Gardiner et le London Symphony Orchestra © cdherouville
Gardiner et le London Symphony Orchestra © cdherouville
Chronique

Gardiner et le London Symphony Orchestra à la Philharmonie, un Schumann brillant

par Julien Bordas | le 20 mars 2018

Mardi 13 mars, la Philharmonie accueillait le London Symphony Orchestra, dirigé par Sir John Eliot Gardiner, avec la violoniste Isabelle Faust en soliste. Une soirée marquée par des changements de programme mais dont l’esthétique sonore remarquable nous fera apprécier un programme 100 % Schumann.

La silhouette élancée de Gardiner s’avance d’un pas sûr vers l’estrade, puis, après avoir communiqué les changements de programme de la soirée – suppression de l’Ouverture de Genoveva, changement d’interprète et introduction d’un Concerto pour violon (voir ci-dessous) – se lance dans la direction de la première pièce : Ouverture, Scherzo et Finale. D’emblée, la transparence, la limpidité des timbres, l’homogénéité et la beauté de l’orchestre nous saisissent. L’équilibre des pupitres semble des plus réussis. Après une vive ouverture, les deux derniers mouvements, plus sombres, nous laisseront sous le charme de cette perfection orchestrale érigée par Gardiner.

Isabelle Faust, Gardiner et le London Symphony Orchestra © cdherouville

Isabelle Faust, Gardiner et le London Symphony Orchestra © cdherouville

Ce devait être le pianiste Piotr Anderszewski dans le Concerto pour piano n°25 de Mozart, ce sera finalement la violoniste Isabelle Faust dans le Concerto pour violon de Schumann. Une rare occasion d’écouter cette oeuvre exigeante pour son exécutant.
Composée à la fin de sa vie entre le 23 septembre et le 1er octobre 1853, en seulement 11 jours, cette partition connaît une histoire très mouvementée. Le violoniste Joseph Joachim, proche de Schumann, n’en assura pas la création jugeant l’oeuvre trop difficile. Celle-ci tomba alors dans l’oubli jusqu’à sa création par l’”aryen” Georg Kulenkampff en 1933 en lieu et place de Jelly d’Arányi et Yehudi Menuhin… Au final, Menuhin enregistra tout de même la première version intégrale fidèle au manuscrit originel, ce dernier ayant subi des modifications par Kulenkampff (accélération du tempo du dernier mouvement).
Ce concerto dont les deux derniers mouvements s’enchaînent, confirme le talent indéniable d’Isabelle Faust (par ailleurs artiste en résidence au Wigmore Hall de Londres), qui après un premier mouvement « nicht zu schnellen » hautement poétique, versera dans une interprétation introspective dans les deux derniers, faisant preuve de retenue et de discrétion. On aurait aimé toutefois un orchestre plus présent, afin d’accompagner avec passion le jeu délicat et habité de la violoniste. En bis, Isabelle Faust nous offrira une interprétation noble et raffinée du largo de la Sonate n°3 de Jean-Sébastien Bach.

Le récital se conclut avec la Symphonie n°4 en ré mineur (dans sa version d’origine de 1841) dédiée à Clara Schumann et composée la même année que Ouverture, Scherzo et Finale. Une version plus épurée que celle créée en 1953, pour laquelle Schumann avait “gonflé” l’orchestration et effectué une “mise au norme” de sa partition pour se rapprocher d’une symphonie plus classique, en mouvements distincts, et non monolithique. Pour cette version historique, Gardiner fait jouer l’orchestre debout et donne à cette symphonie une belle élégance doublée d’une admirable clarté des timbres. Encore une fois, le beau son du London Symphony Orchestra est mis en avant. L’audace dans les tempi surprend mais ce parti pris ne semble pas déplaire au public qui couvre d’applaudissements une symphonie rondement menée.
En bis, le Scherzo de Symphonie n.2 de Schumann mettra un point final à cette lumineuse soirée Schumann à la Philharmonie de Paris.




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