Portrait de Nikolaï Lugansky
Nikolaï Lugansky © Marco Borggreve
Chronique

Lugansky à la Roque d’Anthéron, intégrité et profondeur

par Marine Park-Dufour | le 26 août 2016

Retour sur le récital de Nikolaï Lugansky au Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron

 

La Mecque du piano, c’est le moins que l’on puisse dire…  Le Festival International de Piano de la Roque d’Anthéron accueille depuis déjà 36 ans les grands mélomanes de l’Hexagone au monde entier, qui prêtent leur oreille attentive au jeu des éminents pianistes invités.

Des feuilles de séquoia et de platane doucement effleurées par le vent et des chants de cigales nonchalantes, sont le prélude naturel aux concerts, et agrémentent le charme de cet auditorium de plein air, dans le parc du Château de Florans.

Ce soir c’est au tour de Nikolaï Lugansky, de se produire sur cette scène mythique, inaugurée en 1981 par, entre autres, Youri Egorov, Vlado Perlemuter, Martha Argerich et Krystian Zimerman.

Il entame le récital de manière solennelle avec le Prélude, fugue et variations op. 18 de César Franck, dans la transcription pour piano de Harold Bauer. Après un début magistral, il sublime les quatre impromptus de Franz Schubert, op.142, non par une virtuosité ostentatoire, si fréquente chez d’autres pianistes, mais par l’intégrité de son interprétation. Au lieu de « se servir » de la musique il fait tout pour « servir la musique » avec une grande finesse d’esprit. Entre utilisation de pédales modérée et phrasés avec un rubato retenu, il est rigoureux sans tomber dans la dureté.

Venons ensuite au répertoire russe : dans les extraits des Saisons de Tchaikovski (Juin à Août : Barcarolle, les moissons, la chasse, chant d’automne, Troïka, Noël) », le pianiste nous plonge dans un monde intime et profond et nous conduit à travers les changements de saisons, comme un narrateur à la voix tantôt lumineuse, tantôt remplie de spleen.

En écho à la première partie du concert, nous retrouvons les six moments musicaux de Sergei Rachmaninov, inspirés du cycle de Franz Schubert. Nous rentrons ainsi en quelque sorte dans le domaine privé de Lugansky, Rachmaninov étant un des ses compositeurs de prédilection.
Son jeu ne pourrait pas être mieux adapté à cette musique, avec sa sobriété élégante et son absence de narcissisme.

La Roque d’Anthéron reste fidèle à sa réputation : un festival inclassable, une expérience enivrante, un passage obligatoire pour tous les amateurs de piano, et pas que…

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi