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Chronique

Le Trio Medici à l’auditorium de Vincennes : le meilleur pour la fin

par Anne-Laure Robine | le 22 avril 2015

 

Mercredi 15 avril, l’association de musique classique à Vincennes Prima la Musica ! accueillait dans l’auditorium de la ville le Trio Medici, étoile montante de la musique de chambre. Un programme franco-russe, en hommage aux origines des musiciens Vera Lopatina, Olga Kirpicheva et Jérémy Genet.

Pourquoi décide-t-on d’assister à un concert ? Quelle intuition, quelle impulsion crée cette petite excitation relayée par notre voix intérieure qui nous dit « ah, celui-là, je dois y être ! » ? A chaque concert sa raison : le prestige de l’artiste, un programme familier à ses oreilles ou à l’inverse totalement inconnu, le cadre inédit ou au contraire mythique… Pour ce nouveau concert proposé par l’association Prima la Musica !, je venais particulièrement pour les Trois pièces drôles pour trio de Rodion Chtchedrine.

Un compositeur contemporain intercalé entre les deux mastodontes que sont Tchaïkovski et Ravel. Un titre alléchant qui égayait les deux Trios en la mineur qui composaient le reste du programme. Une originalité qui m’enjouait, une touche d’audace que je saluais d’avance. Je m’étais laissée aller à projeter des espoirs sur le renouveau porté par cette génération montante de la musique de chambre, celle qui compte bien dépoussiérer, oser, innover, sans trahir bien sûr l’âme et l’intention des auteurs.

Et alors ? Et alors à mon grand dam, je découvris le soir même que le programme avait subi quelques modifications : exit la fantaisie burlesque, il ne restait plus que les piliers du temple sacré de la musique classique. Et, il est vrai qu’avec le trio Medici, le temple est bien gardé. Le premier trio de Tchaïkovski a été exécuté avec la maîtrise qu’on attend de ces jeunes musiciens qui ont fait leurs classes dans les plus grands conservatoires et ont gagné leurs galons de virtuosité auprès d’artistes internationaux.

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Alors pourquoi sentis-je cette légère frustration poindre au bout des trente premières minutes ? Car justement, j’attendais autre chose de la relève. Plus de folie, de rébellion, plus de passion, de fougue… en un mot, plus de jeunesse. Car c’est là leur plus grande richesse.

L’interprétation des premières variations d’un compositeur russe par une formation franco-russe donnèrent une impression de « ton sur ton » : bridée par un académisme de bon aloi, je craignais l’absence de cette touche de couleur qui donne l’éclat d’un concert. Puis le finale du premier trio a fait jaillir le feu. Une étincelle s’est produite, galvanisant les musiciens dans une fougue émulatrice et communicative. Mention spéciale au jeu de lumières dégressif qui accompagna avec élégance la fin de la coda, jusqu’à plonger la salle dans le noir, en écho aux dernières notes lointaines et lancinantes.

Cette originalité scénographique annonça de façon oxymorique une deuxième partie plus lumineuse : le trio a interprété l’œuvre de Ravel avec une intensité auréolée d’une belle mise en relief des accents tantôt orientaux, tantôt jazzy. La fin du deuxième mouvement apporta la preuve pudique mais bien réelle que les musiciens étaient en parfaite communion : le « jeté collectif » des bras, prolongés ou non d’archets, était d’une force et d’une synchronisation aussi parfaites que non calculées.

Oui, le meilleur était pour la fin, à chaque fin, à l’image de ce silence religieux que les trois musiciens ont su instaurer pour conclure l’une des variations de Tchaïkovski. Un souffle collectivement suspendu, suivant le rythme donné par leurs gestes lents, qu’aucun applaudissement précipité n’est venu interrompre. Si ces musiciens ont parfois tardé à sortir de leur retenue, celle qu’ils nous ont imposée naturellement fut, en toute subjectivité, le plus beau moment.

 


Auditorium de Vincennes

Trio Medici
Vera Lopatina, violon
Olga Kirpicheva, piano
Jérémy Genet, violoncelle

 

 

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