© Benoit Linerot
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Chronique

Les Dissonances à Genève : une grande musique de nuit

par Lydie Lane | le 30 janvier 2015

Pour ce concert exceptionnel au Conservatoire de Genève, le quatuor Les Dissonances – composé de David Grimal et Hans Peter Hofmann au violon, David Gaillard à l’alto et Xavier Phillips au violoncelle – a construit un magnifique programme autour des mystères de la nuit.

En ouvrant le concert avec Ainsi la nuit d’Henri Dutilleux, David Grimal et ses partenaires ont choisi d’accueillir le public dans un labyrinthe sonore, fait de bruissements, de résonances, d’instants suspendus… Cette œuvre permet d’explorer toute la richesse de timbres et de modes de jeu des instruments du quatuor, que les interprètes ont réussi à présenter subtilement sans jamais tomber dans l’exercice de style. Mais surtout, en distillant avec une grande délicatesse ces instantanés poétiques, les quatre musiciens sont parvenus à instaurer d’emblée une rare et précieuse intimité avec le public.

C’est dans ce climat particulièrement réceptif que nous avons ensuite écouté le Quatuor en sol mineur op. 10 de Debussy, au caractère plus passionné. La générosité et la liberté de jeu des quatre musiciens se prêtent particulièrement bien à cette œuvre riche et tourmentée.

La dernière œuvre inscrite au programme de la soirée était le Quatuor n° 14 en ré mineur op. posth. D 810 « La Jeune Fille et la Mort » de Schubert. Dès le début du premier mouvement, l’interprétation des Dissonances m’a déroutée par son côté brut, dramatique, presque violent, habituée que j’étais à des versions plus intimistes. Mais après tout, c’est bel et bien avec la Mort que cette Jeune Fille est aux prises ! Alors j’ai arrêté de réfléchir, de douter, de comparer… et laissé simplement venir ce flot d’émotions contradictoires – l’urgence, l’angoisse, la douceur, la séduction, le renoncement… qui circulent sans entrave entre les instruments. Au vu de la chaleur des applaudissements et des nombreux rappels, j’ai conclu que je n’étais pas la seule à avoir été profondément touchée. C’est peut-être là que réside l’immense talent de ce quatuor, qui oblige chaque auditeur à laisser ses a priori à la porte du théâtre, et invite à redécouvrir certaines pages du répertoire comme si c’était leur première écoute.

L’annonce du bis par David Grimal m’a brusquement tirée de mes pensées. L’occasion pour lui de souligner, sur le ton de la plaisanterie, que le Quatuor n° 1 (« Métamorphoses nocturnes ») de Ligeti n’était ni plus facile à jouer ni plus court que les trois précédents ! Ni moins exigeant à écouter. Au fil des variations, le quatuor a poursuivi avec bonheur son exploration sensuelle, quasi hypnotique, des textures et des sonorités. Et, vingt minutes plus tard, c’est un public encore magnétisé qui sortait dans la nuit froide de janvier.

 

 

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