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Reportage

Paroles à l’absent

par Cinzia Rota | le 3 juin 2014

Paroles à l’absent

Caplet, Chausson, Ravel, Boulanger

Chœur Luce del Canto
Ensemble Europa Barocca
direction Simon-Pierre Bestion

« Paroles à l’absent » rend hommage à la création musicale d’avant-guerre – si liée aux courants esthétiques, littéraires, chorégraphiques et picturaux de ses contemporains.

À travers les yeux de femmes des années 1890 à 1920, ce programme se veut comme une sorte de voyage retraçant l‘esprit et les préoccupations d’une époque où tranquillité et douceur se mêlent, paradoxalement à la menace et à l’inquiétude. Les « Paroles à l’absent » sont ainsi des coups de pinceau, des cris du cœur, des photographies, des élans chorégraphiques, ou de douces prières, portés par des femmes…

De cette émulation nait une esthétique musicale basée sur l’exaltation de la nature et de ses couleurs, un imaginaire tantôt orientaliste ou tantôt antique, l’évocation d’un mysticisme et d’une certaine « religiosité », dans un esprit souvent joyeux, naïf, ou mélancolique.

Les œuvres choisies ici portent toutes un caractère éminemment féminin: écrites pour des voix de femmes, donnant voix à la prière d’une femme esseulée, célébrant une nature prenant la forme de muses, composées par une femme, célébrant l’union ou rendant hommage à celle qui meurt…

Tandis que se développent des compagnies de danse ou de théâtre de femmes, ces œuvres – qui coïncident avec les premières heures des « suffragettes » – annoncent par ailleurs une certaine libération du corps ; d’où bien sûr la symbolique très forte du choix d’un programme musical exécuté entièrement par des artistes féminines, chanteuses et instrumentistes.

Les voix, à la fois douces et charnelles, se fondent parfaitement dans le son feutré et intimiste du quatuor à cordes en boyaux (comme c’était le cas à l’époque), ainsi qu’à la légèreté et la clarté du toucher du piano Erard de 1897.

 

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