© Aliona Bolkvadze
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Chronique

Lyrisme et rêverie : Elena Rozanova et l’Orchestre de chambre de Novossibirsk

par Cinzia Rota | le 16 février 2015

La pianiste russe Elena Rozanova nous a offert une soirée passionnante en compagnie de l’orchestre de chambre de Novossibirsk – ville célèbre pour son école de cordes dont sont issus de grands artistes tels que Vadim Repin et Maxim Vengerov.

Si cette formation de jeunes est connue pour l’originalité des programmes et pour l’utilisation d’instruments rares, ici on la retrouve dans un répertoire plus traditionnel qui reste très intéressant.

Wedding Cake fût composé en guise de cadeau par Camille Saint-Saëns en 1885 pour le mariage de la pianiste Caroline Montigny-Rémaury avec Auguste Wieczffinski. Il lui composera d’ailleurs quelques années plus tard les Études pour la Main gauche seule, op. 135, pour qu’elle puisse jouer malgré sa grave blessure à la main droite.

Elena Rozanova interprète ce caprice-valse avec tellement de fraîcheur qu’on en oublie presque la virtuosité.

Après ce moment suspendu et enveloppant, Rozanova sort élégamment de scène en caressant le sol avec sa longue robe bleu-grise et laisse l’orchestre nous proposer un Souvenir de Florence de Tchaïkovski d’une grande intensité.
Bien qu’esquissé en Toscane, ce sextuor à cordes, transcrit pour orchestre, n’évoque pas une Italie ensoleillée mais plutôt les paysages froids et sans fin de l’Asie du Nord, avec ses thèmes puisés dans la tradition populaire russe.

La splendide partition de Tchaïkovski est jouée avec plein d’entrain et ne manque pas de nous émouvoir. La maîtrise des nuances est subtile : les crescendos sont amenés avec finesse pour s’épanouir dans des moments de grand lyrisme, comme dans l’Adagio cantabile e con moto.
Les violons et les violoncelles dialoguent et, dans leur complémentarité, se mettent tour à tour en valeur, en nous faisant oublier l’absence des bois et des cuivres.

Mais le moment le plus entraînant de la soirée est le Concerto pour piano et orchestre en la mineur n°1 de Frédéric Chopin, où la planante interprétation de Rozanova laisse la place à des accents parfois jazzy.
Composé en 1830, juste avant l’insurrection de la Pologne contre la Russie en novembre, ce magnifique concerto sera au programme des derniers concerts du compositeur avant qu’il ne quitte – malgré lui – sa patrie pour la France : « Je suis toujours ici, je ne me sens pas la force de fixer le jour de mon départ….je n’ai pas encore essayé le concerto… rien ne m’attire nulle part… je n’ai cependant pas l’intention de rester à Varsovie… »

L’orchestration met en valeur les sonorités du piano : dès son entrée, il joue le rôle d’un protagoniste, rôle que Rozanova investit en dosant chaque nuance au profit de l’expressivité, avec un toucher subtil et fluide, aux accents schumaniens.

Ce concerto saisissant ne manque pas de nous plonger dans une rêverie mélancolique. Comme disait Berlioz  : « Ainsi, après avoir suivi l’harmonieuse dégradation des demi-teintes d’un crépuscule du soir, on demeure immobile dans l’obscurité, l’œil toujours fixé sur le point de l’horizon où la lumière vient de disparaître ».

 


Salle Gaveau, le 12 février 2015

Orchestre de Chambre de la Philharmonie de Novossibirsk
Elena Rozanova, piano et direction

Camille Saint-Saëns, Wedding cake pour piano et orchestre
Piotr Ilitch Tchaïkovsky, Souvenir de Florence (version pour orchestre)
Frédéric Chopin, Concerto n°1 en mi-mineur

 

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