Organ patterns au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
Organ patterns au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont
Chronique

Organ Patterns : les cultures entrent en résonance

par Julien Bordas | le 20 octobre 2017

Organ Patterns, le dernier récital donné au Festival de Royaumont le 8 octobre, explorait les possibilités sonores de l’orgue et de trois autres instruments : accordéon, orgue à bouche japonais « Shô » et claviers électroniques assistés par ordinateur. Un intéressant jeu de « rôle » où les timbres de chacun étaient mis en perspective.

La première pièce Hyojo no Choshi, d’un auteur anonyme, est issue de la musique traditionnelle japonaise gagaku, datant du VIIème siècle après J.C. Le rituel gagaku, pratiqué dans l’aristocratie japonaise, est un art ancestral inscrit au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco, favorisant la maîtrise de soi par la spiritualité.
Les valeurs lentes de cette musique permettent d’apprécier les timbres de chaque partie.
Pour cette pièce, les quatre instruments sont sollicités. L’orgue à bouche « Shô », joué par Naomi Sato, se déplace dans le réfectoire des moines tandis que l’accordéon est placé derrière les spectateurs. Les différentes couches sonores vont alors se superposer lentement, l’orgue apportant de la profondeur et un registre grave. L’orgue « Shô », se rapprochant parfois de l’harmonica dans ses timbres, se marie à merveille avec l’accordéon de Fanny Vicens, ces deux instruments fonctionnant à anches libres. La musique électronique est quant à elle produite par Roman Bestion.

La pièce Labyrinthe, extraite de la deuxième sonate pour orgue de Valéry Aubertin, se déploie ensuite avec brio sous les doigts de Louis-Noël Bestion de Camboulas, artiste en résidence à Royaumont et porteur du projet Organ Patterns. Cette œuvre pour orgue seul nous permet d’apprécier la valeur de cet instrument hors norme, installé dans le Réfectoire des moines et classé monument historique.

Pour Cloudscapes – Moon Night de Toshio Hosokawa, l’accordéon est cette fois-ci en duo avec l’orgue « Shô », ce dernier étant placé en hauteur, dans la chaire du réfectoire. De mystérieuses vagues sonores ondoient et emplissent l’espace de manière très nuancée, sans que l’on sache réellement d’où parviennent les sons !

Organ patterns au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

Organ patterns au festival Royaumont © François Mauger / Royaumont

Une improvisation collective avec orgue et électroacoustique nous est ensuite proposée. Le son de l’électronique, très aigu, se rapproche étonnamment de la tessiture de l’orgue à bouche. L’orgue Cavaillé-Coll de Royaumont va ensuite produire d’impressionnantes « masses sonores » de manière crescendo, faisant penser, à son acmé, à de douloureux cris de terreur, avant de se retirer peu à peu.

Puis, The end of the world de David Dramm associe la musique électroacoustique à l’orgue « Shô ». Les harmonies et le thème sont martelés, nous amenant ainsi sur le terrain d’une musique hypnotique et fascinante.

Ligeti trouve également sa place dans ce programme avec une pièce pour orgue seul Harmonies – Etude pour orgue. Cette fois-ci Roman Bestion tient les claviers tandis que Louis-Noël effectue la registration (l’art de choisir les jeux de l’orgue) sur des notes tenues, proposant ainsi un « tuilage » sonore mettant en valeur les combinaisons de jeux.

Avant-dernière pièce du programme, Licht! de Régis Campo, demeure dans la lignée de Ligeti. Ces nappes sonores nous font perdre l’identité de l’accordéon et du Cavaillé-Coll. Qui joue quoi ? Encore une fois, difficile de le discerner sans regarder les musiciens !

Minimaliste, la musique de Steve Reich (Phase Patterns), conclut l’après-midi. Les quatre artistes sont de nouveau réunis. L’accordéon et l’orgue « Shô » entrent l’un après l’autre dans la transe musicale suscitée par le rythme infernal de l’orgue-électroacoustique et de l’orgue.

Même si les pièces sont issues de répertoires totalement différents, le choix des œuvres et l’enchaînement rapide des pièces donnent une unité naturelle au concert. Loin d’être un programme élitiste, Organ Patterns surprend l’auditeur par la richesse des timbres et le dialogue interculturel qu’il suscite.




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