Ensemble Orchestral Contemporain @ DR
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Chronique

Les Amériques de Daniel Kawka : Desjardins/Des Prés, et des grandes découvertes !

par Lydie Lane | le 26 février 2015

Soucieux de faire découvrir la musique d’aujourd’hui à un public toujours plus large, Daniel Kawka a élaboré pour le Festival Présences un programme à la fois ludique et exigeant, interprété par les musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain au célèbre studio 104 de la Maison de la Radio.

La première pièce choisie, Alap et Gat, a été écrite en 1998. Le compositeur, José Evangelista, fasciné par les mélodies traditionnelles orientales, a choisi cette fois de respecter les grands principes de la musique classique d’Inde du Nord. Ainsi, la première partie (Alap), est un prélude expressif non pulsé, qui dévoile lentement, des graves vers les aigus, toute l’échelle des notes de la mélodie. Dans la deuxième partie (Gat), le motif mélodique se déploie tel un raga dans un continuum rythmique qui accélère et se complique progressivement jusqu’au climax final. Comme le veut la tradition, la pièce se conclut par un retour assez brutal au climat originel. En Inde, les ragas sont codifiés, chacun correspondant à une atmosphère, un sentiment bien particulier. Celui de José Evangélista a indéniablement la couleur d’un moment de joie partagée.

La deuxième pièce, El juego, est une suite de cinq mouvements pour flûte, percussion, piano, violon, alto et violoncelle, écrite par le compositeur colombien Luis-Fernando Rizo-Salom en 2011, deux ans avant son décès accidentel. Cette pièce fait la part belle au geste et au mouvement. Les percussions, frappées avec des balais, imitent des glissements, des tourbillons. La flûte se fait tantôt voix, tantôt souffle, tantôt chant. L’enchevêtrement des timbres du trio à cordes et du piano apporte une densité, une texture presque organique à cet univers étrange et poétique.

La troisième partie était la plus attendue, puisqu’il s’agissait de la création mondiale par Christophe Desjardins du concerto pour alto d’Herbert Vazquez, en présence du compositeur. Le titre du concerto Desjardins/Des Prés est un jeu de mots champêtre sur les noms du dédicataire de l’œuvre et de son inspirateur. En effet, dans le deuxième mouvement, Herbert Vazquez a largement repris un thème de la Renaissance attribué à Josquin des Prés intitulé En l’ombre d’un buissonnet. Mais la musique du XVe siècle n’est pas la seule influence qui traverse ce concerto : on reconnaît aussi des airs de jazz et des mélodies andines, portées par une harpe et une guitare, dont les timbres rappellent ceux des instruments traditionnels sud-américains. A l’instar des musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain, habitués à décloisonner les styles musicaux, Christophe Desjardins a déjà fait de nombreuses incursions dans la musique ancienne et baroque. Avec la complicité de Patrick Oriol, alto solo amené à jouer par moments comme son véritable double, il a livré une brillante interprétation de cette œuvre virtuose et pétillante.

Christophe Desjardins © Hadrien Lanoote

Christophe Desjardins © Hadrien Lanoote

Pour clore ce concert, les musiciens de l’Ensemble Orchestral Contemporain nous ont offert une plongée ludique dans un univers plus familier. Comme le souligne son titre atypique, la pièce Son of Chamber Symphony a été composée par John Adams en 2007 sur le modèle de sa célèbre aînée Chamber Symphony de 1992. Il s’agit d’un mouvement lent, plutôt mélancolique, encadré par deux mouvements rapides, quasiment frénétiques, aux accents de jazz et de comédie musicale. La vitalité de l’ensemble fut tellement palpable que je me suis surprise à imaginer Daniel Kawka entraîner une troupe de danseurs audacieux bondissant sur le plateau…

L’atmosphère festive et consensuelle de cette soirée surprendrait sans doute de nombreux détracteurs de la musique contemporaine. La diversité des œuvres choisies, leur fraîcheur, leur accessibilité, loin des clichés d’élitisme ou d’intellectualisme auxquels les musiques actuelles sont trop souvent associées, feraient de ce programme une initiation idéale pour les néophytes. Par bonheur, ce concert sera diffusé le lundi 9 mars à 20h sur France Musique dans le cadre des Lundis de la contemporaine. A bon entendeur !

 


Vendredi 20 février 2015, Maison de la radio – Studio 104

Christophe Desjardins, alto
Ensemble Orchestral Contemporain
Daniel Kawka, direction

José Evangelista
Alap et Gat

Luis-Fernando Rizo-Salom
El Juego

Hebert Vazquez
Desjardins/Des Prés, concerto pour alto (CM)

John Adams
Son of Chamber Symphony

 

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