Répétition de l’opéra « Le Songe d’une Nuit d’été » "A midsummer night's dream" Dominique Pitoiset/ CNSMD de Lyon-ENSATT © Benjamin Bourgeois
Répétition de l’opéra « Le Songe d’une Nuit d’été » Dominique Pitoiset/ CNSMD de Lyon-ENSATT © Benjamin Bourgeois
Chronique

A midsummer night’s dream : le songe d’un jour nouveau

par Sonia Bos-Jucquin | le 23 mars 2017

C’est un projet audacieux et de grande envergure qui a eu lieu à Lyon cette semaine. Réunissant les étudiants des deux grandes écoles artistiques de la ville, l’ENSATT (Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre) et le CNSMD (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse), Dominique Pitoiset a créé une passerelle entre la pièce de théâtre « A midsummer night’s dream » de William Shakespeare, écrite en 1595, et l’opéra de Benjamin Britten datant de 1960. Ils ont présenté, tous ensemble, un diptyque de Songe(s) singulier et étonnant.

C’est sur l’étage inférieur de lits superposés, alignés le long des quatre murs de la salle de l’ENSATT que le public prend place pour assister à l’opéra A midsummer night’s dream de Benjamin Britten. Le dispositif, qui bénéficie d’une jauge réduite, concentre en son sein l’orchestre et la scène. C’est audacieux, inédit et risqué, aussi bien pour les chanteurs qui circulent au milieu des musiciens mais aussi pour les instrumentistes dont le regard est constamment attiré par le mouvement. Cependant, c’est une production très professionnelle qui nous a été donné d’entendre, sans nulle once de perturbation, de quelque provenance que ce soit. Nous ne savons pas trop si nous sommes à l’orphelinat ou dans un centre d’hébergement pour réfugiés mais une chose est certaine : nous sommes dans cet espace d’expression de tous les désirs, de toutes les pulsions à travers les rêves et les cauchemars.

Les deux écoles se sont emparées avec brio de l’enchantement et de la féérie qui émanent de la pièce de Shakespeare. Fidèle au texte d’origine, le livret de Benjamin Britten a seulement coupé des passages trop complexes et simplifié l’intrigue. Ici, outre la scénographie qui surprend, les personnalités des étudiants se révèlent au grand jour dans cette forme très aboutie qui montre un grand soin accordé à la psychologie des personnages. Manon Lamaison, Anne-Lise Polchlopek, Julie Goussot et Yui Futaeda forment un quatuor de fées irrésistible, accompagné par la délicatesse des harpes. Obéron, le mari de la reine des fées, est campé avec brio par le contre-ténor Léo Fernique. Sacha Ribeiro est Puck, personnage d’humeur friponne qui contemple son œuvre du haut de l’étage supérieur des lits superposés des spectateurs. Au niveau des amants, Yaxiang Lu est un Démétrius dur et insensible au cœur de pierre tandis que Quentin Desgeorges est un Lysandre plus empathique. Pauline Loncelle (Héléna) et Jingchao Wu (Hermia) sont extrêmement convaincantes, vocalement complémentaires de ces messieurs mais celle qui parvient à tirer son épingle du jeu, c’est Tamara-Nour Bounazo dans le rôle de Titania. La voix limpide de la soprano et son talent d’actrice indéniable en font l’une des révélations du spectacle, tout comme Antoin Herrera, excellent Nick Bottom qui aimerait bien avoir tous les rôles de la pièce de Quince (discret Zan Wang). Du côté de la direction musicale, Luping Dong et Tanguy Bouvet se partagent la baguette. Le premier, très à l’aise, se permet quelques fantaisies, allant jusqu’à fredonner un air en même temps qu’il dirige les musiciens tandis que le second, très appliqué, se montre extrêmement précis et consciencieux. La musique semble éclore d’un rêve lointain, nous tenant éveillés pour mieux plonger dans les profondeurs d’un songe envoûtant.

Répétition de l’opéra « Le Songe d’une Nuit d’été » "A midsummer night's dream" Dominique Pitoiset/ CNSMD de Lyon-ENSATT © Benjamin Bourgeois

Répétition de l’opéra « Le Songe d’une Nuit d’été » Dominique Pitoiset/ CNSMD de Lyon-ENSATT © Benjamin Bourgeois

Le diptyque Songe(s), composé de la pièce de théâtre et de l’opéra, montre une création jeune, dynamique, belle, plaisante et délicate comme un bouton de fleur s’ouvrant dans le petit matin et s’offrant aux premiers rayons chauds d’un soleil printanier. Mais tout ceci n’était qu’un rêve, un songe éveillé où Shakespeare et Britten irradient comme la rosée sacrée : « Songez, et tout finira bien, que vous n’avez fait que dormir ». Voilà bien de quoi faire de beaux rêves au moment où la nuit descendra et que le sommeil nous enveloppera de son univers onirique, mystérieux et fabuleux, à l’instar de cet audacieux projet. Il ne nous restera plus au réveil qu’à nous raconter nos rêves les plus fous.




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