Louis-Noël Bestion de Camboulas
Louis-Noël Bestion de Camboulas © Jean-Baptiste Millot
Chronique

Radio France : Louis-Noël Bestion de Camboulas transcrit une symphonie de Dutilleux à l’orgue

par Julien Bordas | le 6 décembre 2019

Radio France poursuivait la déclinaison de sa thématique  “L’orgue, l’autre pays de la symphonie”, avec une transcription inédite de la 1ère Symphonie de Dutilleux par Louis-Noël Bestion de Camboulas le 27 novembre. Une prouesse.     

 

Avant d’assister à la Symphonie tant attendue, le programme nous offrait trois pièces de Gabriel Fauré, Jehan Alain et César Franck.

La musique de scène de Pelléas et Mélisande de Fauré, transcrite par Louis Robilliard (dont Louis-Noël Bestion de Camboulas fut élève), constitue l’ouverture du concert. Fauré, étonnamment, ne laissa aucune composition pour l’orgue, son instrument de prédilection (rappelons qu’il fut, entre autres, titulaire du grand orgue de La Madeleine à Paris). La réussite de cette transcription fait qu’on la retrouve très régulièrement au programme des concerts d’orgue. Ce soir, son exécution exalte un lyrisme captivant paré d’une registration favorisant la lisibilité des timbres. Signalons qu’une interprétation de cette œuvre figure sur l’album de l’organiste, “Visages impressionnistes” paru chez Ligia Digital, et épouse les contours d’un instrument d’une esthétique différente : l’orgue Scherer-Walker-Kuhn de Saint-François de Lausanne.

Autre climat avec la Fantaisie n°2 de Jehan Alain. Ce chef d’oeuvre poignant – traversé par des inspirations nord-africaines – est transcendé avec virtuosité, même si l’acoustique très sèche de l’auditorium peine à traduire la profondeur de ces pages.
Dépassant les limites du solfège et nécessitant la double pédale, c’est une oeuvre qui requiert une grande agilité, ce que démontre l’organiste.

Tiré de l’ultime recueil de César Franck, le romantique Choral n°3, dont la première partie présente une analogie évidente avec le Prélude en la mineur BWV 543 de Bach, se déploie sur les jeux du Grenzig. Nous retiendrons particulièrement l’éloquence de la partie centrale chromatique, ainsi que l’éclatante coda.

Le « point d’orgue » de la soirée résidait dans la transcription de la 1ère Symphonie de Dutilleux par Louis-Noël Bestion de Camboulas, commande de Radio France et création mondiale. Même si l’organiste avait réalisé différentes transcriptions chambristes avec orgue de salon pour son disque “Soleils couchants” (enregistré sur le Cavaillé-Coll de Royaumont), transcrire une symphonie reste difficile et la concrétisation en concert peut parfois décevoir.

En effet, si l’orgue est un instrument-orchestre par la diversité des jeux qu’il propose, la transcription demande un sérieux travail de “re-composition” et de registration. Les changements de timbres et les nuances expressives doivent permettre de traduire l’orchestration d’origine voulue par le compositeur tout en s’adaptant aux caractéristiques de l’orgue. En quelque sorte, cela doit fournir l’impression que la pièce a été écrite pour l’instrument à tuyaux, et ce fut le cas ce soir grâce au talent de Louis-Noël Bestion de Camboulas. Par ailleurs, l’orgue Grenzig ne disposant pas de tous les accessoires requis, une troisième main était parfois indispensable à l’exécution.

L'orgue de la Maison de la Radio

L’orgue de la Maison de la Radio © Julien Bordas

Pour réaliser le travail de transcription, le programme de salle nous indique que le musicien s’est référé à des compositeurs ayant fréquenté Dutilleux. On retrouve les noms de Litaize, Grunenwald, et plus particulièrement Jehan Alain et Jean-Louis Florentz, et de jeunes compositeurs tels que Jean-Baptiste Robin et Valéry Aubertin.

Si certaines formes classiques comme la Passacaille du premier mouvement – aux accents bartokiens – se prêtent “naturellement” à l’instrument, d’autres passages font appel à l’ingéniosité et à la sensibilité musicale du transcripteur. Cette symphonie pour grand orchestre d’une durée de 30 min sera donc prétexte à de nombreux changements de jeux et de claviers, autant d’atmosphères sonores séduisantes qui ont largement rendu justice à la symphonie initiale.

Idéale conclusion, l’organiste propose en bis l’émouvant Erbarm’ dich BWV 721, en contraste avec la partition précédente.

Malgré une retransmission sur France Musique annulée en raison d’une grève ce jour-là, l’organiste devrait bientôt enregistrer cette oeuvre sur l’orgue de la Maison de la Radio pour une diffusion ultérieure. Un tel travail mérite d’être connu !

 

Le site officiel de Louis-Noël Bestion de Camboulas.




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