© Opéra Royal de Wallonie-Liège
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Chronique

Luisa Miller à Liège

par Marine Park-Dufour | le 1 décembre 2014

Luisa Miller

Mélodrame tragique en 3 actes de Giuseppe Verdi
Livret de Salvatore Cammarano d’après Kabale und Liebe (cabale et amour) de Friedrich von Schiller
Créé à Naples au Teatro San Carlo le 8 décembre 1849
Production: Opéra Royal de Wallonie et Opéra National de Montpellier
A l’Opéra Royal de Wallonie à Liège les 26, 29 novembre et les 2, 4 et 7 décembre 2014

 

Tournant important dans le style de Verdi, qui, à l’âge de 36 ans, se détourne du style patriotique pour s’intéresser aux drames bourgeois, Luisa Miller est sa première œuvre de maturité et annonce déjà sa trilogie (Rigoletto, La Traviata et Le Trouvère).

L’œuvre débute par une ouverture en fanfare au style résolument verdien, sous la baguette dynamique de Massimo Zanetti – déjà venu à Paris en 2008 diriger la même partition – qui confirme d’être un spécialiste du répertoire lyrique du XIXe.

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Le rideau se lève sur Luisa avouant à son père et aux amis du village, venus lui souhaiter son anniversaire,  son amour envers un certain Carlo : « Dieu a lié nos coeurs d’un nœud éternel, effacés de ces terres, nous nous aimerons encore au ciel ». Elle ignore encore que son amoureux est en réalité Rodolfo, le fils du Comte Walter.

Les deux protagonistes sont très touchants : la resplendissante Luisa de Patrizia Ciofi – très attendue pour ce rôle-titre – est éprise d’un amour ardent, naïvement persuadée de son futur bonheur, et les aigus du Rodolfo de Gregory Kunde sont aussi passionnés et chaleureux que ses sentiments envers Luisa.

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Cet amour, qui semble d’abord si éternel, représenté par les troncs d’arbre solidement implantés au milieu de la scène, se transforme au fil du temps en un amour impossible : le machiavélique Wurm de Bálint Szabó, sensible aux charmes de Luisa et voulant la posséder à tout prix, se lance dans une série de trahisons et de complots.

Dans cette tragédie bourgeoise, deux amours paternels s’opposent. Nicola Alaimo, grand baryton verdien, est un Miller bienveillant et attentif, qui manifeste un amour tendre envers sa fille : « Un père ressemble à Dieu par la bonté mais pas par la rigueur, on ne commande pas aux coeurs de ses enfants »…, tandis que chez le Comte de Walter de Luciano Montanaro, aux graves un peu trop austères, l’amour ne s’exprime que quand son fils s’aligne à ses désirs et ambitions : « Federica sera bientôt ta femme […] Obéis, mes désirs sont des ordres […] Les portes de la cour s’ouvrent à toi… ».

Si les décors sombres, sous la lumière bleue de Gérard Didier, soulignent le caractère austère du Comte, le tragique épilogue est pis en scène par les deux troncs d’arbre couchés, qui semblent représenter le naufrage d’un amour désespéré qui amènera le jeune couple à la mort. Cette tension inéluctable vers le drame final semble rapprocher les chanteurs, l’orchestre et le public dans une sorte d’émulsion émotionnelle.

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Les Ateliers de l’Opéra Royal de Wallonie nous proposent, avec leurs costumes, une simple mais charmante interprétation de l’Italie préfasciste – période dans laquelle est transposée l’action – et nous rappellent, encore une fois, comment les sujets d’opéra sont toujours d’actualité, au XXe comme au XXIe siècle.

Luisa Miller, magnifiquement sublimé par la production de Liège, possède donc déjà tous les caractères du style verdien. Il n’est pas sans rappeler les plus célèbres Rigoletto et La Traviata et leurs thèmes intemporels du conflit entre les générations et les classes.

© Opéra Royal de Wallonie-Liège

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Direction musicale : Massimo Zanetti
Mise en scène : Jean-Claude Fall
Décors : Gérard Didier
Costumes : Ateliers de l’Opéra Royal de Wallonie
D’après une idée originale d’Agostino Cavalca
Lumières : Martine André

Chef de chœur : Marcel Seminara
Orchestre & Chœurs : Opéra Royal de Wallonie-Liège

Luisa : Patrizia Ciofi

Rodolfo : Gregory Kunde
Miller : Nicola Alaimo
Wurm : Bálint Szabó
Il Conte di Walter : Luciano Montanaro
Laura : Alexise Yerna
Federica : Cristina Melis
Un paysan : Stefano De Rosa

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