Moritz Gnann
Moritz Gnann © Simon Pauly
Interview

Moritz Gnann, un nouveau chef assistant pour le Boston Symphony Orchestra

par Cinzia Rota | le 24 mars 2016

Après avoir travaillé pendant trois ans en tant que Kapellmeister à la Deutsche Oper de Berlin et avoir assisté Andris Nelsons dans la production de Lohengrin au festival de Bayreuth, Moritz Gnann vient d’être nommé chef assistant du Boston Symphony Orchestra.

 

Vous avez récemment été nommé chef assistant du Boston Symphony Orchestra, qu’est-ce que ça fait de travailler avec un orchestre considéré parmi les meilleurs au monde ?

J’ai un très grand respect pour les musiciens de l’orchestre symphonique de Boston, ils ont tous un niveau très élevé et sont très réactifs. Lorsque j’ai auditionné, je me souviens d’avoir été un peu intimidé mais, tout en étant très sûrs d’eux, les musiciens ont su m’encourager et je leur en suis reconnaissant. C’est un ensemble extraordinaire !

 

En quoi consiste concrètement le rôle de chef assistant ?

Dans mon cas, je dois assurer deux types de fonctions : la première consiste à diriger l’orchestre, comme ce sera le cas cet été au festival de Tanglewood, puis dans les deux prochaines saisons au Symphony Hall. J’y dirigerai aussi occasionellement l’ensemble Boston Symphony Chamber Players.
Ma deuxième fonction est de couvrir différentes séries de concert avec les chefs invités, ce qui signifie que je dois préparer une très grande quantité de répertoire et être prêt à prendre le relais sur scène s’il y a une annulation de dernière minute. C’est une grande chance pour moi d’observer ce magnifique orchestre et la manière dont il répond aux différents chefs, tout comme de voir les techniques de direction et la façon dont les répétitions sont menées : comment donner des indications, à quel moment choisir d’arrêter l’orchestre ou de le laisser continuer, si un passage mérite une attention particulière ou s’il sera résolu par l’orchestre lui-même… À chaque fois je suis impressionné par la qualité des premières lectures et de la rapidité avec laquelle tout se met bien en place.

 

Après avoir travaillé pendant trois ans à la Deutsche Oper de Berlin et assisté Andris Nelsons au festival de Bayreuth, vous allez vous consacrer principalement à la musique symphonique. Quels sont les défis à prendre en compte dans ces deux répertoires ?

En général on considère l’opéra plus difficile à diriger car il y a plus de probabilités que quelque chose ne marche pas, étant donné qu’il y a beaucoup d’aspects à coordonner : les chanteurs et le choeur, la mise en scène dans laquelle ils doivent se déplacer et intéragir  les costumes et les lumières, et enfin l’orchestre qui se trouve dans la fosse. Parfois, des difficultés supplémentaires dues à la configuration de la salle s’ajoutent, par exemple lorsque les musiciens n’ont pas un bon retour acoustique.
Si dans le répertoire symphonique il y peut y avoir des pièces très difficiles à mettre en place, il n’y aura jamais tous les aléas que l’on retrouve dans l’opéra car il n’y a pas de mise en scène, de costumes, de mise en lumière. En revanche ce qui est fascinant c’est que le chef est responsable de toutes les facettes de la musique et de ce qu’elle peut apporter au public.

Moritz Gnann

Moritz Gnann © Simon Pauly

Rencontrez-vous des différences dans la façon de travailler entre les États Unis et l’Europe ?

J’ai eu de bonnes expériences sur les deux continents, mais chaque orchestre a ses spécificités : un son particulier et une façon de se rapporter à la direction. Par exemple, il y a des orchestres qui jouent en parfaite adéquation avec la battue du chef et d’autres qui préfèrent qu’il y ait un léger décalage. Pour moi l’orchestre est un groupe intime qui cherche à trouver, à chaque fois, la meilleure façon de jouer ensemble et à s’adapter à la personne qui dirige, dans des temps de répétition très limités. Ce qui est fascinant avec l’orchestre symphonique de Boston, c’est la clarté et la brillance du son qu’il arrive à produire.
Je trouve qu’il y a une différence au niveau des programmations : aux États-Unis le répertoire est plus « grand public », avec quelques pièces un peu plus audacieuses, alors qu’en Allemagne on trouve beaucoup plus de nouvelles musiques et d’expérimentations, comme cela a été le cas pour Oresteia de Iannis Xenakis que j’ai dirigé en 2014 pour l’ouverture de la saison du Deutsche Oper de Berlin.

 

Et qui a été mise en scène dans un parking…

Oui, car la musique de Xenakis s’adaptait parfaitement à cet environnement. Je pense qu’il y a des pièces qui gagnent à être jouées dans des endroits particuliers, tout comme certains opéras fonctionnent très bien avec des concepts et des nouvelles idées de la part de metteurs en scène. Oresteia a été un énorme défi : c’est un répertoire qui ne m’était pas très familier et j’ai dû convaincre les musiciens d’y participer mais à la fin ils ont beaucoup apprécié. C’est une musique qui demande beaucoup de travail, mais au fur et à mesure des répétitions on se l’approprie et c’est très satisfaisant.

 

Seriez-vous prêt à tenter à nouveau une expérience de ce genre ?

Tout à fait !

 

Qui sont les chefs qui vous inspirent ?

Andris Nelsons évidemment et Christian Thielemann, avec qui j’ai travaillé à Bayreuth et qui est un véritable spécialiste de Wagner, ou encore Charles Dutoit et François-Xavier Roth. J’aime également écouter de nombreux enregistrements, en particulier ceux de Wilhelm Furtwängler et Willem Mengelberg.

 

On attend donc vos débuts avec le Boston Symphony Orchestra cet été au festival de Tanglewood…

Oui, je suis très heureux de participer à cet événement. C’est un endroit très spécial et incroyablement beau. La salle du Koussevitzky Music Shed est extraordinaire, on y joue des programmes très différents qui créent à chaque fois une atmosphère spéciale. C’est difficile d’exprimer avec des mots l’ambiance de Tanglewood, il faut venir !

 

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