© Auditorium de Lyon
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A la loupe
Hors-série

Petit abécédaire de l’orgue

par Coralie Amedjkane | le 17 novembre 2015

A comme… Anches (jeux d’) :

A l’instar des différentes familles d’instruments de l’orchestre (cordes, vents, etc…), il y a dans l’orgue deux grandes catégories de jeux* : les jeux à bouche (dont le fonctionnement est semblable à celui de la flûte à bec) et les jeux à anche, ou d’anches (que l’on peut rapprocher du hautbois ou du saxophone). Concernant la seconde catégorie, le son est émis grâce à une languette de métal (anche) située dans le pied du tuyau et qui vibre au passage de l’air. Le corps du tuyau, souvent conique, sert de résonateur. On trouve parmi les jeux d’anches la trompette, le clairon, la voix humaine ou encore le cromorne*. Lorsque l’on combine tous les jeux d’anche ensemble, on obtient le grand-jeu dont la sonorité est très puissante.

 

B comme… Buffet :

Entrez dans une église, faites quelques pas le long de la nef centrale, retournez-vous et admirez le buffet d’orgue, renfermant les tuyaux de l’instrument. La plupart des buffets anciens sont de véritables œuvres d’art. Observez, s’il y en a, les sculptures et autres détails de boiserie ! Les tuyaux que vous voyez en façade sont les tuyaux de « montre ». Un plus petit buffet peut être positionné à l’avant de la tribune : on le nomme « positif de dos » car situé dans le dos de l’organiste. La console, c’est-à-dire l’endroit regroupant les claviers, le pédalier et les tirants de registres, se situe alors entre le buffet du grand-orgue et celui du positif. Au centre ou aux extrémités du buffet se tiennent les tourelles de pédale, renfermant les tuyaux les plus graves de l’orgue.

 

B comme… Boîte expressive :

Il s’agit d’une invention d’origine anglaise, apparue dans la première moitié du XIXe siècle, permettant à l’organiste d’effectuer des variations de nuances dans son jeu. La boîte expressive est un grand caisson de bois muni de volets mobiles, renfermant la plupart des tuyaux du clavier de récit*. Ces volets sont reliés par un mécanisme à une pédale ou « cuillère » actionnée par l’organiste. Ainsi, lorsque celui-ci ouvre la boîte, le son se fait fort et présent. Lorsqu’il la referme, le son paraît plus doux et lointain.

 

C comme… Cavaillé-Coll :

Certainement le plus célèbre des facteurs d’orgue français, Aristide Cavaillé-Coll (1811-1899) a construit plus de 500 instruments en France, en Europe, mais aussi en Amérique du Nord, au Brésil, en Chine, au Pérou, en Inde… Né à Montpellier et formé au métier d’organier par son père, il s’installe à Paris en 1833 à la demande de Rossini, qui l’admire beaucoup et lui commande un petit orgue de scène. Cavaillé-Coll en profite pour répondre à l’appel d’offres pour la construction d’un grand orgue en l’Abbaye royale de Saint-Denis. Retenu, son projet est révolutionnaire pour l’époque : 68 jeux* sur quatre claviers et pédalier. Après cette première réalisation achevée en 1840, d’autres instruments, dont la qualité et la modernité ne feront qu’accroître, suivront. On peut citer les orgues de La Madeleine, Ste-Clotilde, St-Sulpice (son préféré et le plus grand jamais réalisé, avec ses 5 claviers et ses 100 jeux!), la Cathédrale d’Orléans, St-Etienne de Caen, St-Sernin de Toulouse ou encore St-Ouen de Rouen, son dernier chef-d’œuvre.

 

C comme… Cromorne :

Le cromorne est un jeu à anche* très employé à l’époque baroque. En attestent la profusion de pièces faisant appel à ce jeu, dont les magnifiques Chromornes en taille des messes de François Couperin (1690) et de Nicolas de Grigny (1699). Délaissé au XIXe siècle, il réapparait dans l’orgue néo-classique et on peut l’entendre en soliste dans des pièces telles que Prélude et fugue sur le nom d’Alain de Maurice Duruflé (1942). Il possède une sonorité particulière et un peu rugueuse. On dit à son propos que le cromorne « cruche »…

 

I comme… Improvisation :

S’il est un instrument qui possède une tradition d’improvisation, c’est bien l’orgue ! Pour cause, les offices réservent à l’orgue plusieurs moments d’intervention en tant que soliste. Ces moments sont codifiés par la liturgie et leur durée est très fluctuante. L’organiste doit donc adapter ce qu’il joue en fonction de la période de l’année et des diverses fêtes religieuses. Ainsi, depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours, les organistes improvisent l’entrée, l’offertoire et la sortie sur des thèmes célèbres, cantiques, hymnes grégoriennes ou chorals de la Réforme. Au XIXe siècle, cette pratique a pris une telle importance que son enseignement est apparu au Conservatoire en France, pour être démocratisé aujourd’hui dans la plupart des pays d’Europe. L’improvisation tient également une part de choix dans les récitals. Il existe même des concours d’improvisation.

 

J comme… Jeu :

Un jeu est une série de tuyaux présentant la même sonorité. Sur la plupart des instruments, on trouve 56 tuyaux par jeu. Ces tuyaux vont du plus grand (grave) au plus petit (aigu), un peu comme la flûte de pan. Certains jeux, comme le cornet ou la mixture, font parler plusieurs tuyaux par note. Ainsi, un orgue de 20 jeux possède environ 1200 tuyaux. Les plus gros instruments renferment plusieurs milliers de tuyaux. Par exemple, l’orgue de Notre-Dame de Paris en possède près de 8000.

 

M comme… Machine Barker :

Au XIXe siècle, avec l’augmentation de la taille des grandes orgues, pour certaines monumentales, il a fallu trouver un système qui permette de soulager le jeu de l’organiste qui ne pouvait plus supporter le poids des touches « tirant » la mécanique de plus en plus complexe des claviers. Un ingénieur anglais, Charles Spackman Barker, inventa donc un système de levier pneumatique intercalé entre la touche et les sommiers (parties sur lesquelles sont posés les tuyaux) permettant de diminuer la résistance des claviers.

 

P comme… Pieds :

Huit pieds, quatre pieds… mais qu’est-ce-donc que ce charabia ? Le pied est une unité de mesure ancienne que l’on a conservé pour mesurer la longueur du tuyau le plus grave d’un jeu* afin de connaître la tessiture de ce jeu. Ainsi, le tuyau le plus grave d’un jeu de huit pieds, c’est-à-dire le premier do du clavier, mesure environ 2,40 mètres. Un jeu de quatre pieds est deux fois plus court et sonne donc à l’octave supérieure. Les tuyaux les plus courts sont les jeux d’un pied car au-delà les sons ne sont plus très agréables à l’écoute… En descendant vers les graves, on trouve les jeux de seize pieds, trente-deux pieds et même 64 pieds sur certains instruments, peu nombreux !

 

P comme… Plein-jeu :

Le plein-jeu – plenum en Allemagne ou ripieno en italien –, est un mélange de jeux très caractéristique. En effet, le plein-jeu fait immédiatement référence à l’orgue par sa clarté et sa majesté. Il est constitué de jeux à bouche, à l’attaque franche (montre 8 pieds*, prestant 4 pieds, doublette 2 pieds), et de jeux de mixtures, comportant plusieurs rangs de quintes et d’octaves aiguës, venant illuminer la base des principaux (cymbale, fourniture).

 

R comme… Registration :

Comme le peintre choisit ses couleurs, le parfumeur ses essences, le cuisinier ses ingrédients, l’organiste combine les jeux (c’est-à-dire les sonorités) de façon harmonieuse : c’est l’art de la registration. A certaines époques, les compositeurs indiquent le mélange qu’ils souhaitent dans le titre de la pièce (Basse de trompette à l’époque baroque par exemple) ou par une indication dans la partition. De son côté, Bach n’indiquait quasiment jamais de registration.

 

R comme… Récit :

Le mot Récit désigne un des claviers, c’est-à-dire un des plans sonores de l’orgue. En effet, le visiteur qui aura la chance de gravir les marches conduisant à la tribune de l’orgue sera souvent ébahi devant le nombre de claviers à la console (en France, jusqu’à 5 claviers notamment sur l’orgue de Notre-Dame de Paris). Il faut bien comprendre qu’un clavier correspond à un plan sonore qui peut soit être joué seul soit avec d’autres. Le premier plan sonore et clavier se nomme grand-orgue. Vient ensuite celui de positif, puis récit, qui correspond dans la plupart des instruments au troisième clavier en partant du bas.

 

S comme… Symphonie pour orgue :

La symphonie pour orgue est un genre apparu au XIXe. Comme la symphonie d’orchestre, elle comporte entre trois et six mouvements. Commençant souvent par un mouvement modéré ou vif, elles incluent un adagio ou andante, un scherzo et un finale. Les deux principaux auteurs de symphonies sont Louis Vierne (six du genre) et Charles-Marie Widor (dix). La Symphonie-Passion composée en 1924 par Marcel Dupré est un bel exemple de musique expressionniste où chaque mouvement comporte un titre faisant référence à un épisode biblique.

 

T comme… Tirasses :

Les tirasses sont des systèmes qui permettent de faire entendre les jeux d’un clavier au pédalier. Par exemple, lorsque le compositeur indique « Tirasse G.O. », cela signifie qu’il souhaite que les jeux du grand-orgue sonnent sur la pédale en plus de sa propre registration. Il existe aussi la tirasse positif, la tirasse récit, etc…

 

V comme… Voix céleste :

La voix céleste est une registration* très en vogue au XIXe et XXe siècles. Il s’agit de la combinaison de deux jeux doux de 8 pieds, au son plutôt étroit, dont l’un est accordé légèrement plus haut que l’autre. Cela a pour effet de créer des battements, autrement dit un effet de tremolo. Cette sonorité ondulante évoque les chants célestes… Des compositeurs comme Charles Tournemire et Maurice Duruflé ont beaucoup utilisé ce jeu dans des pièces à caractère méditatif ou rêveur.

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