L'orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
L'orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
Chronique

L’Orgue du sultan : un voyage musical à portée universelle

par Julien Bordas | le 20 octobre 2017

Dimanche 8 octobre, en clôture du Festival 2017 de Royaumont, l’orgue, « roi des instruments », était à l’honneur. À partir du périple effectué par Thomas Dallam en 1599,  l’Orgue du sultan, interprété par les ensembles L’Achéron et Sultan Veled, et dont on doit la direction artistique du projet à Andreas Linos, nous invite à un fascinant voyage musical.

– 2000 avant JC ! C’est à cette période qu’il est fait mention d’un premier instrument, un orgue à bouche chinois, le « sheng », dans le Livre des Odes ou de la poésie. Puis l’instrument apparaît sous forme d’hydraule, un petit orgue muni d’un clavier, dont le vent est produit par un mécanisme alimenté en eau. Une forme d’orgue à bouche Shô est ensuite utilisée lors de rituels de l’aristocratie japonaise. Un peu plus tard Pépin le Bref recevra un orgue de l’Empereur Constantin. Enfin, en l’an 1000, l’”orgue roman”, actionné par des tirettes et non pas des touches, entre dans les églises.

Le projet L’orgue du Sultan porte sur le récit du facteur d’orgue Thomas Dallam, qui retrace le voyage d’un orgue mécanique offert au Sultan Mehmet III par Elisabeth 1ère en 1599. Un long périple musical où la muse du voyageur est incarnée ici par la soprano Amel Brahim-Djelloul. De Londres à Constantinople, la partition nous transporte de la musique élisabéthaine à celle des ottomans, et souvent, étonnamment, ces deux univers se confondent et prennent des tournures communes, jusqu’à ne faire qu’un. Le clavecin se marie au qanûn (une cithare sur table), le ney (de la famille des flûtes) au hautbois ou à la flûte traditionnelle, l’orgue s’accommodant avec tous les instruments… et l’ensemble est porté par la rythmique des percussions orientales. Le réfectoire des convers apporte une acoustique idéale aux pérégrinations musicales des deux formations.

L'orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

L’orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

Thomas Dallam a transcrit précisément son périple et le public est invité à lire les notes du voyage au fil du concert. On apprend que le transport ne s’est d’ailleurs pas passé sans encombre… Arrivé à Constantinople, l’orgue est dans un piteux état, malmené par le voyage… Le facteur se verra même obligé de le reconstruire à neuf, sur demande de l’ambassadeur Aldridge !

Lors de l’arrivée de Thomas Dallam au Sérail, la musique de Gazi Giray Han II nous saisit. L’illusion est telle que l’on oublierait que L’Achéron utilise des instruments occidentaux. Quant au qânun, il exécute ce que l’on pourrait nommer une « basse continue orientale », faisant ainsi écho au clavecin. Quel que soit le répertoire, Dowland, Dervis Frenk Mustafa, ou Alfonso Ferrabosco, la soprano Amel Brahim-Djelloul semble tout à fait à l’aise. Son lyrisme naturel évoque parfois une lamentation, verse dans une certaine tristesse, ou nous entraîne dans l’ivresse d’une mélodie entêtante.

L'orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

L’orgue du Sultan au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

“Après un moment il me demanda d’aller poser le couvercle sur le clavier. Je m’approchai alors à nouveau du Sultan, saluai puis retournai, à reculons cette fois-ci, vers ma cape. À cette vue, tous rirent. Je vis le Sultan tendre une main pleine d’or, que le Kapi Aga prit et me donna. Il y avait là quarante-cinq sequins, soit plus de deux cents livres. Je fus escorté vers la porte où l’on m’avait fait entrer, pas peu fier de mon succès.” Thomas Dallam

En dépit de la crainte éprouvée par Thomas Dallam lors de la présentation de l’orgue au Sultan – “grand ennemi de tous les chrétiens” – , le “Cadeau” d’Elisabeth 1ère est finalement très apprécié, et sa présentation, un succès.

François Joubert-Caillet, dessus de viole et assurant la direction de L’Achéron, confiera au public à la fin du concert, “je m’inspire du phrasé oriental car je me sens plus proche de ces instruments que des violons modernes !”.  Une preuve – s’il en fallait une – de l’universalité de la musique !




A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

[wpdevart_facebook_comment curent_url="http://www.classicagenda.fr/lorgue-du-sultan/" order_type="social" title_text="" title_text_color="#000000" title_text_font_size="22" title_text_font_famely="monospace" title_text_position="left" width="100%" bg_color="#ffffff" animation_effect="random" count_of_comments="5" ]

A voir aussi