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Chronique

Premier récital parisien du jeune pianiste Adi Neuhaus

par Cécile Colline-Duchamp | le 12 janvier 2015

L’histoire de la musique compte des dynasties produisant des musiciens du premier plan, tels les Bach, les Couperin, et plus proche de nous, les Casadesus. Le nom de Neuhaus fait également partie du patrimoine musical, notamment dans l’histoire du piano. Dans cette famille, c’est Heinrich Neuhaus (1888-1964) qui s’est fait connaître en premier son talent du pianiste et du professeur, en formant une légion de grands interprètes comme Sviatoslav Richter, Lev Naumov, Emil Gilels, Elisso Virssaladze, Gérard Frémy, Alexeï Lubimov, Radu Rupu et bien d’autres. Puis, il y a son fils Stanislas (1927-1980), de sa première femme Zinaïda (qui épousera l’écrivain Boris Pasternak en 1931). Brigitte Engerer était l’une des plus brillants élèves de Stanislas Neuhaus. Stanislas a un fils pianiste, Stanislas Bunin (ou Bounine), qui a remporté en 1985 le premier prix au Concours international Frédéric Chopin à Varsovie. Adi Neuhaus, né en 1996, est le fils de Stanislas Neuhaus et le petit-fils de Heinrich, il porte donc un gigantesque héritage pianistique de cette grande école russe, même s’il a suivi la plus grande partie de sa formation à Jérusalem.

Il apparaît en queue-de-pie avec un nœud papillon qui va d’ailleurs bien avec sa stature imposante (il mesure peut-être 1m90 ou plus ?), mais cela surprend un peu pour un concert en pleine journée, à 12 heures 30. Le récital commence par la Troisième Sonate de Chopin. Devant cette œuvre de maturité, Adi Neuhaus se montre un peu nerveux, mais il maîtrise son jeu, en rattrapant subtilement quelques frôlements sur des touches d’à côté. En marquant une pause après le premier mouvement et en enchaînant les trois autres l’un après l’autre, il affirme sa conception de l’œuvre, de la séparer en deux blocs distincts. Est-ce pour insister la perfection de la forme sonate du mouvement initial chez ce compositeur romantique ? Son interprétation est particulièrement dynamique et vivace dans le finale, avec une sonorité assez ferme.

Il propose en deuxième lieu une pièce contemporaine d’André Hajdu, compositeur hongrois née en 1932, formé à l’Académie Franz Liszt et au Conservatoire de Paris, auprès de Zoltan Kodaly, Darius Milhaud et Olivier Messiaen pour ne citer que les plus célèbres. Sur les ailes d’un papillon de 2009 est une suite de morceaux courts, chacun de deux pages de partition. Le compositeur met en valeur, condensé, le caractère essentiel de chaque forme, tel des exercices de style, que le pianiste rend en évidence.

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A la fin, deux pièces de Liszt. S’il réussit avec brio les moments les plus virtuoses d’« Après la lecture de Dante » en explorant la formidable capacité acoustique d’un piano de concert moderne, sa sonorité, plutôt dure et froide, qui dominait tout son récital, ne propose pas pour autant une palette sonore variée. Ainsi, les pages les plus intériorisées de « Sposalizio » sonnent avec une certaine rudesse, au lieu d’une douceur rêveuse qu’on aurait voulu entendre. Mais avec le temps, il gagnera certainement en couleurs ainsi qu’en dimension musicale.

Après le deuxième bis – une paraphrase sur La Chauve-Souris – qui a recueilli des applaudissements nourris (le premier bis était une Mazurka lente de Chopin), les regards quelque peu froid qu’il jetait du haut de sa silhouette longiligne, depuis le début du concert, deviennent souriants pour la première fois, comme s’il a enfin été satisfait de l’effet qu’il a pu produire sur le public parisien, celui de l’Auditorium de l’un des plus célèbres musées du monde : Le Louvre.

 


Auditorium du Louvre, le 8 janvier

Programme :

Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n° 3 en si mineur op. 58
Allegro maestoso – Scherzo – Largo – Finale

André Hajdu (1932-) : Sur les ailes d’un papillon (2009)
Invention – Chaconne – Fugue – Scherzo – Mazurka – Obsession du rythme

Franz Liszt (1811-1886) : « Sposalizio », « Après une lecture de Dante » extraits des Années de Pèlerinage, deuxième année : Italie


Adi Neuhaus est né en 1996 à Tel-Aviv dans une famille de musiciens. Il fait ses études à l’Académie de musique et de danse de Jérusalem et participe à des « masterclass » avec Murray Perahia, Richard Good, Yefim Bronfman, Robert Levin, Dmitri Bashkirov, Andas Schiff et autres grands maîtres. Parmi de nombreux prix qu’il a reçus à ce jour, citons le premier prix de la Young Artists Competition, le prix Mushkin en 2010 et une bourse au mérite de l’International Scriabin Grant en 2010 et 2012. C’était son premier récital à Paris.

 

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