Jerusalem Quartet © Felix Broede
Jerusalem Quartet © Felix Broede
Chronique

Les « Lettres intimes » du Quatuor Jérusalem

par Lydie Lane | le 10 décembre 2014

Pour ses derniers concerts de l’année, le Quatuor Jérusalem a fait escale sur les rives du lac Léman. Au programme de deux soirées exceptionnelles – l’une au Conservatoire de Genève, l’autre à la Salle del Castillo à Vevey – figuraient le célèbre Quatuor n° 2 « Lettres intimes » de Leoš Janaček et les quatuors op. 18 n° 4 et 5 de Beethoven.

Dans son quatuor « Lettres intimes », composé quelques mois avant sa mort, en 1928, Janaček évoque sa relation passionnelle avec Kamila Stöslova, une femme mariée de quarante ans sa cadette, à qui il adressa près d’un millier de lettres en dix ans. Les souvenirs s’y bousculent – éclats de joie, moments de doute, élans lyriques et mots tendres, superbement rendus par le jeu tout en contrastes et en relief des quatre interprètes. Dans sa version initiale, Janaček avait choisi la viole d’amour, instrument dont on disait au XVIIIème siècle qu’il imitait le mieux les intonations de la voix humaine, pour livrer ses émotions. Ici, nul besoin de cordes sympathiques : sous l’archet d’Ori Kam, l’alto a su se faire intime, presque secret, pour confier l’ambiguïté des émotions amoureuses et de leurs transports éphémères.

En guise d’écrin pour ces « Lettres intimes », les musiciens ont choisi deux quatuors appartenant à la première période de Beethoven : l’op. 18 n° 4 en ut mineur, marqué par l’influence de Haydn et l’op. 18 n° 5 en la majeur, écrit en hommage à Mozart. Leur interprétation énergique et lumineuse, d’une très grande homogénéité, est de très bon augure pour l’enregistrement qu’ils sont partis effectuer à Berlin.

En post-scriptum, le Quatuor a interprété le troisième mouvement de l’opus 10 de Debussy. Leur lecture chaleureuse et contrastée de cet Andantino «doucement expressif » s’éloigne d’une certaine vision impressionniste adoptée par d’autres, et rappelle que cette pièce s’inscrit bien dans un continuum entre le classicisme des premiers quatuors de Beethoven et l’expressionnisme de ceux de Janacek.

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