© LOCG Gregory-Batardon
© LOCG Gregory-Batardon
Interview

Arie van Beek et les 30 ans de l’Orchestre de Picardie

par Anne-Lise Dupuis | le 15 janvier 2015

C’est pour nous l’occasion de rencontrer Arie van Beek, son directeur musical, afin d’échanger avec lui sur le travail de l’orchestre et son rôle dans le rayonnement de la musique classique, non seulement en région, mais également au-delà des frontières.

Au-delà du plaisir de donner chaque saison une centaine de concerts dans le cadre d’une programmation riche et variée, Arie van Beek et l’Orchestre de Picardie font de la musique un objet de transmission et de partage interculturel : projets éducatifs en région et partenariats européens sont à l’honneur avec l’Orchestre de Picardie!

Dans cette saison 2014-2015, l’Orchestre se produit à Amiens, Compiègne (où, en résidence au Théâtre Impérial, il donnera 6 concerts dont un opéra pour cette saison anniversaire), à l’Opéra de Lille, en Baie de Somme et dans différentes villes de Picardie. L’Orchestre se produira également à Paris, au Théâtre du Châtelet, avec la création du Petit Prince (opéra de Michaël Levinas) en février 2015, au Royaume-Uni et en Slovénie.

 

Après avoir dirigé l’Orchestre d’Auvergne pendant 16 ans, vous dirigez l’Orchestre de Picardie depuis 2011. Quelles sont les particularités de cet orchestre ?

Chaque orchestre présente des spécificités. L’Orchestre d’Auvergne et l’Orchestre de Picardie sont très différents dans leur composition. L’Orchestre d’Auvergne est un orchestre à cordes, l’Orchestre de Picardie comprend des cordes, des bois, des cuivres, des percussions… Donc le répertoire de ces deux orchestres est très différent.

L’Orchestre de Picardie a, par exemple, un programme éducatif formidable ! Des musiciens de l’Orchestre, seuls ou en petits groupes [l’Orchestre compte 11 ensembles de musique de chambre], se rendent dans les écoles de la région pour présenter leur instrument et leur travail aux enfants. Cela crée un premier lien à l’Orchestre. Certaines classes assistent à des répétitions de l’Orchestre puis viennent ensuite au concert. Nous donnons également des concerts de présentation au sein d’établissements scolaires avec lesquels nous avons des partenariats d’une durée de trois ans. A ce jour, 95 collèges et 62 lycées ont accueilli l’Orchestre.

L’Orchestre de Picardie est également très fort pour jouer avec d’autres orchestres. En effet, il comprend 35 musiciens et n’a donc pas la taille d’un orchestre symphonique mais plutôt d’un orchestre de chambre. De ce fait, le répertoire est moins large, par contre le travail – encore plus exigeant pour les musiciens – est passionnant. Et l’Orchestre a développé deux réseaux européens, ce qui nous permet de jouer avec d’autres orchestres. C’est unique en France.

Par exemple, cette saison nous allons jouer la Symphonie fantastique de Berlioz et le Concerto pour la main gauche de Britten avec l’Orchestre symphonique de la Radio-Télévision slovène, en France et en Slovénie. Nous allons également donner L’Arche de Noé de Benjamin Britten avec la participation de 150 enfants, en France et en Angleterre.

 

Vous dirigez trois ensembles : l’Orchestre de Picardie, l’Orchestre de Chambre de Genève et le Doelen Ensemble. Votre travail est-il différent selon l’orchestre ?

Travailler avec plusieurs orchestres nécessite un peu d’adaptation au caractère de l’orchestre, mais je travaille en restant le même ! Je sais ce que je veux entendre et je fais tout pour l’entendre. Un orchestre peut avoir plus besoin de temps de travail qu’un autre. Lorsque l’orchestre a déjà travaillé une œuvre dans le passé, elle reste en quelque sorte dans ses gênes. Si l’œuvre est déjà connue, on peut donc la creuser un peu plus.

 

Comment concevez-vous la direction d’orchestre ?

Le chef d’orchestre a un double travail :
un travail d’interprétation : il doit comprendre en profondeur l’œuvre qu’il va diriger et il doit l’interpréter. Il doit aussi convaincre l’orchestre de le suivre dans cette interprétation.
– un travail de direction : le chef d’orchestre est pour moi en quelque sorte un « policier gentil ». Il donne le tempo et règle la circulation. Il doit travailler de façon à ce que les musiciens n’aient aucune surprise pendant le concert. Tout doit être parfaitement connu.

 

Quand on vous voit diriger, on a la sensation que vous accompagnez le mouvement au-delà de la « gestion de la circulation »…

Le chef d’orchestre est un peu comme un chauffeur de car qui emmènerait un groupe de voyageurs dans les Alpes : il a une responsabilité et ne peut pas s’extasier sur les splendeurs de la nature en même temps qu’il conduit ! Mais je ressens forcément quelque chose quand je dirige, il y a une écoute de la musique en soi. Je pense qu’avec l’expérience, j’arrive maintenant au concert avec la sensation que le travail est fait et que maintenant, on joue la pièce. C’est plus de l’ordre du ressenti.

 

La composition des orchestres est-elle le reflet des échanges interculturels dont nous parlions ?

L’Orchestre de Chambre de Genève est composé pour moitié de Suisses et pour moitié de Français. Il y a dans l’Orchestre de Picardie des musiciens qui viennent de pays différents comme la Pologne, la Roumanie… Je suis originaire des Pays-Bas (Rotterdam). Il y a 40, 50 ans, les différences entre orchestres selon les pays étaient plus flagrantes. Par exemple, le son du hautbois en France était différent du son du hautbois en Allemagne. Aujourd’hui il est presque partout le même. Certains musiciens d’orchestres différents travaillent avec les mêmes professeurs. A l’époque, c’était plus facile de dire, à l’écoute, de quel pays était l’orchestre. Aujourd’hui, c’est moins évident. L’orchestre a sa propre couleur mais les différences entre les couleurs est moins flagrante. Les orchestres américains, par contre, se ressemblent tous…

 

L’enseignement de la musique aux Pays-Bas est-il très différent de celui de la France ?

Je suis en poste au Conservatoire de Rotterdam depuis l’âge de 20 ans. J’ai la responsabilité, au sein du Département de la Musique, de la musique classique et notamment de la programmation de l’orchestre du Conservatoire (Codarts) que je dirige une à deux fois par an.
L’enseignement de la musique aux Pays-Bas dans le secondaire est quasi inexistant. Il n’y a (pas plus qu’en France) cette tradition musicale que l’on trouve en Allemagne ou en Italie où, dit-on, l’homme de la rue connaît les airs de Verdi par cœur ! En Allemagne il y a 125 orchestres symphoniques professionnels ! Combien en France ?

 

Votre programmation varie-t-elle beaucoup d’un orchestre à l’autre ?

C’est passionnant de programmer mais très difficile. Il faut toujours avoir en tête que l’on joue pour un public. L’Orchestre de Picardie joue partout, y compris dans des petits villages. L’Orchestre de Chambre de Genève ne joue pratiquement qu’à Genève où il y a une très grande culture de la musique classique. Pour cette seule ville il y a, avec l’Orchestre de Chambre de Genève, l’Orchestre de la Suisse romande et le Camerata de Genève, trois orchestres. Chacun a plus ou moins son répertoire.
Le public d’un village est différent de celui d’une ville : dans un village, les gens veulent écouter au moins une œuvre qu’ils connaissent. A Genève, le public est différent : l’éventail est plus large, on peut aussi faire appel au patrimoine local et jouer des compositeurs suisses (Franck Martin qui a passé la moitié de sa vie à Genève et l’autre à Rotterdam, Arthur Honegger ou d’autres). En France, nous proposons aussi un concert intitulé « Balade en France » qui présente des compositeurs français comme d’Indy, Canteloube (Chants d’Auvergne), Milhaud…
Il y a toujours un fil rouge dans ma programmation mais il faut toujours savoir pour quel public on va jouer sans pour autant trop chercher la facilité en ne programmant que du Mozart… Ce que je souhaite c’est que le public soit heureux en sortant du concert !

 

A propos de la saison 2014-2015 de l’Orchestre de Picardie :

« La programmation d’un orchestre est un peu comme une collection de musée : des pièces permanentes, que tout le monde connaît et que l’on redécouvre avec plaisir, et une exposition temporaire de pièces plus surprenantes, qui nous font sortir des sentiers battus. Ainsi, comme éléments de la « collection permanente », nous vous proposons le Requiem et quelques symphonies de Mozart, la Symphonie Fantastique de Berlioz, Des Knaben Wunderhorn de Mahler, des Lieder de Schubert et des œuvres de Mendelssohn.
Notre « exposition temporaire » vous fera découvrir la Mont Blanc Symphony (commande collective réunissant 5 compositeurs européens),  Le Petit Prince (création de l’opéra de Michaël Levinas),  L’Arche de Noé de Benjamin Britten (réunissant des enfants français et anglais) et les Concertos pour la main gauche de Martinů et Britten. »

Orchestre de Picardie © Teddy Henin 1973

Orchestre de Picardie © Teddy Henin 1973

 

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi