Baptiste-Florian Marle-Ouvrard © Gil Lefauconnier
Baptiste-Florian Marle-Ouvrard © Gil Lefauconnier
Chronique

« De l’orchestre à l’orgue » à la Philharmonie : les organistes à la baguette !

par Julien Bordas | le 30 novembre 2017

A l’occasion du week-end « Orchestre en fête ! », événement initié par l’Association Française des Orchestres, le nouvel orgue Rieger de la Philharmonie de Paris était à l’honneur. En accompagnement d’images, avec orchestre, ou seul dans un répertoire de transcriptions, comme lors du concert auquel nous avons assisté samedi 25 novembre.

 

Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, titulaire de l’orgue de Saint-Eustache à Paris, avait l’honneur (ou la difficile tâche !) d’ouvrir ce récital avec la version pour orgue de « L’Apprenti sorcier » de Paul Dukas, dans une transcription de Lionel Rogg. Une courte pièce si l’on s’en réfère à la suite du programme… Cette oeuvre, évidemment liée au dessin animé Fantasia de Walt Disney, requiert une réelle virtuosité de la part de l’organiste. Marle-Ouvrard affronte cette pièce sans partition et nous fait vivre les aventures des célèbres thèmes avec une technique sans faille ! L’occasion également d’apprécier, au passage, la couleur et la vivacité des trompettes en chamade (tuyaux horizontaux situés sur la face avant de l’instrument). Ensorcelant !

Baptiste-Florian Marle-Ouvrard © Gil Lefauconnier

Baptiste-Florian Marle-Ouvrard © Gil Lefauconnier

Au tour du duo Cédric Meckler – Olivier Vernet de rejoindre la console mobile de l’instrument, installée au centre de la scène. Le Songe d’une nuit d’été de Felix Mendelssohn ( l’ouverture op21 et 3 extraits de la musique de scène) d’après une transcription pour piano du compositeur, constituait la suite du programme. Hormis le beau Notturno, joué sur les jeux de fond de l’orgue, qui nous emporte dans une douceur onirique, et la célèbre Marche nuptiale interprétée à un tempo très rapide, les autres pièces peineront à se démarquer.
Notons tout de même la remarquable adaptabilité dont doivent faire preuve les organistes : le jeu à quatre mains (et quatre pieds), les changements de claviers, la registration, la pédale d’expression… sont autant de paramètres à intégrer.

Cédric Meckler & Olivier Vernet © Gil Lefauconnier

Cédric Meckler & Olivier Vernet © Gil Lefauconnier

Le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky par Olivier Latry et Shin-Young Lee reste sans nul doute le sommet du récital, que les deux musiciens ont su gravir avec panache et précision. La registration employée nous fait entendre la disposition des différents espaces sonores, la salle Pierre Boulez étant d’une incroyable finesse acoustique. Moins évidentes dans une église, les attaques se font ici clairement sentir grâce à l’acoustique peu réverbérante du lieu.
La pédale d’expression, reliée à des volets pivotants situés en façade, et permettant le passage du son provenant des tuyaux, est largement utilisée pour marquer les nuances de la partition. L’effet visuel et acoustique est captivant ! Il faut dire que cette musique primitive frôle la transe et parle irrépressiblement au corps. Le « grand rite sacral païen » comme le décrit Stravinsky, se déploie musicalement devant nous, incarné par l’interprétation subtile du duo. La diversité des jeux employés et les plans sonores sans cesse renouvelés ne provoquent aucune lassitude.

Olivier Latry et Shin-Young Lee © Gil Lefauconnier

Olivier Latry et Shin-Young Lee © Gil Lefauconnier

Pour conclure, l’immuable Boléro de Ravel (encore ? pourrait-on penser…) résonne sous les doigts (et les pieds) de Shin-Young Lee, Baptiste-Florian Marle-Ouvrard, Cédric Meckler, Olivier Vernet, soutenus par deux percussionnistes. Une originalité, les deux consoles de l’instrument sont ici sollicitées : la partie mobile sur la scène, et celle intégrée à l’orgue, celui-ci étant situé au-dessus de la salle. La progression de cette pièce, écrite à l’origine pour un ballet (à l’instar du Sacre du printemps), convie chaque jeu ou groupe de jeux de l’orgue, en suivant un crescendo par “palier”. Même si l’on a à l’esprit la version orchestrale originelle, celle-ci possède un charme unique permettant de mesurer la qualité des 91 jeux du Rieger et ses possibilités de crescendo.
Dix-sept minutes d’une écoute nouvelle, d’un “tube” pourtant considéré comme un “tissu orchestral sans musique” d’après le compositeur…

La Philharmonie affichait salle comble, et les spectateurs ont d’ailleurs vivement salué le talent des musiciens, si nécessaire à l’exécution de telles transcriptions !




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