Stephen Waarts © Matt Dine
Stephen Waarts © Matt Dine
Chronique

Premier récital français de Stephen Waarts sous le signe du chant

par Cécile Colline-Duchamp | le 29 janvier 2015

Stephen Waarts apparaît sur scène, un peu nerveux. Il y a d’emblée un contraste visuel entre la silhouette très longiligne du violoniste et celle du pianiste Chang-Yong Shin, qui laisse présager un rapport de complémentarité entre les deux artistes, et promet une soirée plutôt intéressante.

La Sonate n°8 de Beethoven, première pièce du programme, met en valeur la beauté de leurs sons respectifs. Le violoniste semble toujours nerveux mais le pianiste est plus à l’aise et soutient pleinement son partenaire. Dans la Sonate n°2 de Prokofiev, le violon de Waarts devient plus expressif, sa palette se fait plus riche. C’est le thème initial du premier mouvement qui révèle réellement le remarquable sens mélodique du jeune homme, qui semble jouer les longues phrases d’un seul souffle. Il en va de même dans l’Andante où le violoniste fait chanter ses cordes à la manière d’un bel canto. En revanche, s’il exécute les mouvements rapides avec soin, il manque encore de spontanéité et de souplesse ; quelques détails rythmiques lui échappent. Et si l’on perçoit de la passion à travers son jeu, elle reste toutefois contenue : sa musique est encore très cérébrale. Cela étant dit, on apprécie la maturité de son expression et le grand lyrisme qui règne sur chaque note. Le piano de Chang-Yong Shin est excellent, son acuité rythmique est particulièrement admirable ; on regrette seulement qu’il n’apporte pas plus de sauvagerie, et donc de goût, à cette sonate déjà piquante, notamment dans le finale.

Ils proposent ensuite une œuvre de la compositrice new-yorkaise Jennifer Higdon (née en 1962). Écrit en 2011, Nocturne est une pièce assez courte (moins de 10 minutes), construite sur des mélodies méditatives, sur la base d’un immense arc crescendo-descrescendo. La grande fluidité mélodique de l’ensemble fait vibrer chaque respiration – il faut dire que la compositrice est flûtiste de formation ; et il semble presque naturel que le violon de Waarts réussisse parfaitement à traduire le chant contemplatif suggéré dans la pièce. Là encore, on remarque la finesse du pianiste qui sait s’intégrer à l’atmosphère nocturne de l’œuvre…

Stephen Waarts conclut son récital avec la pétulante Carmen Fantaisie de Waxman. Les applaudissements se font plus nourris et des « Bravo ! » fusent après ce morceau de bravoure, pourtant moins intéressant sans doute que le reste du programme. En bis, rappelé par la salle, il joue la Pièce en forme de Habanera de Ravel, laissant une dernière fois entendre le beau chant de son violon.

 

Auditorium du Louvre, le 22 janvier

Stephen Waarts, violon ; Chang-Yong Shin, piano

Programme :
Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour violon et piano n° 8 en sol majeur, op. 30 n° 3
Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violon et piano n° 2 en ré majeur, op. 94a
Jennifer Higdon (née en 1962) : Nocturne
Franz Waxman (1906-1962) : Carmen Fantaisie sur les airs de Carmen de Bizet

 


 

Stephen Waarts (violon) : Né en 1996, il étudie successivement au Conservatoire de San Francisco puis au Curtis Institute de Philadelphie. Il est lauréat des concours Spohr en 2009, Menuhin Junior en 2010, des Young Concert Artists International Auditions, Montréal en 2013 et Menuhin Senior en 2014. Il joue régulièrement aux Etats-Unis mais aussi en Allemagne, en Russie, en Espagne, au Norvège.

Chang-Yong Shin (piano) : Né en Corée en 1994, il fait ses études à la Yewon School, à la Haute-Ecole des Arts et à l’Institut Coréen pour les Arts de Séoul. Il est lauréat de plusieurs concours nationaux et internationaux, dont Chopin Junior et Eastman Young.

 

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