Orlando Furioso Jean-Claude Malgoire
Jean-Claude Malgoire © Danielle Pierre
Chronique

Orlando Furioso au Théâtre des Champs-Elysées

par Laurent Amourette | le 2 mai 2017

Orlando Furioso de Vivaldi a été présenté mercredi 19 avril au Théâtre des Champs-Élysées, dans une version semi-scénique, c’est-à-dire sans décors ni costumes, mais mise en espace avec l’orchestre en fosse et les chanteurs placés sur scène, disposant pour seuls accessoires de cinq chaises alignées.

On a d’abord du mal à comprendre ce choix de supprimer près de la moitié des da capo de l’œuvre. On sait l’importance de ces reprises dans ce type de répertoire. Elles ne sont pas qu’un prétexte à l’exhibition des talents techniques des interprètes, mais permettent également d’assurer l’équilibre architectural des airs. Sans ces da capo, la plupart des arias se terminent bien curieusement sur une cadence non conclue et on a constamment l’impression d’entendre quelque chose de bancal. On a du mal à trouver une justification valide à ces coupures, en dehors du fait qu’elles permettent de raccourcir considérablement la durée de la représentation.

Outre cet aspect formel difficilement défendable, on avoue avoir trouvé la direction de Jean-Claude Malgoire assez décevante. Elle expose un certain nombre de problèmes de mise en place en première partie et devient par la suite affreusement métronomique, droite, tiède et sans relief.

La distribution fait essentiellement appel à de jeunes interprètes dont le talent est très inégal. Clémence Tilquin émerge incontestablement en Alcina. Son premier air « Alza in quegl’occhi » la cueille légèrement à froid et on y entend quelques effets poitrinés et des trilles difficiles. Mais, le reste du rôle lui permet de mettre en valeur une voix extrêmement homogène, dont la tessiture large lui permet d’oser des variations complexes dans le grave et dans l’aigu. Par ailleurs, la chanteuse fait preuve d’un certain talent scénique et elle montre toute une palette d’expressions dans un « Vorresti amor da me » moqueur, un émouvant « Così potessi anch’io », pour terminer par un impressionnant « Anderò, chiamerò dal profondo » lancé rageusement sans que cela nuise à la qualité de l’émission vocale.

Clémence Tilquin © Marie-Sophie Luturcq

Clémence Tilquin © Marie-Sophie Luturcq

Samantha Louis-Jean campe une Angelica plutôt enthousiasmante. L’agilité de sa voix est mise au service de l’expression et elle parvient notamment, dans « Poveri affetti miei, siete innocenti », à suggérer la crainte du personnage en resserrant son vibrato à des fins dramatiques.

Víctor Jiménez Díaz, en dépit d’un timbre particulièrement nasal, possède d’indéniables qualités d’interprète, et fait entendre un chant subtil, notamment dans un très suave et délicat « Qual candido fiore ».

Hélas le reste du casting est bien plus problématique. Si on accepte la bizarrerie de distribuer le rôle de Bradamante à un homme (écrit non pas pour un castrat mais bien pour une femme), il faut bien convenir que Yann Rolland ne semble pas du tout à son aise dans le rôle. Le contre-ténor est constamment tendu, le corps complètement raide, ce qui doit rendre ses vocalises très douloureuses à émettre, et son medium est pratiquement inaudible.

Jean-Michel Fumas n’est pas beaucoup plus convaincant en Ruggero. Son air « Che bel morirti in sen » est peut-être le plus réussi de la soirée, mais malheureusement, « Come l’onda con voragine orrenda » expose cruellement de grosses défaillances techniques. Dans le très beau « Sol da te, mio dolce amore », il se trouve très souvent à court de souffle et se fait ravir la vedette par la flûte solo d’Alexis Kossenko, dont les variations dans la reprise sont assez épatantes. Cet air a été le seul applaudi de toute la soirée (un comble dans le répertoire seria !), et il y a fort à parier que ces applaudissements saluaient davantage l’instrumentiste que le chanteur.

Seul chanteur chevronné de la distribution, Nicolas Rivenq livre une bien piètre prestation dans le personnage secondaire d’Astolfo. On est attristés d’entendre chez lui de fréquents problèmes de justesse, des vocalises complètement savonnées, et de violents coups de gorge notamment dans l’air « Benché nasconda ».

Reste le rôle-titre, tenu par la mezzo Amaya Domínguez. Certes, son engagement scénique est indubitable et sa scène de folie est particulièrement habitée. Mais cet investissement dramatique compense assez mal une voix très hétérogène et assez peu étendue, dont l’absence de graves la force à parler bien plus souvent qu’elle ne chante. On voudrait ne pas se référer systématiquement à Marilyn Horne et Marie-Nicole Lemieux, qui chacune avec des moyens différents, ont marqué durablement le rôle d’Orlando, mais on ne peut s’empêcher de penser que le personnage est bien au-delà des possibilités actuelles de son interprète.

C’est donc plutôt déçus que nous sommes sortis du Théâtre des Champs-Élysées. Et c’est avec nostalgie que nous nous rappelons que la dernière fois que nous assistions à cette œuvre, c’était en 2011, dans ces mêmes lieux, dans une distribution et avec un orchestre autrement plus enthousiasmants.


Mercredi 19 avril 2017

Vivaldi, Antonio (1678-1741)
Orlando furioso Rv728
Dramma per musica en 3 actes
Livret de Grazio Braccioli
Créé à Venise en 1727

Orlando : Amaya Domínguez
Angelica : Samantha Louis-Jean
Alcina : Clémence Tilquin
Bradamante : Yann Rolland
Medoro : Víctor Jiménez Díaz
Ruggiero : Jean-Michel Fumas
Astolfo : Nicolas Rivenq

Ensemble Vocal de l’Atelier Lyrique de Tourcoing
La Grande Ecurie et la Chambre du Roy
Direction : Jean-Claude Malgoire




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