David Kadouch et le quartet 212 © Pascal Gérard
David Kadouch et le quartet 212 © Pascal Gérard
Chronique

Virtuosité et patrimoine à l’unisson aux Musicales de Cambrai

par Julien Bordas | le 16 juillet 2018

La 3ème édition des Rencontres musicales de Cambrai a tenu ses promesses. En allant à la rencontre d’artistes de talent dans divers lieux du Cambrésis, le festival a conjugué découverte du patrimoine et exigence musicale.

Le 7 juillet, nous avions rendez-vous, dans un premier temps, au Musée des beaux-arts de la ville. En milieu d’après-midi, la fraîcheur de cet ancien hôtel particulier contraste avec la chaleur écrasante qui règne à l’extérieur. L’intimité de la salle située en sous-sol offre un écrin idéal à ce concert de musique de chambre dédié à Mozart. Et c’est au coeur des remarquables statues en albâtre issues de l’ancienne cathédrale de Cambrai – vendue sous la Révolution et démolie ensuite  – que le Quatuor n°1 pour hautbois en fa majeur puis la Quatuor n°1 pour flûte et cordes en ré majeur vont être donnés. Jérôme Guichard, au hautbois, est entouré de Geneviève Laurenceau au violon (que l’on retrouvera au Musée Matisse le lendemain), Raphaël Aubry à l’alto et Frédéric Défossez au violoncelle.
On retiendra, entre autres, la beauté de l’Adagio central, d’une pure poésie où le hautbois se fait irrésistiblement poignant et bouleversant. Ce bijou de musique de chambre met également à l’honneur l’instrument dans les rapides variations du Rondeau.

Un programme Mozart au Musée de Cambrai

Un programme Mozart au Musée de Cambrai © pascal Gérard

Le Quatuor pour flûte et cordes en ré majeur succède à cette première partie. Jocelyn Aubrun nous rappelle en préambule la prétendue aversion de Mozart pour la flûte. Pourtant, au final, cette pièce est des plus expressive et réjouissante ! On retiendra une nouvelle fois l’élégant Adagio où les cordes accompagnent la flûte en pizzicati, un mouvement joué aussi en bis.
Ce court concert, donné sous l’oeil de la statue de Saint-Sébastien, a donc été un ravissement pour les oreilles mais aussi pour les yeux.

Le soir, à quelques pas du Musée, nous attendait le pianiste David Kadouch et le Quartet 212 au Théâtre de Cambrai dans un programme lié aux révolutions, les pièces ayant été composées lors de ces périodes troublées. A commencer par Les souffrances de Marie-Antoinette de Jan Ladislav Dussek, une oeuvre censée restituer les derniers épisodes de la vie de la reine, et notamment – nous prévient en amont le pianiste – le glissando de la guillotine ! Indéniablement, David Kadouch sait traduire les différents tableaux avec profondeur et grâce, tout en déroulant le fil d’une oeuvre très inspirée. A l’écoute de cette partition, on peut penser que Dussek mériterait une (re)découverte !

Le pianiste enchaîne ensuite avec la sonate Les Adieux de Beethoven, référence au départ de Vienne de l’archiduc Rodolphe en 1809. Une oeuvre symbolisant tour à tour l’exil, les regrets, puis l’absence et le retour. Le toucher de David Kadouch, précis et maîtrisé, allié à une ardente conduite du discours (particulièrement dans le Vivacissimamente), a su toucher l’auditoire à en croire les applaudissements..

Cette ferveur et cette approche sans artifices, on la retrouve avec bonheur dans l’impétueuse Étude révolutionnaire de Frédéric Chopin, liée à l’insurrection polonaise de 1830-1831. Le pianiste nous livre une interprétation altière convaincante. Issu de la même période, le virtuose 1er Scherzo du même compositeur, non prévu au programme originel, nous transporte fiévreusement entre agitation frénétique et apaisement, traduction probable des états d’âme de Chopin en cette période difficile.

David Kadouch

David Kadouch © Pascal Gérard

Le glas introductif de la pièce Funérailles de Franz Liszt, dresse le décor du chef d’oeuvre écrit en réponse à l’échec du soulèvement hongrois de 1848, et parfois vu comme un hommage à Chopin (on trouve un clin d’oeil à la Polonaise héroïque op. 53 dans sa partie centrale). Kadouch retranscrit l’atmosphère religieuse et guerrière avec une gravité non dissimulée. Ajoutons que la conduite du discours est toujours d’une redoutable efficacité : que ce soit dans les lagrimosos ou dans les élans plus martiaux, Kadouch sait indéniablement tenir en haleine son public.

Alors que la chaleur se fait un peu plus écrasante au sein du théâtre, le Quartet 212 prend place aux côtés du pianiste. Ces quatre musiciens de premier plan dont David Chan au violon, et Rafael Figueroa au violoncelle, tous les deux solistes du Metropolitan Orchestra de New-York vont s’illustrer dans le Quintette avec piano en sol mineur, op. 57, de Chostakovitch, composé en 1940 et véritable réussite stylistique. Les deux premiers mouvements se veulent en forme de Prélude et Fugue embrassant l’idiome de Bach, puis le Scherzo central laissera la place à un Intermezzo enchaîné au Finale.

On se souvient de l’enregistrement live de ce quintette par David Kadouch et le Quatuor Ardeo et de la synergie réussie entre les musiciens. Ce soir, c’est le Quartet 212 qui fait vivre avec ardeur ce célèbre chef d’oeuvre de musique de chambre. En introduction, en accompagnement, en dialogue… le piano tient une place variable en fonction des  mouvements. Il sait aussi ne pas compromettre l’équilibre au sein de l’ensemble à cordes, d’une grande éloquence.

Seul regret, ce concert aurait pu mériter un plus large public.

Geneviève Laurenceau et David Bismuth

Geneviève Laurenceau et David Bismuth © Pascal Gérard

Le 8 juillet, le Musée Matisse au Cateau-Cambrésis accueillait le duo composé de la violoniste Geneviève Laurenceau et du pianiste David Bismuth, dans un programme consacré à l’Espagne. Le lieu du concert, bien qu’intimiste, est inspirant. Le piano trône au pied d’un remarquable vitrail intitulé “Joie” et signé Herbin. Les couleurs de l’oeuvre font écho à cette musique irisée, à commencer par la Suite populaire espagnole de Manuel de Falla, et reflètent les sonorités claires et lumineuse du violon.
Même si l’endroit n’est pas idéal en terme d’acoustique – celle-ci étant un peu ample pour que l’on puisse saisir tous les détails pianistiques – le duo réussit à imposer son caractère. Outre la Danse espagnole n°5 de Granados, on pense  à la fameuse Danse macabre de Saint-Saëns produisant son effet par une mélodie endiablée portée par la complicité du duo. On notera aussi la délicate interprétation de l’Allegro Appassionato,Op. 43 en ut mineur, dans une version pour piano seul, donné par David Bismuth.
En conclusion, on savoure avec plaisir la Sonate n°1 de Saint-Saëns enregistrée par les musiciens sur leur album de musique française “Paris 1900”. Une oeuvre d’une grande exigence où la virtuosité côtoie un lyrisme passionné.

Pierre Génisson, Romain Leleu, Claire Désert ou Victor Julien-Laferrière avaient aussi répondu présent à l’invitation du festival dirigé par Jean-Pierre Wiart. Un évènement qui a su de nouveau nous surprendre par l’originalité des formats et des lieux. Gageons que ce beau projet rencontre de nouveau son public lors de sa 4ème édition !

 




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