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Chronique

Les trente ans du Quatuor Ludwig

par Lydie Lane | le 27 avril 2015

C’est tout sourire et un peu intimidée qu’Anne Copéry a accueilli le public, venu nombreux ce dimanche après-midi au théâtre Adyar pour fêter l’anniversaire du prestigieux Quatuor Ludwig dont elle est la fondatrice. Fière d’évoquer ces trente années de travail complice et de belles rencontres. Heureuse de présenter ce programme plein de surprises, mais un peu triste de devoir annoncer que le premier violon, Thierry Brodard, ne pourrait être de la fête. Heureusement, Christophe Giovaninetti, l’ancien premier violon des quatuors Ysaÿe et Elysée, a accepté de le remplacer pour l’occasion.

En préambule, les jeunes percussionnistes du trio SR9 ont été invités à présenter leurs transcriptions pour marimbas de quelques morceaux choisis de Bach. La rondeur des attaques, la longueur des résonances, la dynamique des nuances du marimba déroutent un peu dans ce répertoire, mais l’effet obtenu, qui sort des sentiers battus, est loin d’être déplaisant.

Le Quatuor Ludwig a ensuite interprété le Quatuor n°11 « serioso » op. 95 de Beethoven. Leur lecture fut malheureusement un peu ternie par quelques problèmes d’intonation et un certain manque de cohésion, probablement liés au remplacement du premier violon.

« Ils m’écoutent et ils pensent ce que je dis ; ils me regardent et j’entre dans leur âme comme dans une maison vide. » Ce soir, Marie-Christine Barrault est venue incarner Léchy, Ysé, Dona Prouhèze. Nul besoin d’accords ou de cadences ici ; la musique de Claudel est dans les voyelles, les ponctuations, les silences… Puis, doucement, les mots se sont effacés. Claudel a fait place à Schubert, Ysé à Emmanuelle… Le violoncelle d’Emmanuelle Bertrand parle, on le savait déjà. D’une voix directe et sincère, qui a insufflé à ce premier mouvement du Quintette à deux violoncelles une densité et une tension exceptionnelles, sans pathos exagéré.

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En deuxième partie de programme, Christophe Gaugué a rejoint le Quatuor Ludwig pour interpréter deux mouvements du Quintette op. 111 de Brahms. Son superbe solo dans l’Adagio ne fut pas le moindre des cadeaux d’anniversaire.

Didier Sandre nous a ensuite fait partager quelques réflexions de Proust sur la lecture et sur la mer. Ou plutôt sur ces sensations fugitives qui nous traversent, et que la musique dépeint souvent mieux que les mots. Proust invitait souvent des quatuors  à venir jouer chez lui. Il aimait Fauré, Franck, Debussy. Ravel aussi, plus secrètement peut-être. Son Quatuor est un bel exemple de musique qui « imite les mouvements de notre âme » par ses textures variées, ses frémissements, ses ruptures de rythme. Dans cette pièce, les quatre musiciens ont semblé enfin trouver une respiration commune, une unité de jeu. Et « notre cœur en s’élançant avec leurs vagues, en retombant avec elles, oublie ainsi ses propres défaillances ».

Longue vie au Quatuor Ludwig ! Puissent son éclectisme et sa générosité continuer longtemps à éclairer notre paysage musical !

 


Dimanche 29 mars 2015, Théâtre Adyar

Johann Sebastian Bach

Gigue de la Suite anglaise n°6 BWV 811
Prélude et Fugue n°3 BWV 848
Sonate en trio n°4 BWV 528  

Ludwig van Beethoven
Quatuor n°11 op. 95  

Franz Schubert
Quintette à deux violoncelles D 956, I. Allegretto ma non troppo

Johannes Brahms
Quintette à deux altos op. 111, II. Adagio et III. Un poco allegretto

Maurice Ravel
Quatuor en fa majeur

Quatuor Ludwig
Christophe Giovaninetti, premier violon
Manuel Doutrelant, second violon
Padrig Fauré, alto
Anne Copéry, violoncelle

Emmanuelle Bertrand, violoncelle
Christophe Gaugué, alto

Trio SR9
Paul Changarnier, Nicolas Cousin, Alexandre Esperet, percussionnistes
Marie-Christine Barrault, Didier Sandre, comédiens.

 

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