Festival de Saint Denis
Jérémie Rhorer © Yannick Coupannec
Chronique

Le festival de Saint-Denis s’envole avec la Péri : Pépin le Bref et le public conquis !

par Ghislain Grosjean | le 11 juin 2015

En choisissant d’ouvrir son édition 2015 avec le Paradis et la Péri de Robert Schumann, oratorio (trop) rarement joué de 1842 et inspiré d’une légende orientale, le Festival de Saint-Denis s’annonce d’ores et déjà comme un très bon cru.

 

En accueillant dans la nécropole royale cette fresque largement inspirée du Coran et dans laquelle la Péri, créature ailée de la cosmogonie iranienne née de l’union d’un Ange déchu et d’une mortelle, se voit privée d’Eden et du « trône merveilleux d’Allah », nous sommes à priori bien loin des symboles habituels du gothique rayonnant, de la légende de Saint Denis et d’une monarchie chrétienne occidentale de droit divin.

Festival de Saint-Denis

Le Paradis et la Péri / Festival de Saint-Denis © DR

Mais l’œuvre mêle à la mythologie orientale des éléments bibliques et revêt une esthétique souvent proche des grandes œuvres sacrées (certains souligneront les passages de trompette préfigurant déjà le Requiem de Verdi).

Même sans Saint Pierre, la Péri parcourt l’Orient afin de trouver les clés du Paradis et par les temps qui courent, le choix de la nef de la basilique-cathédrale comme décor à cette légende persane s’érige (volontairement ou non) comme un symbole de réconciliation entre les cultures et un pont entre les religions.

Mon oratorio n’est pas pour l’église, mais pour des gens heureux.
Schumann aurait prononcé cette phrase pour décrire son œuvre, largement inspirée d’un des quatre poèmes épiques du Lalla Rookh de Thomas Moore, style littéraire qui connut un grand succès au début du XIXe siècle. Effectivement, le conte et la légende prennent rapidement le pas sur l’œuvre pieuse, un long souffle épique envahit la basilique, et nous voilà suivant la Péri, devenue héroïne romantique, dans ses pérégrinations orientales.

L’œuvre, divisée en trois parties, n’est pas une prière mais un voyage, une épopée spirituelle qui, des « collines fleuries de l’Inde » aux contreforts du Mont Liban, en passant par les palmeraies des plaines d’Egypte, nous ouvre le chemin de la Rédemption. Car la Péri est tenace et rien ne lui fera renoncer à sa quête du « Bien qui réjouit le ciel » et lui en ouvrira les portes.

L’ « enfant des airs » multiplie les allées et venues entre ciel et terre, interroge l’Ange, s’émeut du malheur des hommes. Les deux premières offrandes (le sang d’un guerrier valeureux et les soupirs d’une jeune fille succombant dans les bras de son amant frappé par la peste) ne suffiront pas, et il faudra les larmes et la repentance d’un ancien criminel touché par la prière d’un enfant pour que le Paradis s’ouvre enfin à la Péri.

L’orchestre, le chœur, les solistes, sous la baguette de Jérémie Rhorer, prennent aussi leur envol, nous transportent et sont eux-mêmes transportés, alternant moments de danses, scènes guerrières et lamenti envoûtants. On a notamment vu une Karine Deshayes, ange messager au timbre riche et céleste, très investie de la première à la dernière note. Le ténor Frédéric Antoun fut un récitant habité par le texte, expressif et sans emphases inutiles.

Festival de Saint-Denis

Karine Deshayes et Jérémie Rhorer / Festival de Saint-Denis © DR

On apprend aussi que Marita Sølberg n’était pas la soliste initialement prévue pour le rôle-titre ; bienheureux sommes-nous pourtant d’avoir pu profiter de cette voix lumineuse, tour à tour empreinte du désespoir et de la persévérance de la Péri, et dont les aigus sonores et légers représentent tant l’épopée persane du génie des airs.

Peut-être pourra-t-on regretter l’acoustique parfois trop large de la nef, qui estompe sans doute certaines intentions dans l’expressivité et les nuances ? Mais ne boudons pas notre plaisir, Pépin le Bref et autres souverains de France ont découvert une partition d’exception et le public est quant à lui sorti béat de la basilique !

La suite du festival n’en est pas moins prestigieuse et laisse présager d’autres belles soirées, entre gospel (Faada Freddy), œuvres sacrées (Raphaël Pichon dirigeant la Messe en ut mineur de Mozart, le Requiem de Verdi par l’Orchestre Philharmonique de Radio France), musique baroque (La Dernière Nuit : Funérailles royales au temps de Louis XV et les Vêpres de Monteverdi) et concerts symphoniques (le Concerto n°1 pour violoncelle de Haydn par Gautier Capuçon)…

 


Robert Schumann
Le Paradis et la Péri (1842)
Jeudi 4 juin 2015 – Basilique Cathédrale de Saint-Denis (93)

Marita Sølberg, la Péri
Frédéric Antoun, le Narrateur
Marta Boberska, la Jeune Fille
Karine Deshayes, l’Ange
Ben Johnson, le Jeune Homme
Edwin Crossley-Mercer, l’Homme

Chœur de Radio France
Orchestre National de France
Jérémie Rhorer, direction

 

 

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