Orchestre de Lutetia et le Choeur Aria de Paris. © Manuel Gouthiere
Orchestre de Lutetia et le Choeur Aria de Paris. © Manuel Gouthiere
Interview

Entre France et Argentine avec l’orchestre de Lutetia

par Charles-Marie Hulot | le 15 avril 2017

En prélude à leur premier enregistrement, les musiciens de l’orchestre de Lutetia ont donné en l’Eglise Saint Jacques du Haut-Pas, le 11 mars 2017, un programme autour de Dvořák, Ginastera et Debussy, sous la direction d’Alejandro Sandler.

 

Soucieux de faire émerger de nouveaux artistes, Alejandro Sandler, qui a eu l’occasion de travailler lors de master-class avec Charles Dutoit, Claudio Abbado, Daniel Baremboim ou encore Yutaka Sado, a créé l’orchestre de Lutetia en 2011.
Après des études au Conservatoire National Supérieur de Musique et de danse de Lyon , ce chef argentin mène actuellement une double carrière musicale de directeur artistique et de trompettiste, s’impliquant aussi dans des projets humanitaires, comme la direction de l’orchestre El-Sistema au Mexique.

Souhaitant montrer plusieurs facettes de l’orchestre, Alejandro Sandler a proposé un voyage musical autour de différentes cultures, avec la Petite suite de Claude Debussy, la Suite Estancia d’Alberto Ginastera, le Te Deum et les Chants bibliques de Dvořák.

Composée initialement pour piano à quatre mains entre 1886 et 1889, la Petite suite est transcrite pour orchestre par Henri Büsser en 1907. Et c’est cette version que les musiciens de l’orchestre ont présenté.
Structurée en quatre mouvements (En bateau, Cortège, Menuet et Ballet), la pièce est orchestrée avec beaucoup de finesse, comme dans les nuances particulièrement raffinées de la mélodie confiée à la flûte dans la pièce « en bateau » : piano, mezzo-forte, pianissimo.
Sandler porte donc une attention particulière aux différents instruments et à leurs modes de jeu (avec ou sans sourdines pour les cordes par exemple) pour en faire ressortir des sonorités ravissantes.

Après avoir montré très tôt des dons pour la composition, le compositeur argentin Alberto Ginastera (1916-1983) est rapidement devenu une figure emblématique du Conservatoire de Buenos-Aires. Remarqué dès son plus jeune âge, Ginastera a suivi les cours d’Aaron Copland à Tanglewood.
Essentiellement inspiré par des pièces de grandes envergure (concerti, symphonies, cantates et opéras), la vie musicale de Ginastera comporte plusieurs périodes compositionnelles qu’il nomme ainsi : « nationalisme objectif », « nationalisme subjectif » et « néoexpressionnisme ». La Suite Estancia op. 8a, qui répond à une commande du Ballet Caravan, se classe ainsi dans la période du nationalisme objectif, époque à laquelle le compositeur insère dans ses œuvres des éléments de folklore argentin (rythmes, mélodies, éléments de tonalité).

Structurée en quatre mouvements (Les travailleurs agricoles, Danse du blé, Les ouvriers de l’hacienda et Danse finale), la pièce de Ginastera offre une multitude de couleurs harmoniques, comme dans le mouvement symbolisant les travailleurs agricoles, où il emploie les mêmes rythmes et fait progresser la mélodie par paliers sonores (harmonies de sol puis de si…).

Dépeignant une atmosphère nettement plus tranquille, la Danse du blé permet de mettre en avant les timbres des instruments de l’orchestre par de nombreux passages solistes (à la flûte comme au violon). Même si les conduits mélodiques entre les instruments n’étaient pas parfaitement fluides (peut être à cause de l’acoustique de l’église…), les musiciens de l’orchestre de Lutetia ont su faire preuve de dynamisme et de créativité, notamment dans les deux derniers mouvements, particulièrement débordants d’énergie.

L'orchestre de Lutetia en répétition à St Jacques du Haut-Pas avec le chef Alejandro Sandler © Manuel Gouthiere

L’orchestre de Lutetia en répétition à St Jacques du Haut-Pas avec le chef Alejandro Sandler © Manuel Gouthiere

Après l’entracte, les musiciens ont été rejoints par les chanteurs du choeur Aria de Paris, dont la direction artistique est assurée par Sylvie Portal.
Les Chants bibliques (au nombre de dix) op. 99 de Dvořák, écrits en 1894 à partir de textes en langue tchèque, ont permis à la jeune soprano guyanaise Marie-Laure Garnier, révélation de l’ADAMI), de mettre en avant la subtilité du timbre et les nuances de sa voix.

Pour le Te Deum op. 103, composé en 1892, les interprètes ont été à nouveau placés sous la direction d’Alejandro Sandler. Cette composition, dont le texte est écrit en latin, segmente le texte en cinq parties distinctes (Te Deum Laudamus, Tu Rex Gloriae Christi, Aeterna fac cum Sanctis, Dignare Domine, Benedicamus Patrem). Le baryton Anas Seguin, également révélation de l’ADAMI, est venu dialoguer avec les autres artistes.
Nul besoin de s’assoupir durant l’exécution de cette pièce : l’orchestration du compositeur tchèque nous le rappelle avec les timbales qui ajoutent une dimension surnaturelle et grandiose à l’œuvre.


Le site youtube de l’orchestre de Lutetia

Le site du choeur Aria de Paris

 




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