Les coulisses du teaser vidéo du festival "Le classique c’est pour les vieux" L’opéra en 3D
Les coulisses du teaser vidéo du festival "Le classique c’est pour les vieux !" © Danielle Voirin
A la loupe

L’opéra en 3D : musique, théâtre, et… ?

par Anne-Laure Robine | le 1 novembre 2016

Pour sa 5ème édition, du 20 au 23 octobre, le festival « Le classique c’est pour les vieux !» a proposé à nouveau des concerts insolites dans des lieux insolites. Cette année, en co-production avec Operacting il s’est attaqué à l’opéra, pour libérer le genre de ses codes et faire découvrir ses traits intemporels.

 

« Le classique c’est pour les vieux ! », un titre un brin provocateur qui laissait perplexe sur sa promesse : devait-on s’attendre à une reprise du requiem de Mozart par Rammstein ? A une adaptation symphonique d’un titre de Kendji Girac ? D’abord, « vieux », ça veut dire quoi ? Ce titre fait pour titiller le spectateur a bien fonctionné sur moi : intriguée, j’ai décidé d’aller à un des concerts proposés, pour comprendre l’esprit et l’intention du festival, mais pour faire aussi un diagnostic de mon stock de jouvence. Si le festival souhaite montrer l’opéra et la musique classique comme « un art d’aujourd’hui », être dérangée par sa proposition artistique serait alors un signe de ringardisation précoce.

La première bonne surprise, en voulant acheter mes billets, fut de découvrir que tous les concerts de ce festival sont… gratuits. Pour les vieux ou pas, en tout cas, le classique, ce n’est pas que pour les riches. Et c’est déjà un signe tant d’engagement que de cohérence de la part de la production.

Deuxième originalité : proposer ces spectacles dans des lieux où la musique classique s’y rend peu, voire pas du tout ; elle sort des salles confinées où tout est fait sur-mesure pour elle, pour ne pas la brusquer, comme si elle était trop fragile pour s’intégrer naturellement à nos vies (à l’exception notable de la publicité). On doit très souvent aller à elle, pour lui permettre de vibrer en nous. Pendant quatre jours, elle s’est invitée au 59 Rivoli, dans un squat d’artistes qui accueille désormais en toute légalité des peintres et performeurs en résidence, au Café A, ou encore à la Halle Pajol, lieu de vie du quartier cosmopolite du 18ème arrondissement.

Le Trio Karenine au festival "Le classique c’est pour les vieux !" © Leila Muse

Le Trio Karenine au festival « Le classique c’est pour les vieux ! » © Leila Muse

Troisième particularité : la programmation, aussi éclectique soit-elle, a pour fil rouge de décaler légèrement l’angle avec lequel la musique classique est traditionnellement proposée, en veillant à ne pas la dénaturer. Peut-être pour mieux mettre en valeur les « ingrédients » qui la composent, en les donnant à écouter sous d’autres formes,  plus proches du goût de nos oreilles contemporaines. La programmation 2016 proposait ainsi pêle-mêle un concert de viole de gambe, un concert 100% Schumann par le trio Karénine, un opéra en 3D, des duos, trios, quatuors, quintettes à tout va, tous vents et toutes cordes. Sans oublier d’autres formes de musique, qui s’éloignent du siècle des Lumières pour se rapprocher des frères du même nom, avec une improvisation au piano sur film muet « L’homme à la caméra ». Enfin, un point d’orgue électro venait prolonger les soirées du festival, grâce aux sets de DJ Farid sur Deutsche Grammophon.

Ce vendredi soir, c’était au tour de l‘opéra d’être passé au crible de la modernité, avec un invité supplémentaire au casting : la technologie 3D. L’idée était d’incruster le jeu de scène des acteurs – qui avaient pour seul décor un fond bleu – sur des images de synthèse retransmises simultanément via un écran placé juste au-dessus de la scène. Théâtre et cinéma à la fois, le réel au service du virtuel – ou l’inverse – je n’ai pas su dire.  Les chanteurs Richard Bousquet, Fanny Crouet, Olivier Hernandez, Juliet Dufour et Christophe Querry, accompagnés par l’ensemble Zoroastre (sous la baguette de Savitri de Rochefort) ont donc emmené le public pour un voyage semi-virtuel inédit sur L’île de Tulipatan d’Offenbach, mis en scène par Alexandre Camerlo.

Le pari était là aussi audacieux, car l’image devait trouver sa juste place pour s’articuler de façon cohérente et fluide avec la mise en scène, en proposant une (3ème) dimension que la musique et le théâtre réunis n’apportent pas. En d’autres termes, proposer au public un spectacle augmenté, et non un opéra diminué que l’image vient compenser.

L’idée est excellente, mais elle n’a pas été suffisamment exploitée pour tirer profit des apports de l’image virtuelle et permettre ainsi à la technologie d’avoir un apport artistique que le spectacle vivant ne peut offrir (recherche sur le mouvement, la photographie, par des changements de décors virtuels, un travail sur les couleurs, etc.).

Une fois ma curiosité satisfaite, j’ai rapidement détourné mon regard de l’écran pour rester fixée sur le jeu espiègle, généreux et enlevé des artistes sur scène ; et, dans un décor nu comme un ver, leur jeu semblait encore plus étoffé.

A se concentrer sur eux, sur leurs mimiques, sur la légèreté du texte et la distraction directe et sans prétention qu’il offre, c’est là qu’est apparue toute la modernité de l’opérette : en 2016 comme en 1868, elle fait toujours passer un bon moment. Les  codes de l’humour ont changé, mais les artistes ont su conserver la facétie de l’œuvre en lui donnant les traits d’aujourd’hui. Les chanteurs, les musiciens, bref, ce qui fait de l’opéra un spectacle vivant, étaient en chair et en os ce soir-là, et c’est tant mieux : puisque c’est l’homme qui invente sa modernité, c’est aux artistes que revient le pouvoir de rendre la musique classique intemporelle.

 

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