Matthias Goerne
Matthias Goerne
Chronique

Voyage en terres schubertiennes par Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes à la Philharmonie

par Laurent Amourette | le 4 mars 2019

Deux jours après le fracas terrifiant et monumental du Requiem de Berlioz, la Philharmonie de Paris devient le lieu d’un voyage intimiste autour de Lieder de Franz Schubert, interprétés par le tandem Matthias Goerne et Leif Ove Andsnes.

Ce que nous présentent le baryton Matthias Goerne et le pianiste Leif Ove Andsnes, c’est bien un voyage, le parcours d’un vagabond errant (le fameux Wanderer si présent dans l’univers schubertien), une trajectoire mêlée d’espoirs déçus, de mélancolie (Sehnsucht), d’un sentiment de solitude et de déracinement que seule la mort semblerait pouvoir atténuer.

Le programme, très intelligemment construit, conduit de l’obscurité pesante empreinte de désolation (qui sonne comme une variation au cycle du Voyage d’hiver) à un début de clarté retrouvée dans les cieux étoilés, clarté qui ressemble toutefois à une renonciation définitive aux maux terrestres.

L’atmosphère des Lieder choisis par Goerne et Andsnes est évidemment pesante. Toutefois, la cohérence thématique ne conduit jamais au moindre sentiment de monotonie. Extrêmement soucieux du texte, Matthias Goerne habite chaque inflexion des poèmes au point que la lecture des surtitres (procédé précieux et pourtant rare dans les récitals de mélodies) semble presque inutile pour saisir l’atmosphère propre à chaque pièce. La voix du baryton, homogène dans tous les registres, se déploie avec une grande liberté et une incroyable intensité. A l’expressivité exacerbée de Goerne s’oppose le piano très droit et rigoureux de Leif Ove Andsnes. L’accompagnement du pianiste norvégien se distingue avant tout par une grande retenue et une subtile délicatesse. Et pourtant la fusion entre ces deux artistes, apparemment si dissemblables, s’opère avec beaucoup de naturel, conduite par une compréhension et un amour mutuels de ce répertoire.

 


Franz Schubert

Der Wanderer D 489
Wehmut D 772
Der Jüngling und der Tod D 545
Fahrt zum Hades D 526
Schatzgräbers Begehr D 761
Grenzen der Menschheit D 716
Das Heimweh D 851
Drei Harfner-Lieder

  1. « Wer sich der Enseimkeit ergiebt » D 478 (Harfenspieler I)
  2. « Wer nie sein Brot mit Tränen aß » D 480 (Harfenspieler III)
  3. « An die Türen will ich schleichen » D 479 (Harfenspiele II)

Pilgerweise D 789
Des Fischers Liebesglück D 933
Die Winterabend D 938
Abendstern D 806
Die Sommernacht D 289
Die liebliche Stern D 861

Matthias Goerne, baryton
Leif Ove Andsnes, piano

23 février 2019, Philharmonie de Paris




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