arise
Chronique

Muse, arise! and make us think

par Constance Clara Guibert | le 20 octobre 2015

La course aux nouvelles formes de concert a ses bienfaits : les festivals proposent des spectacles de plus en plus variés, les artistes se creusent de plus en plus la tête pour proposer à leur public des contenus originaux, on ne sait plus que choisir tant ce qui se donne sur les scènes est unique (et éphémère). Au Festival baroque de Pontoise, cela donne notamment des alliances étonnantes (Bach / théâtre Nô), des mariages d’arts (Mozart / Beaumarchais), des regards croisés (la vie de Marie à travers Monteverdi et Rilke). Le contenu ne suffit-il plus ? A-t-on perdu confiance dans les œuvres pour les enrober d’artifices et les cacher les unes dans les autres ?

La question n’est pas si simple. Sans doute a-t-on fait le tour de certaines et est-il temps de les confronter à un nouveau regard : pour proposer une bonne version des Noces ou du Clavier bien tempéré en 2015, peut-être faut-il ne plus prendre de libertés qu’avec l’interprétation mais également avec l’exécution elle-même. Quant à celles dont on n’a pas fait le tour, et c’est bien le cas de ces Monthes de Christopher Simpson (1605-1669) que nous entendions dimanche dernier en l’église Saint-Christophe de Cergy, peut-être a-t-il été toujours le moment d’ouvrir un peu leur horizon.

C’est ce qu’a brillamment réalisé L’Achéron, consort de violes mené par François Joubert-Caillet. Ils ont construit autour de ce consort méconnu une réflexion sur l’époque et sa pensée néoplatonicienne. Faire de cette suite de fantaisies pour chaque mois de l’année un « cabinet de curiosités » est une prouesse dramaturgique. Peu d’artifices en effet : les extraits d’un poème anglais, décrivant ledit cabinet, récités théâtralement par un jeune barde élisabethain qui semble appartenir audit cabinet, une présentation orale de quelques minutes avant le concert et un texte intelligement conçu sur l’attrait des contemporains de Christopher Simpson pour le cosmos et la marche métaphysique des objets célestes, auront suffi à faire d’une exécution des Monthes un plongeon philosophique dans l’humanisme anglais. On cherche, ou on se surprend à chercher des expérimentations musicales qui dénoteraient l’influence des planètes et la recherche métaphysique d’un univers cosmique et divin — simplement guidé par le regard qu’a voulu porter François Joubert-Caillet sur l’œuvre de Simpson.

e51312241df5c245e0d1935428c43fa2

Pas de lecture musicologique comme on en est friand aujourd’hui (recherche de fac-simile et autres) ni de mise en espace : le récitant se promène entre les rangs du public, au milieu de cette église toute simple au fond duquel trône un maître-autel en forme de cabinet de curiosités. On imaginerait sans peine, sur ce temple d’or, de pourpre et d’azur, recouvert d’astres et de symboles divins, qu’il suffise de quelques calculs géométriques pour que le matin du solstice, le soleil vous montre l’emplacement du tabernacle.

Grâce à l’ingéniosité des artistes, transformés pour l’occasion en dramaturges, muses et astres se réunissent dans un dessin intelligent qui n’est finalement pas si étranger à Dieu.


Festival baroque de Pontoise, dimanche 11 octobre 2015
Eglise Saint-Christophe, Cergy

Une année céleste
The Monthes de Christopher Simpson

Ensemble L’Achéron
François Joubert-Caillet, dessus de viole
Andreas Linos, Lucile Boulanger, basses de viole
Yoann Moulin, virginal
Philippe Grisvard, orgue
Cecil Gallois, récitant

Muse, arise! and make us think

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi