Thomas Søndergård © Andy Buchanan
Thomas Søndergård © Andy Buchanan
Chronique

Le Royal Scottish National Orchestra hisse son étendard sur la Seine Musicale

par Flore Védry-Roussev | le 2 octobre 2019

Samedi 28 septembre à la Seine Musicale, le Royal Scottish National Orchestra sous la direction de Thomas Søndergård présentait un programme chamarré aux couleurs de l’Ecosse, avec le superbe violoniste James Ehnes. Entre tendresse, profondeur et bonne humeur, le RSNO a conquis le public !

Dépaysant ! Invité par Insula Orchestra et La Seine Musicale dans le cadre d’une série thématique « Ilôt Ecosse », le Royal Scottish National Orchestra, qu’on a peu l’occasion de voir en France, proposait un programme de belle facture pimenté par des pièces étonnantes, pour notre plus grand plaisir. Ce programme consacré à l’Ecosse donnait à entendre la Marche Ecossaise de Claude Debussy, la Fantaisie Ecossaise de Bruch et la 1ère symphonie de Mahler.

On attend Debussy, mais surprise, c’est un solo de cornemuse qui ouvre le concert ! Inutile de scruter l’orchestre pour trouver la provenance de ce son grêle empreint de gravité, le piper se trouve au dessus, dans les tribunes, en tenue d’apparat ! Le public maintenant tout ouïe, est prêt pour la marche écossaise de Debussy. Un Debussy espiègle et rieur, loin des Prélude à l’après-midi d’un faune ou Pelléas et Mélisande ! Initialement composée pour piano quatre mains, cette marche en version orchestrale semble avoir étonné le compositeur lui-même, qui s’exclama en l’entendant : « Mais c’est joli ! ». Le Royal Scottish National Orchestra d’ailleurs rend admirablement les couleurs, le lyrisme et les élans passionnés de la pièce, qui offre une vision joyeuse et idéalisée du folklore écossais.

James Ehnes © Benjamin Ealovega

James Ehnes © Benjamin Ealovega

 

L’élégance limpide de James Ehnes

Vient alors la Fantaisie Ecossaise de Max Bruch dans une interprétation très estimable du virtuose canadien James Ehnes. Entrant sur un pianissimo avec un vibrato ample, il est d’une justesse et d’une limpidité impeccables notamment dans les redoutables passages en double cordes. Elégant dans sa présence scénique et dans son jeu, rien ne trahit la difficulté technique pour ne laisser apparaître que le lyrisme et l’énergie de l’œuvre.

A ses côtés, le chef Thomas Søndergård lui laisse toute la place pour exister. Gestuelle ample et tellement souple que même sa baguette semble élastique, il se fait, en bonne intelligence avec l’orchestre, le complice du soliste.

 

Un Mahler plus tendre que torturé

Un entre-acte plus tard, l’imposante Symphonie n°1 en ré majeur, dite « Titan » est rendue avec beaucoup de grâce par l’orchestre écossais. Le premier mouvement Lent, s’ouvre sur un la étiré sur sept octaves, bientôt rejoint par les clarinettes qui imitent le bruit de la nature. Sous la baguette de Thomas Søsengård, l’ensemble s’anime et prend une belle ampleur pour arriver sur un deuxième mouvement en forme de Ländler, danse populaire à trois temps, dont l’esprit est parfaitement rendu par les bois et les cuivres, mais manque un peu de d’épaisseur dans les violons, tout comme dans le troisième mouvement. Ici la délicatesse des violons montre un visage tendre de Mahler, éclipsant un peu son ironie amère. Mais dans les tutti, comme éperonnée par l’ensemble de l’orchestre, l’exaltation du chef et les rutilantes timbales, la section retrouve sa puissance.

Le final en particulier est absolument glorieux, l’orchestre entier s’unit pour une ascension vers l’apothéose et lorsque la rangée de cors se dresse debout à l’arrière de l’orchestre jouant à pleine puissance avec tous les musiciens, on a la gorge qui se noue d’émotion. Le succès est éclatant.

 

Royal Scottish National Orchestra

Le Royal Scottish National Orchestra © DR

Alors pour remercier le public, Thomas Søndergård propose deux bis insolites  : d’abord une pièce pour cornemuse et orchestre de Korb & Roever intitulée Highland Cathedral. Solennelle, même un peu emphatique elle met merveilleusement en valeur l’excellent piper. Pour finir, une danse traditionnelle écossaise, Eightsome Reel, sans prétention mais tellement entraînante qu’on ne peut s’empêcher de marquer la mesure du pied, ou en tapant des mains. Irrésistiblement la salle se met à scander avec l’orchestre, dans une bonne humeur contagieuse jusqu’à l’ovation finale.

On repart absolument conquis par ce très attachant orchestre, tant il a su transporter le public entre émotion poignante et joie de vivre.

 

 




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