Jean-Luc Ho à Royaumont © Royaumont
Jean-Luc Ho joue Couperin à Royaumont © Royaumont
Chronique

Couperin le Grand renaît à Royaumont

par Julien Bordas | le 9 octobre 2018

L’ombre de François Couperin, surnommé “Couperin le Grand”, planait sur l’abbaye de Royaumont samedi 29 septembre. Les 350 ans de sa naissance ont inspiré une programmation audacieuse dressant le portrait de ce musicien et compositeur visionnaire. Nous avons assisté au récital inaugural d’un clavecin, copie Vater, par Jean-Luc Ho puis au concert “Les Nations”. Une interprétation irisée.

L’anniversaire Couperin, musicien devenu maître dans “l’Art de toucher le clavecin”, fut aussi l’occasion d’inaugurer la copie d’un instrument Antoine Vater 1732 du Musée de la Musique de Paris.
Emile Jobin, facteur réputé installé dans le Val d’Oise, était en charge de la réalisation de ce clavecin commandé par la Fondation Royaumont. A son actif, la création de plus de 60 instruments !
Sa rencontre avec l’instrument original remonte à une quinzaine d’années lorsque le Musée de la Musique lui demande une expertise du clavecin. Le facteur eut alors un véritable coup de coeur pour cette pièce conjuguant la polyphonie allemande et le style français.

Facteur réputé à Paris au 18ème  siècle, Vater fut aussi en charge des instruments de la cour.

Le clavecin inauguré aujourd’hui par Jean-Luc Ho possède 2 claviers, deux jeux de 8 pieds, un de 4 pieds ainsi qu’un jeu de luth.

Clavecin Vater 1732 © Jean-Marc Anglès

Clavecin Vater 1732 © Jean-Marc Anglès

Succédant cette année à la résidence de Bertrand Cuiller à Royaumont, Jean-Luc Ho demeure un spécialiste incontournable des instruments anciens. Son programme d’inauguration, à l’image de la facture de ce clavecin, mêle musique française et allemande. Le Premier prélude et fugue du clavier bien tempéré du premier livre de Jean-Sébastien Bach ouvre brillamment le récital.
Puis, clin d’oeil à la famille Couperin avec la Passacaille en do majeur de Louis Couperin, oncle de François, avant le déploiement de la vivante Fantaisie en sol (1733) de Telemann.
La transcription de l’Ouverture du Bourgeois Gentilhomme de Lully, signée de l’interprète, fait sensation par la justesse de ses ornementations, son élégance et sa noblesse musicale.
Pour compléter ce programme flamboyant La De Vatre de Jacques Duphly, extraite du Second livre du compositeur, rend hommage à Antoine Vater.

A l’écoute de ce clavecin remarquable, Emile Jobin a réussi un pari musical et instrumental, la brillance et la richesse chromatique de cette copie Vater en faisant une pièce d’exception.

Jean-Luc Ho en concert © Royaumont

Jean-Luc Ho en concert © Royaumont

A 22 ans, François, digne héritier de la lignée des Couperin au poste d’organiste de l’église Saint-Gervais à Paris et après avoir édité ses inventives Messes d’orgue, présentera des sonates en trio à la manière de Corelli, mais sous pseudonyme italien !

(Les Messes d’orgue font par ailleurs l’objet d’un enregistrement pour Harmonia Mundi à paraître prochainement, avec Jean-Luc Ho à l’orgue de Saint-Michel-en-Thiérache et l’ensemble Les Meslanges en alternance de plain chant).

Les sonates en trio à l’italienne intitulées La Pucelle, La Visionnaire et l’Astrée rencontrèrent un franc succès mais seront publiées très tardivement, en 1726. En incluant à la suite de chacune d’elles une Suite de danses, elles prendront alors le nom de Nations.

Ce soir nous assistons à La Françoise puis à La Piémontoise dans un réfectoire des moines exaltant la clarté des sons. Avec huit musiciens sur scène, l’attention est résolument portée sur les timbres et les couleurs instrumentales. Le choix d’un deuxième clavecin, joué par Aurélien Delage, rejoint la configuration favorite de Couperin dont la partition n’indique pas le nombre d’instrumentistes.

A l’évidence, chaque pupitre semble à sa juste place et au service de la musique, aussi bien dans les passages intimes que dans les mouvements plus éclatants. Dans les sonates à l’italienne on admire les échanges entre instrumentistes, d’un grand raffinement.

Quant aux suites de danses, on retiendra notamment la beauté des sarabandes – notées “gravement” ou “tendrement” – d’une authentique poésie.

La soirée se refermait ensuite sur les Leçons de ténèbres avec l’ensemble Le Caravansérail dirigé par Bertrand Cuiller.

Près de quatre siècles plus tard, « Couperin le Grand », organiste et claveciniste hors-pair, mérite plus que jamais son surnom !




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