© Frédéric Désaphi / Orchestre de Paris
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Chronique

Martha Argerich, la diva du clavier au sommet avec Riccardo Chailly

par Marine Park-Dufour | le 8 décembre 2014

Malgré le premier coup de froid qui frappe Paris, annonçant déjà un hiver rude, la Salle Pleyel dégage, dès le hall, une ambiance chaleureuse d’excitation palpitante, d’impatience grandissante avant un concert exceptionnel. Martha tient sa promesse auprès du public parisien, d’autant plus dans une salle bientôt condamnée à héberger d’autres types de musique bien qu’indissociable du répertoire symphonique.

Après une brève ouverture de Ruy Blas de Mendelssohn, qui réchauffe les mains de l’orchestre et les oreilles du public, voilà notre diva du clavier qui arrive sur scène. Martha Argerich – qui était accompagnée de son complice Claudio Abbado avec le premier de Beethoven l’an dernier dans cette même salle – nous apporte comme cadeau de fin d’année le concerto de Schumann, son morceau de prédilection. Ce concerto que ses doigts possèdent depuis l’âge de dix ans sonne avec tout le naturel de son jeu fluide et léger. L’étincelante palette sonore reste intacte dès le début des accords très décisifs en la mineur jusqu’aux arpèges de mille nuances du premier mouvement Allegro affetuoso. Dans l’Intermezzo, elle nous prend par la main pour nous faire écouter le chant intime schumannien.

Cette musique qui vient d’elle-même, la pianiste n’a pas besoin d’y réfléchir : son instinct lui permet d’anticiper, parfois de devancer les lignes rythmiques, l’Orchestre de Paris sous la baguette de Chailly, son autre complice italien.

Le duo électrisant Argerich/Chailly, si familier avec leur « Rach 3  » gravé en live en 1982 avec la radio de Berlin, enregistrement de référence, nous livre toujours des instants d’exception, même trente ans plus tard…

En réponse aux pluies de rappels sollicités par le public impatient, la diva nous offre un petit délice, une cerise sur le gâteau : « Von fremden Ländern und Menschen », la première pièce des Kinderszenen de Schumann.

Frustré toutefois de ce petit bis, le public est largement consolé et rassasié par la seconde partie de la soirée. Notre chef italien n’abandonne pas sa gestuelle dynamique et étincelante.

Chailly fait ressusciter la première symphonie de Rachmaninov, une partition dont la création ratée en 1897 fit plonger le compositeur dans une longue dépression – hélas ! Glazounov dirigea la création ivre et n’était pas à la hauteur de l’œuvre. Le lendemain parut une critique violente sous la plume de César Cui

Le chef italien éclaire cette partition touffue et lourde construite autour du thème du requiem médiéval. Ce Dies Irae, motif récurrent dans les autres œuvres de Rachmaninov – Ile des morts, deuxième et troisième symphonies, Danses Symphoniques, Rhapsodie sur un thème de Paganini – résonne selon les variantes cycliques durant toute l’oeuvre.

Dans le Finale Allegro con fuoco, l’Orchestre de Paris nous entraîne dans un nouveau monde sonore, annonçant les Big bands du jazz, sous la magnifique chorégraphie de baguette, féerique et fascinante, de Chailly.

Merci, chers duettistes, pour cette soirée inoubliable !

 

Mercredi 03 décembre, Salle Pleyel
Orchestre de Paris
Riccardo Chailly, direction
Martha Argerich, piano
 
 
Programme :
 
Felix Mendelssohn – Ouverture de Ruy Blas en ut mineur, op.95
Robert Schumann – Concerto pour piano en la mineur, op.54
Sergueï Rachmaninov – Symphonie n° 1 en ré mineur, op.13

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