine Hoftheater » (petit théâtre de cour destiné aux représentations plus populaires) est quant à lui construit dans un premier temps  (1754-1755) en bois puis en pierre. Il fera par la suite l’objet de plusieurs réaménagements. C’est dans cette salle que se tiennent notamment la première représentation à Dresde de L’Enlèvement au Sérail de Mozart (1785) ainsi que la version italienne de La Flûte enchantée en 1794, soit 3 ans après sa mort.

Le XIX ème siècle qui verra, comme nous l’avons vu dans un précédent article la construction du Semperoper (du nom de l’actuel Opéra de Dresde), est marqué par une certaine polarisation sur les opéras allemands et italiens. Ces deux courants d’opéra seront donc représentés d’une part par Carl Maria von Weber (1786-1826) qui sera nommé à la tête de l’opéra allemand de Dresde en 1816 et Francesco Morlacchi (1784-1841) qui aura la responsabilité des saisons italiennes parallèles et concurrentes des saisons allemandes.

En 1842 Richard Wagner se rend à Dresde pour la création de Rienzi dont le succès lui vaut d’être nomme Kapellmeister à la Cour de Saxe en 1843. Le Vaisseau Fantôme sera créé à Dresde en 1843 et accueilli avec une certaine réticence. Suivront Tannhäuser (1845), Lohengrin (1845-48) ainsi qu’une esquisse de la trame des Maîtres Chanteurs de Nürenberg (1845). Compromis par son engagement personnel dans l’insurrection de Dresde en 1849 Wagner sous mandat d arrêt s’enfuit à Weimar d’où Liszt l’aidera à gagner Zürich.
Au début du XX ème siècle, les bonnes relations entretenues par Ernst von Schuch (Directeur du Semperoper depuis 1872) avec le compositeur Richard Strauss, permettent à l Opéra de Dresde de présenter les premières des opéras Feuersnot (1901), Salome (1905), Elektra (1909) et du Chevalier à la Rose (1911) ce qui contribue à accroître sa renommée internationale. En 1919 c’est seulement 12 jours après sa première à Vienne que La Femme sans Ombre est représentée à Dresde où se tiendront également les premières d’ Intermezzo (1924), Hélène d Égypte (1928) et Arabella (1933). Suivront sous la direction de Karl Böhm les premières de La Femme silencieuse (1935) et de Daphne (1938) qui lui est dédié.

Parmi les grands directeurs musicaux de l’Opéra de Dresde au XX ème siècle se trouvent notamment Rudolf Kempe (1950-52), Franz Konwitschny (1953-55), Lovro von Matacic (1956-58), Herbert Blomstedt (1975-85)…

Actuellement le Semperoper a pour Directeur musical Christian Thielemann.
Et pour terminer en musique citons parmi les grands chanteurs qui firent leurs débuts à Dresde le ténor Peter Schreier. Une belle occasion de le réécouter, ici dans le Lied…

 

 

 

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