Juraj Valčuha © DR
Juraj Valčuha © DR
Chronique

Rentrée de l’Orchestre National de France : une grande vague de romantisme allemand

par Flore Védry-Roussev | le 20 septembre 2020

La rentrée musicale proposée par l’Orchestre National de France dirigé par Juraj Valčuha le 17 septembre à Radio France méritait plus qu’une salle à peine à demi-pleine. Saurons-nous prochainement retrouver le plaisir partagé des concerts ? En tout cas la qualité musicale dans ce programme composé de Lieder de Richard Strauss et de la 2e symphonie de Robert Schumann, était au rendez-vous.

 

L’Orchestre National de France ouvre la saison par un programme allemand on ne peut plus romantique dans l’auditorium de Radio France, avec pour le diriger, l’actuel directeur artistique du Teatro de San Carlo de Naples, le slovaque Juraj Valčuha. La première partie est consacrée à des Lieder de Richard Strauss. Ce ne sont pas les célèbres « quatre derniers Lieder » qui ont été choisis ici, mais cinq très belles pages appartenant à différentes périodes de la vie du compositeur, le Lied étant un genre pour lequel Strauss n’a cessé d’écrire tout au long de sa vie.

Pour les interpréter, la soprano Miah Persson se place au milieu de l’orchestre, près des harpes, comme pour mieux mêler la voix de la cantatrice à celle de l’orchestre. On pourrait craindre que sa voix ne soit quelque peu noyée mais il n’en est rien. Dès le premier Lied,  Ständchenopus 17, l’orchestre dirigé par Juraj Valčuha se mue en un partenaire sensible … Les cuivres en particulier se montrent d’une délicatesse exquise, déroulant pour la belle soprano un tapis sonore d’une infinie douceur, lui permettant de développer son chant avec un lyrisme aérien. Au fil des cinq Lieder, la soprano captive, sa voix riche tantôt cajole puis étreint, s’étire et s’envole … Ainsi découvrons-nous des airs moins célèbres tels que Freundliche Vision, un Lied bien plus extatique que la simple amabilité du titre ne le suggère. La souplesse vocale de Persson y fait merveille, tout comme dans les Ich wollt’ ein Sträusslein binden, et Waldseligkeit composé en 1901 et orchestré en 1918 et « Zueignung », dédicace tirée d’un recueil daté de 1885.

Bien que clairsemé, le public applaudit fougueusement cette très belle prestation.

Miah Persson © Monika Rittershaus

Miah Persson © Monika Rittershaus

Un versatile et tendre Schumann

Le concert se poursuit sans entracte, avec en seconde partie, la 2e symphonie en do majeur opus 61 de Schumann, composée en 1845-46. Schumann est déjà en proie aux premiers symptômes de sa maladie. Il souffre d’étourdissements, de douleurs dans les membres, de troubles de la vision, d’insomnies et pour son plus grand malheur, de troubles de l’audition et écouter de la musique lui devient terriblement pénible. Mais en 1845, son état s’améliore et il se plonge dans l’étude intense du contrepoint et s’immerge dans la musique de Jean-Sébastien Bach. Il se remet à composer et produit de remarquables pièces néo-baroques et un concerto pour piano entre autres… Et puis, cette plongée studieuse et solitaire dans l’étude du contrepoint transforme la façon de travailler de Schumann. Lui qui s’appuyait entièrement sur son talent d’improvisateur au piano, il travaille désormais ses partitions de tête, sans piano.

De Bach, il adopte aussi le goût des codes et des citations et cette symphonie en est parsemée, ainsi que de références à d’autres oeuvres. Dès les premières mesures, Schumann semble faire référence à Bach, avec une introduction comme un prélude de choral. Un thème déclamatoire simple au-dessus d’une mélodie aux cordes qui ne cesse de se réinventer et redévelopper.

Cette introduction prenante est jouée ici avec des cordes un peu en retrait mais très vite, Juraj Valčuha fait subtilement ressortir l’équilibre et le lyrisme Schumannien. Dans l’Allegro ma non troppo qui suit, l’orchestre se montre homogène dans les tutti, avec des interventions des solistes précises. L’Allegro vivace, est d’une inventivité, d’une vivacité réjouissante et un tour de force pour les violons, dont l’extrême vélocité est magistralement menée par l’expérimenté violon solo Luc Héry.

Valčuha s’attarde un peu sur le troisième mouvement, un Adagio espressivo déchirant avec de longues lignes évocatrices et pathétiques, avec des thèmes mélodiques typiquement schumanniens. Le contraste est d’autant plus frappant quand vient le Finale interprété avec animation par la phalange française, un mouvement qui explose de vie, de tendresse et qui s’achève sur le son glorieux des cuivres de l’Orchestre National de France galvanisé par Juraj Valčuha.




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