© G. Savard
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Interview

Rencontre avec Ana Pérez Ventura, du duo Catalicia

par Anne-Laure Robine | le 27 janvier 2015

Dimanche 1 et samedi 7 février, au théâtre de l’Ile Saint-Louis, le duo Catalicia, formé par les deux pianistes espagnols Ana Pérez Ventura et Ángel Álvarez Safont, fera résonner à quatre mains les accents espagnols et latino-américains de son programme qui rend hommage à des compositeurs peu joués en France.

Rencontre avec Ana Pérez Ventura, virtuose du piano comme du pinceau.

 

Quelle est la genèse du duo Catalicia ?

Angel et moi nous sommes rencontrés par hasard, tout simplement parce que nous sommes voisins ! J’avais été interviewée en janvier 2012 par le journal de la ville dans laquelle je réside, Angel m’a contactée suite à cet article. Nous nous sommes découvert plusieurs points communs : pianistes, espagnols, vivant en France depuis plusieurs années. Initialement, nous voulions simplement jouer ensemble de temps à autre, par plaisir, sans chercher à nous produire en concert. Mais l’alchimie s’est créée, nous avons alors décidé de créer le duo Catalicia, contraction de Cataluña (NDLR : Catalogne, dont est originaire Ángel) et de Galicia (NDLR : la Galice, où a grandi Ana).
Nous avons fait de nombreux concerts en Espagne, quelques concerts en Ile-de-France, mais c’est la première fois que nous jouons à Paris.

 

Le programme que vous proposez nous fait voyager de l’Espagne aux deux Amériques. Comment l’avez-vous construit? Qu’avez-vous souhaité mettre en avant ?

Nous voulions mettre en avant notre spécificité, notre nationalité espagnole. Nous avons donc choisi d’axer notre programme sur le thème du voyage et de l’immigration, en faisant la part belle à l’Espagne de quatre compositeurs : Federico Mompou, Xavier Montsalvatge, Octavio Vázquez, Manuel de Falla. Nous ferons ensuite escale en Argentine pour y écouter l’Histoire du tango mise en musique par Astor Piazzolla. Nous terminerons notre voyage à New-York,  ville cosmopolite, avec West Side Story, le Roméo et Juliette des temps modernes sur fond d’émigration portoricaine.
A l’occasion de ce concert, nous créerons en France la Valse noble et sentimentale d’Octavio Vázquez, composée en 2004. Lui-même est pétri d’une double-culture, étant galicien et résidant à New-York.

 

Vous avez une affinité particulière avec les œuvres du compositeur catalan Federico Mompou… Qu’est-ce qui vous touche dans sa musique ?

J‘aime beaucoup ses couleurs : il a une écriture très simple, avec très peu de notes mais très sensible ; lui aussi a vécu longtemps en France, il a développé une écriture empreinte d’impressionnisme, très délicate, très sobre. Ces changements d’harmonie peuvent parfois évoquer ceux de Scriabine. Il a essentiellement écrit pour piano solo.
Les comptines de Mompou que nous allons jouer en quatre mains ont initialement été écrites pour piano et chant, mais lors d’un concert programmé à New-York, la chanteuse a annulé sa venue trois jours avant le concert. Le compositeur n’ayant pas trouvé de remplaçant au pied levé, il a fait appel à un pianiste et a arrangé la partition pour mains mains dans l’urgence; cette version a d’ailleurs été créée avec Alicia de Larrocha, la célèbre pianiste espagnole.

 

Ana, vous êtes également peintre : quel est l’apport de l’art pictural dans votre jeu ?

Il y a beaucoup de liens entre peinture et musique ; la grammaire est la même, c’est la langue qui change. La façon de construire une forme, une ligne (musicale ou visuelle) sont très proches. Certains compositeurs se sont fortement inspirés de tableaux pour écrire, à l’instar de  Pierre Boulez qui a beaucoup puisé dans la peinture de Paul Klee.
Je m’intéresse particulièrement à la temporalité dans l’art : le travail de répétition d’un pianiste, seul chez lui, m’inspire beaucoup dans ma création picturale. Mes deux activités se fécondent mutuellement, mais c’est plus facile de voir l’influence de la musique sur ma peinture, car je n’ai pas la même posture dans les deux arts : en tant que peintre, je crée mes œuvres ; en tant que pianiste, je les interprète. Il y a donc moins d’espace créatif dans ce dernier cas. Je soigne alors la production des sons en m’inspirant de mes tableaux pour nourrir les contrastes, les couleurs.

 

Que diriez-vous aux spectateurs qui n’ont pas encore acheté leur place ?

C’est un programme différent, avec des compositeurs peu joués en France : pour preuve, nous ferons la création française de cette œuvre de Vázquez. Les différentes œuvres offrent beaucoup de contrastes, des styles différents. Nous avions à cœur de partager notre patrimoine musical.

 

Quels sont vos projets à venir ?

Nous travaillons actuellement sur un projet de « concert dansé » : nous interpréterons des œuvres de musique classique accompagnés par un couple de danseurs de flamenco. Nous proposons une nouvelle formation : quatre mains et quatre pieds (rires)! Nous produirons ce spectacle en Espagne et en France.

 

 


En savoir plus
Le 1er février à 15h et le 7 février à 18h30
Théâtre de l’Île Saint-Louis Paul Rey
39, Quai d’Anjou 75004 Paris

www.theatre-ilesaintlouis.com
www.duocatalicia.com
Réservations : 01 46 33 48 65

 

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