Histoires à deux pianos © Orchestre des Pays de Savoie
Histoires à deux pianos © Orchestre des Pays de Savoie
Chronique

L’Orchestre des Pays de Savoie fête ses 30 ans

par Cécile Colline-Duchamp | le 29 avril 2015

Le samedi 11 avril, l’Orchestre des Pays de Savoie a organisé une journée anniversaire en collaboration avec France Musique et Espace 2 (Radio Télévision Suisse). Deux émissions radio en public dans la matinée devaient avoir lieu et un concert « Histoire à deux pianos » en soirée, mais les grèves de la Maison ronde battaient leur plein et l’on s’inquiétait du maintien de la matinée ; fort heureusement, la coproduction avec Espace 2 a pu sauver les émissions, où les jeunes interprètes – la violoniste Claire Dassesse, la violoncelliste Nadège Rochat, la flûtiste Mathilde Caldérini et le clarinettiste Raphaël Sévère – ont rivalisé de talent, et pour lesquelles le public était venu très nombreux.

Orchestre des Pays de Savoie © William Pestrimaux

Orchestre des Pays de Savoie © William Pestrimaux

Pour des raisons d’horaires, je n’ai pu assister qu’au concert du soir, festif et chaleureux, tout à fait dans l’atmosphère de la fête.

L’Orchestre des Pays de Savoie a été fondé en 1984, à l’initiative de l’Entente régionale de Savoie (collaboration des départements de la Savoie et de la Haute-Savoie), devenue Assemblée des Pays de Savoie, avec le Ministère de la Culture et la Région Rhône-Alpes. Il s’agit d’un orchestre de chambre (23 musiciens permanents : 19 cordes, 2 hautbois et 2 cors) et itinérant (trois lieux principaux de résidence à Annecy, Chambéry et Thonon-Évian). Selon les répertoires, il sollicite le concours d’autres formations, telles que les Chœurs et Solistes de Lyon, l’Orchestre de Chambre de Genève, la Haute École de Musique de Genève et l’Orchestre Symphonique de Mulhouse.

Histoires à deux pianos © Orchestre des Pays de Savoie

Histoires à deux pianos © Orchestre des Pays de Savoie

On arrive à la Grange au Lac, auditorium de 1 200 places ouvert en mai 1993, dont la scène est entourée d’une haie de bouleaux séchés. Entièrement construit en bois (pin pour l’intérieur et cèdre rouge pour l’extérieur), le lieu offre une ambiance conviviale, présentant à la fois l’aspect d’une grange savoyarde et d’une datcha russe.

La soirée est donc festive et chaleureuse, disais-je. Le programme éclectique n’est pas léger pour autant. Après la Pastorale d’été de Honegger, peu connue du public, Lidija et Sanja Bizjak tiennent les deux pianos d’un concerto de Mozart. Gracieux et rigoureux, les doigts des deux sœurs parcourent impeccablement le clavier, dans une galanterie tout à fait mozartienne. Leur dialogue avec l’orchestre est naturel, sans le moindre affrontement : la musique coule de source. Quel bonheur d’entendre du Mozart dans une interprétation si pleine d’esprit !

Après l’entracte, changement d’air. L’Amour sorcier de Manuel de Falla demande plus de sang, de sauvagerie. L’orchestre, sous la direction de son chef Nicolas Chalvin, est certes plus animé et exalté, mais il n’est pas pour autant tout feu tout flamme, ni brut. Le sorcier est plutôt raffiné et se révèle moins farouche qu’on ne l’imagine. Le piano de Lidija se fond dans l’orchestre, mais sa présence est certaine ; elle se distingue par plus de tenue, son jeu n’en est que plus consistant et cru. Changer autant de style en l’espace d’une vingtaine de minutes, se transformer de surcroît de soliste au-devant de la scène en simple membre d’orchestre, suppose une grande polyvalence et d’admirables capacités.

Récitants  © Orchestre des Pays de Savoie

Récitants © Orchestre des Pays de Savoie

La soirée se conclut avec Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, pour changer une dernière fois de style. Le récit est assuré par Richard Oyarzun, cor, et Camille Joutard, hautbois solo, avec la collaboration essentiellement gestuelle de Denis Grillet, régisseur de l’OPS. Si les textes, dans lesquels Nicolas Chalvin s’immisce de temps à autre, sont déclamés avec soin, clarté et surtout facétie, les va-et-vient des récitants, qui se retirent dans les coulisses et en réapparaissent à chaque fois, créent une certaine lourdeur dans l’enchaînement des morceaux ; on aurait peut-être préféré qu’ils s’assoient sur une chaise sur les côtés de la scène… L’orchestre est plus que vivant, les musiciens s’expriment avec élan (Introduction, Final), douceur (Aquarium, Le Coucou au fond des bois) et humour (Poules et coqs, L’Éléphant). Ici aussi, les sœurs Bizjak se révèlent excellentes. Bien sûr, leur virtuosité est incontestable (Les Hémiones, Final), mais remarquables sont également leur lyrisme dans « Le cygne » – mention spéciale pour le jeune violoncelliste Noé Natorp –, leur description presque picturale des scintillements d’eau dans « Aquarium », ainsi que la précision d’attaque dans « Fossiles ». Du début à la fin, la salle est restée émerveillée, tant par la variété musicale que par leur interprétation enlevée.

L’orchestre et les deux pianistes ont ainsi accompli ensemble une très belle performance, dans une heureuse complicité directement perçue par l’auditoire.

 


Concert du 11 avril 2015 à la Grange au Lac, Évian
Arthur Honegger (1892-1955) : Pastorale d’été
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto n° 10 pour deux pianos en mi bémol majeur K 365
Manuel de Falla (1876-1946) : L’Amour sorcier, suite d’orchestre d’après le ballet
Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Le Carnaval des animaux

Orchestre des Pays de Savoie, Nicolas Chalvin, direction
Lidija et Sanja Bizjak, pianos

 

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