David Grimal et Les Dissonances © Bernard Martinez
David Grimal et Les Dissonances © Bernard Martinez
Chronique

Les Dissonances et Ravel : alchimie et plaisir

par Yvan de Beauregard | le 6 octobre 2016

Le célèbre proverbe anglais “’one’s company, two’s a crowd’” se traduit en musique par “un joue un solo, deux une cacophonie”. Parmi les nombreuses surprises du concert du 3 octobre à la Philharmonie de Paris donné par le collectif d’artistes les Dissonances, l’absence de ces dernières et de chef d’orchestre n’est pas des moindres. David Grimal, directeur artistique, a réussi le tour de force de s’installer dans l’orchestre avec son violon et faire jouer les 80 autres musiciens en se passant du sacro-saint chef d’orchestre sur un programme entièrement construit autour de Ravel qui incluait les valses nobles et sentimentales; Tzigane; Daphnis et Chloé (Suite n°2), La Valse, et bien sûr l’inévitable Boléro.

L’interprétation de chacune de ces œuvres mériterait un article entier, tant l’alchimie des musiciens dotait leur interprétation de relief, notamment le majestueux solo de violon de David Grimal dans Tzigane. Mais puisque tout a déjà été écrit au sujet du Boléro, je ne peux résister à la tentation de rajouter quelques lignes.

Les Dissonances © Bernard Martinez

Les Dissonances © Bernard Martinez

Les orchestres ont une relation au Boléro qui se décline en trois catégories. Certaines, jugeant la pièce trop facile et grand public, ne la jouent pas. D’autres, peut-être la plupart, la jouent en professionnels. Maîtrise technique, tempo, tout est là sauf l’esprit. Ils jouent le Boléro comme une symphonie de Mahler ou un concerto de Beethoven, voire un Requiem. Enfin, et les Dissonances en font partie, quelques orchestres jouent l’œuvre de Ravel comme un feu qui couve et qui finit par tout embraser.

Nous convenons tous, et Ravel le premier, de la déroutante simplicité de cette pièce, accessible comme un jeu d’enfants. Et c’est là qu’opère la magie d’un orchestre sans chef, dans lequel, tels des écoliers laissés en classe sans surveillance, s’amusent de ces deux thèmes de 16 mesures comme une évasion du solfège. Cela fait plaisir à entendre, mais surtout plaisir à voir, les regards complices entre musiciens, leurs sourires, l’ensemble du corps qui vibre, se tend et s’arque avec la musique.

David Grimal et les Dissonances auraient bien pu céder complètement à la facilité en concluant le concert sur le Boléro, exubérance couronnant ce concert ravelaisien (pardon du néologisme), et s’assurer ainsi un triomphe certes mérité. Au contraire, le Boléro cédait la scène à l’entracte, alors que le concert s’achevait avec La Valse, et une partie du public, qui affichait complet à la Philharmonie, applaudissait debout.

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