Riccardo Chailly © Silvia Lelli
Riccardo Chailly © Silvia Lelli
Chronique

Requiem de Verdi sous la direction de Riccardo Chailly : enthousiasmant

par Laurent Amourette | le 15 juin 2018

Jeudi 7 juin, la dernière note du Libera me final du Requiem de Verdi est encore en train de résonner dans la grande salle de la Philharmonie de Paris que l’on entend déjà retentir un « Bravo » très sonore qui donne le départ aux applaudissements. Même si on avoue trouver la réaction un brin prématurée (on aurait aimer pouvoir profiter de quelques secondes de silence nécessaires pour revenir doucement à la réalité), on ne peut que comprendre cet enthousiasme.

Le premier artisan de cette réussite est assurément Riccardo Chailly, à la tête des forces de la Scala de Milan (chœurs et orchestre). Voilà un chef admirable qui conduit, qui accompagne et dont on sent constamment et intensément le regard sur chacun de ses musiciens. Grâce à lui, tous semblent en cohérence naturelle, alignés sur les mêmes intentions, les mêmes dynamiques, les mêmes respirations, les mêmes vibrations. Chailly dispose évidemment d’une équipe solide et chevronnée. Il faut d’ailleurs particulièrement saluer le travail remarquable du chœur qui n’a l’air de former qu’une seule et même voix. Il est capable du plus petit chuchotement et de la plus impressionnante clameur (le volume sonore est insensé à chaque reprise du Dies iræ ou lors du Rex tremendæ dont le souffle nous projette littéralement dans le fond de notre siège) sans que l’on perde jamais la clarté du texte. Ajoutons que Chailly, décidément fin orfèvre, sait s’adapter à l’acoustique du lieu et ménage systématiquement les silences nécessaires pour laisser « mourir » les résonances lors des brusques changements de dynamiques et d’atmosphère.

Sous la baguette de Riccardo Chailly, la première partie de l’œuvre ne prend pas la forme d’une messe apaisée, ni comme on a coutume de qualifier l’ouvrage, d’un opéra déguisé sous un texte religieux, mais d’une véritable course à l’abîme qui fait l’effet d’une claque ininterrompue. Lorsque sonnent les dernières notes du Lacrimosa (qui conclut la longue Sequenz), on est lessivés, haletants, avec une tension artérielle excédant probablement ses valeurs habituelles.

Parmi les quatre solistes réunis ce soir, on remarque d’abord l’interprétation d’Ekaterina Gubanova. Son chant noble et assuré ainsi qu’un magnifique contrôle du souffle font merveille dans les nombreux solos réservés à la mezzo. René Barbera passe peut-être plus inaperçu du simple fait que sa partition est foncièrement moins étoffée. Cependant on admire chez lui un timbre extrêmement solaire et des aigus puissants et émis avec une grande facilité. Le timbre de la basse Ferruccio Furlanetto a incontestablement perdu en beauté plastique. La voix mûre et excessivement vibrée tranche par rapport à celles de ses partenaires. Mais la qualité de déclamation, la projection ahurissante et un sens aigu de la théâtralité contribuent à faire de son Confutatis un des moments marquants de la soirée. Tamara Wilson complète ce quatuor avec un panache incomparable. Dans l’Agnus Dei, son duo avec Gubanova est si cohérent dans les intentions musicales que les deux chanteuses semblent ne plus faire qu’une seule voix. Mais la soprano se révèle pleinement dans le Libera me conclusif, difficile solo s’étalant sur près de 15 minutes. Elle y déploie des nuances infinies y compris dans les aigus, qu’elle émet piano ou forte sans jamais détimbrer ni hurler. Bouleversante apothéose à la soirée, osons dire une véritable révélation.

 


Giuseppe Verdi
Requiem

Tamara Wilson
Ekatarina Gubanova
René Barbera
Ferruccio Furlanetto

Chœur et Orchestre de la Scala de Milan
Direction : Riccardo Chailly

Philharmonie de Paris




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