George Benjamin - Photo : Christophe Abramowitz
George Benjamin, invité du festival Présences 2020 © Christophe Abramowitz
Chronique

Présences 2020 : une soirée d’ouverture tournée vers l’avenir

par Julien Bordas | le 11 février 2020

Après Wolfgang Rihm en 2019, c’est au tour du compositeur, pianiste et chef d’orchestre George Benjamin de faire l’objet d’un portrait lors du festival Présences. Le 7 février, l’Orchestre National de France, sous la direction du britannique, donnait le change aux pianistes Alexandre Tharaud et Vanessa Benelli Mosell dans des œuvres protéiformes.

 

L’auditorium de Radio-France s’avérait presque complet pour cette affiche qui réunissait des pièces de Gérard Pesson, George Benjamin, Hans Abrahamsen ou Claire-Mélanie Sinnhuber. Une preuve de l’engouement du public pour un programme offrant tout de même deux créations françaises et une création mondiale.

En ouverture, la pièce Ravel à son âme de Gérard Pesson (en écho à Ronsard à son âme de Ravel), en création française, révèle un intéressant travail sur les timbres de l’orchestre. On pourrait comparer cette œuvre à une toile de peintre sur laquelle le compositeur apporte régulièrement des touches de couleurs raveliennes, toujours allusives.

Puis place au Duet pour piano et orchestre de George Benjamin, avec un orchestre amputé de ses violons. Malgré un catalogue de seulement 39 opus, on connaît le goût pour l’innovation musicale de ce disciple d’Olivier Messiaen et Yvonne Loriod.

Vanessa Benelli Mosell

Vanessa Benelli Mosell © www.vanessabenellimosell.com

Avec Duet, l’aspect percussif est très présent, traduit par les pizzicati des cordes, la harpe, les instruments de percussion bien sûr, mais aussi le piano, à l’instar de cette mélodie en valeurs longues qui surgit régulièrement des graves du clavier tenu par Vanessa Benelli Mosell, instaurant un climat très solennel. Une pièce très aboutie aux atmosphères renouvelées où piano et orchestre ne se confrontent pas mais distillent une grisante alchimie sonore laissant aux trompettes un rôle de premier plan dans le discours.

 

Left, Alone pour piano (main gauche) et orchestre, une oeuvre surprenante

Left, Alone pour piano (main gauche) et orchestre, de Hans Abrahamsen, est donnée pour la première fois en France. Elle a la particularité de comporter 6 mouvements séparés en 2 parties. Une oeuvre surprenante, enregistrée récemment chez Erato par le pianiste Alexandre Tharaud à qui l’oeuvre est dédiée.

Abrahamsen, né avec un problème fonctionnel de la main droite, s’est dit proche du répertoire pour main gauche tel celui de Ravel et son Concerto pour la main gauche.

Left, Alone est une oeuvre globalement sombre mais ponctuée par des séquences éthérées comme le deuxième mouvement “Slowly walking” de la première partie, où le piano évolue sur des percussions métronomiques pour être ensuite lui-même frappé par le poing du pianiste. Le dernier mouvement, scindé en 3 tempi, enchaîne les climats contrastés avec des pizzicati joués tout près des chevalets, et des cordes du piano pincées directement par la main du pianiste. Left, Alone, brille, scintille, dans un tourbillon virtuose.  

Alexandre Tharaud

Alexandre Tharaud © Marco Borggreve

Une nouvelle Toccata, et un Palimpsests triomphant en seconde partie

Pour la seconde partie du concert, Radio France avait commandé une oeuvre pour piano solo, intitulée Toccata, à la compositrice Claire-Marie Sinnhuber, ex-pensionnaire de la Villa Médicis de 2010 à 2011. La pianiste Vanessa Benelli Mosell, dédicataire, était l’interprète de cette musique obsédante concentrée sur la partie aiguë du clavier avec des répétitions de notes. Là aussi, le poing de la main gauche produit une rythmique sur la face avant du piano tandis qu’évolue la main droite, sans oublier un jeu de pieds énergique avec la pédale. Une oeuvre aussi visuelle que sonore en somme.

Pour refermer le concert, Présences proposait Palimpsests de Georges Benjamin, dirigée avec finesse et concentration. Elle débute par un motif initial porté par les clarinettes, sèchement brisé par les cuivres et les percussions. Ce matériau subira de nombreuses mutations captivantes et savamment écrites tandis que la seconde partie de Palimpsests se développe dans un large canon sophistiqué avant une coda rapide, impressionnante, en hommage à Pierre Boulez.

Tout au long de la soirée, l’Orchestre national de France sera remarquable de précision et d’implication, assurément porté par l’engagement du chef compositeur. Le festival se poursuit jusqu’au 16 février.




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