Concours international de chant de Mâcon
(c) H. Nègre
Chronique

Retour sur deux tours de Mâcon

par Cécile Colline-Duchamp | le 15 janvier 2016

Dans le cadre du 22e festival « Symphonie d’automne » eut lieu le la vingt-deuxième édition du Concours international de chant de Mâcon, les 10, 11 et 15 novembre dernier. Retour sur les deux premiers tours.


¼ de finale, le 10 novembre 2015

En quart de finale, les 45 candidats doivent chanter une mélodie française de leur choix et un air d’opéra. Les voix féminines dominent avec 26 sopranos et 9 mezzos, contre 4 ténors et 6 barytons.

Si dans la matinée le niveau des candidats était plus qu’inquiétant, catastrophique pour certains (justesse, projection, soutien abdominal très incertain…), dans l’après-midi on entend des interprétations appliquées, soignées et engagées, sur le plan musical bien sûr, mais aussi dans la gestuelle. Si l’on voit que certains candidats débutent timidement à chanter devant un public, on constate clairement que chez d’autres, de riches expériences scéniques constituent déjà un acquis. C’est le cas par exemple de Valentine Martinez, soprano française, qui se distingue très nettement des autres par son talent de comédienne, avec un choix original de mélodie, Orgue de barbarie de Kosma, dans laquelle elle semble prendre un plaisir fou. Chez elle, même le timbre change en fonction du caractère de l’air qu’elle aborde. Une soprano japonaise, Mayako Ito-Tournadre, met l’accent sur ses talents de conteuse : son visage et son regard se mettent au service de l’histoire autant que sa voix.

Les hommes, eux, restent généralement assez statiques, occupés, me semble-t-il, à réussir dans leur technique, notamment dans la projection vocale.


Demi-finale, le 11 novembre 2015

L’épreuve débute à 16h, précédée d’une conférence de Nicolas Bacri sur son parcours de compositeur de la voix. Le Concours de chant de Mâcon passe commande chaque année à un compositeur pour la demi-finale et la finale ; Nicolas Bacri a livré un cycle intitulé Chants d’amour, sur des poèmes d’Émile Verhaeren, comprenant trois mélodies (« Vous m’avez dit », « Les baisers morts » et « Lorsque tu fermeras mes yeux ») et un prélude instrumental. D’une grande expressivité, et située dans la grande lignée de la tradition française, la musique renforce l’intériorité funeste du poète belge.

En plus d’un air d’opéra, chaque chanteur choisit deux de ces trois mélodies accompagnées au piano. Ici, la diction revêt une importance capitale, mais certains, non francophones, peinent à rendre l’articulation claire, et prononcent souvent les consonnes de manière ambiguë.

Après plus de cinq heures d’épreuve, le jury annonce six finalistes. Dans l’ordre du passage à la demi-finale, ce sont : Lussine Levoni (soprano arménienne), Valentine Martinez (soprano française), Alice Lestang (soprano française), Catherine Trottmann (mezzo française), Mayako Ito-Tournadre (soprano japonaise), et Marie-Pierre Roy (soprano française). Aucun chanteur n’a été retenu.

Parmi les éliminés se démarquent néanmoins quelques talents. La soprano française Deborah Salazar est extraordinaire dans « Euhe sanft », extrait de Zaïde de Mozart, par la pureté de sa voix et la simplicité avec laquelle elle tient de longs phrasés. Son jeune âge (21 ans) donne une grande marge à de belles évolutions. La mezzo française Emmanuelle Ifrah possède une voix puissante dotée d’une théâtralité innée, ainsi qu’une diction parfaitement limpide du français ; il sera extrêmement intéressant de la voir dans une situation scénique, sa voix et ses expressions étant plus adaptées à des opéras qu’à des mélodies et des lieder. Florent Karrer est la seule voix masculine qui ait véritablement attiré mon attention. Contrairement au baryton coréen Jiwon Song, qui plaît au public mais dont les imperfections techniques sont trop manifestes, Florent Karrer semble surnager : ses quelques défauts se noient dans un charisme et une présence scénique qui nous permettent aisément d’en faire abstraction.

 


La 23ème édition du Concours international de chant de Mâcon, les Symphonies d’Automne, sous la direction artistique d’Eric Geneste et de Franck Edouard aura lieu du 8 au 13 novembre 2016 pour le concours et du 2 au 13 novembre 2016 pour le festival.

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