Orgue de Radio France
Orgue de Radio France © Julien Bordas
Chronique

L’orgue de Radio France se dévoile un peu plus

par Julien Bordas | le 5 avril 2016

Le 10 mars dernier, le poème symphonique « Soir de fête » d’Ernest Chausson, inaugurait le festival de musique française à l’auditorium de Radio France. Interprétée par l’Orchestre national de France – sous la direction de Fabien Gabel – cette pièce déroulait opportunément le tapis rouge au nouvel orgue de la Maison de la Radio.

 

Après deux premières auditions en décembre dans la Symphonie n°3 de Saint-Saëns et en accompagnement du Choeur et de la Maitrîse de Radio France, puis dans le Requiem et le Prélude et Fugue sur le nom d’Alain de Duruflé en février, l’orgue allait enfin pouvoir s’illustrer, de manière plus complète, dans le fameux concerto pour orgue et orchestre de Poulenc. Point d’orgue de la première partie de soirée, ce dialogue entre orgue et orchestre a capté toutes les attentions. Cette œuvre de Poulenc, tout en contrastes et constituée d’un seul mouvement, est, comme l’analysait le critique musical Henri Hell, « composé dans l’esprit d’une fantaisie de Buxtehude ».

De chaudes sonorités émanent déjà de cet orgue, doublées d’un beau caractère, typique des orgues de facture catalane.

A cette occasion, l’organiste Olivier Latry, titulaire de l’orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris et concertiste international, se devait de mettre en valeur les atouts de cet orgue flambant neuf. En utilisant une habile registration, le musicien a donc dévoilé les couleurs et les différents plans sonores de l’instrument réalisé par le facteur d’orgue Barcelonais Gerhard Grenzing. Les jalousies (volets rectangulaires pivotants permettant de libérer ou de contenir le son provenant de l’orgue) disposées en façade, dont on a pu apprécier la redoutable efficacité lors de ce concerto, ont permis d’opérer les nuances sonores. Si la jalousie est en général un vilain défaut… ici, elle demeure un accessoire indispensable, d’une part esthétiquement, et d’autre part afin de ne pas écraser le son de l’orchestre.

Même si les travaux d’harmonisation n’étaient pas tout à fait achevés ce soir-là (mais proches du résultat final que l’on pourra découvrir en mai lors de l’inauguration), de chaudes sonorités émanent déjà de cet orgue, doublées d’un beau caractère, typique des orgues de facture catalane.

Sitôt les dernières notes exécutées, le public, à en juger par les applaudissements, semblait indéniablement convaincu par la musicalité de ce monstre de 12 mètres de haut, aux 5320 tuyaux et 87 jeux. En bis, le succès de la Toccata tirée de la Suite gothique pour orgue de Léon Boëllmann, confirma ces premières impressions.

Olivier Latry

Olivier Latry à Notre-Dame de Paris © DR

Notons tout de même que dans cette configuration de scène, deux difficultés peuvent perturber le jeu de l’organiste. En premier lieu, le léger retard entre le son des tuyaux et la console mobile, située à une vingtaine de mètres de l’orgue. En second lieu, lorsque l’interprète joue au milieu de l’orchestre, le son de ce dernier peut couvrir celui de l’orgue…

En tout cas, après avoir fait ses premières preuves avec orchestre, on a désormais hâte d’entendre cet orgue dans un répertoire moins connu, la littérature pour orgue et orchestre comptant près de 400 concertos.

En deuxième partie, l’Orchestre national de France a fait preuve de sensibilité dans son interprétation de la suite symphonique Printemps de Claude Debussy et dans Les Animaux modèles de Francis Poulenc.

 

Auditorium vs église ?

Rendez-vous était donné le dimanche suivant pour apprécier l’orgue en soliste. Des sièges confortables, une mise en lumière ad hoc des tuyaux de façade au fil du concert, une température ambiante agréable, un silence de cathédrale… ou plutôt d’auditorium. Une sensation nouvelle pour les amateurs d’orgue plutôt habitués à la fraîcheur des églises en hiver et à la fermeté des bancs lors des auditions dominicales ! Dimanche 13 mars, le public a donc pu goûter au premier concert pour orgue seul à l’auditorium de Radio France, avec Olivier Latry de nouveau aux claviers.

Il faut préciser que si l’on dénombre plus de 300 orgues de salle au Japon, en France, le chiffre est plus modeste : 3 orgues seulement sont recensés. Parmi eux, le récent Rieger de la Philharmonie de Paris, et celui de l’Auditorium de Lyon, anciennement installé au Palais de Chaillot.

Présenté par François-Xavier Szymczak, le concert de musique sacrée réunissait plusieurs centaines de spectateurs et faisait l’objet d’une prise de son pour France Musique*. On peut toutefois regretter le nombre de sièges vides dans la salle, mais la concurrence était rude ce dimanche dans le milieu de l’orgue parisien…

Olivier Latry, brillant de virtuosité à la console mobile installée en avant-scène, à quelques pas des spectateurs, affranchi de tout geste inutile à l’interprétation, et sans assistant – hormis pour l’exigeante pièce de Thierry Escaich où son épouse Shin-Young Lee est venue le rejoindre sur scène –, a su toucher les auditeurs dans ce programme de musique française au caractère symphonique.

Si l’on dénombre plus de 300 orgues de salle au Japon, en France, le chiffre est plus modeste : 3 orgues seulement sont recensés.

L’impressionnante première pièce Choral-improvisation sur « Victimae paschali laudes » de Charles Tournemire, reconstituée par Duruflé en 1956-1958 et inspirée d’une fameuse séquence pascale, introduisait le récital magistralement. Maurice Duruflé traduisait justement cette pièce en indiquant que Tournemire s’inspirait des « élans de son imagination tour à tour poétique, pittoresque, capricieuse, puis passionnée, tumultueuse, déchaînée, puis apaisée, mystique, extatique…»

Après la tempête, la sérénité du Prélude, Fugue et Variation en si mineur de César Franck instaura un climat plus apaisé. On a pu entendre ensuite Joie et clarté des corps glorieux d’Olivier Messiaen, les Cinq Versets sur « Victimae paschali laudes » de Thierry Escaich et la suite op. 5 de Maurice Duruflé. En bis le Carillon de Westminster de Louis Vierne a bien évidemment produit son effet… Quel programme pour une première audition !

A Radio France, Olivier Latry – membre du comité d’organistes constitué de Michel Bouvard, Thierry Escaich, François Espinasse, Bernard Foccroulle, et Jean-Pierre Leguay ayant œuvré à l’installation de l’orgue – a milité en faveur d’un instrument qui puisse être joué et non faire figure d’apparat. Gageons que la future programmation lui rendra raison ! Les prochains concerts, programmés lors de l’inauguration en mai, seront l’occasion d’entendre l’orgue dans un tout autre répertoire.

*Pour un concert diffusé le mercredi 18 mai à 14h sur France Musique

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