© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012
© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012
Chronique

Porgy and Bess, amour autour de meurtres sanglants à Catfish Row…

par Marine Park-Dufour | le 24 février 2015

L’ambition de Gershwin d’écrire un grand opéra dans le style européen basé sur une histoire et un matériau américains se ressent dans cette pièce mi-opéra mi-comédie musicale. Voulant égaler Puccini par le duo d’amour – « Bess, You Is My Woman Now », voulant imiter Wagner par l’enchaînement d’effets sonores qui conduisent le drame et anticipent l’atmosphère, le compositeur américain n’oublie pas de laisser ses propres empreintes tout au long de l’opéra : les rythmes swinguent, l’harmonie jazz se déploie en se transformant en blues spirituel.

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

« Un soir à Catfish Row »… L’ambiance blues est installée dès la première scène. Le piano désaccordé qui pleurniche sous les doigts du pianiste invite les habitants de Catfish Row à danser. « Summertime », un des plus grands tubes du répertoire à la croisée des chemins du jazz et du lyrique, résonne tristement grâce au poignant vibrato de Heather Hill qui interprète Clara, la femme d’un pêcheur, berçant son bébé dans les bras.

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

Bess, jeune femme indécise, est tiraillée entre la gentillesse de Porgy, la tentation de la happy dust (cocaïne) fournie par Sportin’ Life et le charme violent de son mari Crown. Elle est interprétée par Morenike Fadayomi qui affiche une extrême confiance en soi qui crève la scène du Grand Théâtre de Genève, contrairement à la vision que l’on pourrait avoir du rôle. Porgy montre quant à lui une douceur bienveillante qui contraste avec les tueries et les jalousies sanglantes : dès la première scène, un jeu de cartes tourne mal et Crown, mari de Bess et voyou, tue Robbins, son partenaire de jeu. Le public est subjugué d’émotion lorsque Mary-Yan Pringle exprime la profonde tristesse de Serena qui a perdu son époux – « My Man’s Gone Now ».

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

Porgy chante son bonheur d’être avec Bess, « I Got Plenty O’ Nutting » : les graves de Alvy Powell expriment si bien le bonheur simple et sincère à la fois qu’ils nous emportent aussi !

07_PorgyandBess_Credit_CaroleParodi

© Luciano Romano / Teatro di San Carlo 2012

Les voix limpides des chanteurs du Choeur du New York Harlem Theatre, accompagnés par l’orchestre sous la baguette de William Barkhymer, témoignent d’une technique remarquable, alliant spontanéité et jeux très soigné ! Peut-être un peu trop soigné ?… Tout semble trop parfait, tout se passe comme prévu : les décors de Michael Scott sont très uniformes, la mise en scène de Baayork Lee est très sérieuse, sans risques ni surprises…

Dommage, car le public de Genève aurait surement apprecié un peu plus d’originalité dans les décors et la mise en scène…

 


Bande annonce

 


Porgy and Bess
Du 13 au 24 février au Grand Théâtre de Genève

Américain Folk Opéra en 3 actes
Composé par George Gershwin
Livret d’Ira Gershwin et DuBose Heyward
D’après le roman « Porgy » de DuBose et Dorothy Heyward

Mise en scène par Baayork Lee
Direction musicale par William Barkhymer
Cheour et Orchestre du New York Harlem Théâtre

Alvy Powell, Porgy
Morenike Fadayomi, Bess
Michael Redding, Crown
Jermaine Smith, Sportin’ Life
Mari-Yan Pringle, Serena
John Fulton, Jake
Heather Hill, Clara
Marjorie Wharton, Maria

 

A propos de l'auteur

Ses derniers articles

Vos commentaires

A voir aussi