Monteverdi 2.0
Monteverdi 2.0 © Théâtre du Pays de Morlaix
Chronique

Monteverdi 2.0 : des sources à l’estuaire avec l’Ensemble Matheus

par Juliette Guibert | le 25 avril 2017

Salle comble dans la bonbonnière à l’italienne du théâtre du Pays de Morlaix vendredi 31 mars. Un œil sur le programme : diable, une toile de Monteverdi tissée de chants traditionnels méditerranéens et de gospels. Les sources et l’estuaire. Le bouillant Spinosi nous raconte, comme toujours avec cœur, les fils d’or qui relient l’œuvre chantée du père de l’opéra aux chants populaires du bassin méditerranéen.

 

En formation réduite, 7 musiciens autour de 3 chanteurs, miniature du plateau du Couronnement de Poppée qui nous avait enchantés à l’automne, l’Ensemble Matheus paraît décidé à célébrer les 450 ans de la naissance du compositeur en réalité augmentée : vous écoutez du Monteverdi mais en même temps vous voyez les pixels de la musique faire l’école buissonnière et partir baguenauder à Chypre, en Italie, en Corse, en Nubie et jusque dans le Nouveau Monde.

Voyage d'Enée, carte couleur de la Méditerranée, XVIIème siècle

Voyage d’Enée, carte couleur de la Méditerranée, XVIIème siècle

Les sources et l’estuaire : sources d’Orient, dans un magnifique chant parfumé de jasmin interprété par la soprano chypriote Zoé Nicolaidou (To Yiasemi), dont les intonations prolongent et modulent l’E pur io torno de David DQ Lee passé en quelques mois de Néron à Ottone : louable revirement (pour un résultat tout aussi réussi) du tyran victorieux et futur meurtrier à l’éconduit sincère. Sources italiennes, ensuite, avec Caccini et Merula, sources corses— petite digression polyphonique, génuflexion spinosiste à ses ancêtres — pour illustrer le passage de la monodie à la polyphonie et à la mélodie accompagnée : et hop !, les pixels se font lien hypertexte vers une « Brève histoire de la musique » en 3 chants et 2 madrigaux.

A sa suite, Emilie Rose Bry, qui avait incarné une très émouvante Poppée, prend Claudio par la main et glisse du Pulchra es des Vêpres au gospel As I went down to the river to pray, tandis que le Matheus nous emmène sur les traces d’un monde perdu — le village englouti par les eaux du barrage d’Assouan — que seule l’entêtante musique de la turbine fait sortir de l’onde obscure (Escalay, Hamza el Din) : estuaire.

Les pixels reprennent leurs esprits, Si dolce è ‘l tormento et un bouleversant Pur ti miro (plus encore peut-être qu’il y a quelques mois sur la scène du Quartz) : retour à Monteverdi qui, sous ses airs (si on peut dire) d’infatigable fournisseur de scies baroques, nous a laissés voguer sur son fleuve jusqu’à l’Amazing Grace. Spinosi pousse le bouchon sur l’estuaire et nous livre une version blues du Suscepit Israel des Vêpres dont on n’a pas boudé le plaisir potache.

Monteverdi 2.0, des lunettes 3D chaussées sur nos oreilles émues.

 


Vendredi 31 mars 2017, Théâtre du Pays de Morlaix

Monteverdi 2.0, Ensemble Matheus
Direction : Jean-Christophe Spinosi
Avec Zoé Nicolaidou (soprano), Emilie Rose Bry (soprano), David DQ Lee (contre-ténor)




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