Arcadi Volodos au Festival de Salzbourg © SF/Marco Borrelli
Arcadi Volodos au Festival de Salzbourg © SF/Marco Borrelli
Chronique

Salzbourg : la puissance veloutée d’Arcadi Volodos

par Flore Védry-Roussev | le 19 août 2019

Le festival de Salzbourg, réputé pour ses opéras, propose également une programmation impressionnante de concerts de musique de chambre et de récitals. Ainsi, lundi 12 août, le pianiste titan Arcadi Volodos interprétait au « Haus für Mozart », un récital Schubert, Rachmaninov, Scriabiane d’une profondeur rare.

Tout d’abord un mot sur l’étonnante salle « Haus für Mozart ». Ancien petit palais du festival, la salle a été entièrement refaite par les architectes Holzbauer et Valentiny en 2004. Deux ans de travaux et 29 millions d’euros plus tard, la salle se retrouve dotée d’une capacité de 1580 places. Elle est configurée en rectangle, ce qui permet de voir la scène de toute part et son acoustique exceptionnelle, retravaillée par un ingénieur acousticien munichois, laisse entendre chaque nuance de piano, même du quatrième balcon, même dans les pianissimos, et sans que le son ne tourne dans les forte du grand piano… Alors qu’on pouvait craindre une déperdition du son de par sa dimension,  « das Haus für Mozart » s’est avérée parfaite pour le son riche et subtil d’Arcadi Volodos.

Arcadi Volodos © Marco Borggreve

Arcadi Volodos © Marco Borggreve

Toutes les nuances de Schubert

Dans sa première partie de concert qu’il consacre entièrement à Schubert, Arcadi Volodos ouvre son programme avec la Sonate en mi majeur D.157, une sonate peu jouée, œuvre de jeunesse datant de 1815, mais qui comporte déjà des traits d’inspiration typiquement schubertienne qui seront son sceau musical au fil du temps. Volodos, par sa maîtrise parfaite des dynamiques, de la mise en valeur de la ligne mélodique accompagnée d’une main gauche légère comme un souffle, parfaitement articulée, offre une vision d’une grande sensibilité.
Les Six moments musicaux qu’il délivre ensuite nous plongent dans toutes les nuances de Schubert dans sa période créatrice tardive. Dès le thème du premier moment musical, Volodos impressionne par une technique précise enveloppée d’une douceur du toucher qui ne laisse rien paraître des difficultés. Ainsi le moderato, se fait ruban mélodique tout juste interrompu par une réflexion personnelle du compositeur, tandis que les contrastes de nuances des Moments musicaux suivants sont merveilleusement mis en valeur pour offrir le visage d’un Schubert aimable et serein.

Arcadi Volodos au Festival de Salzbourg © SF/Marco Borrelli

Arcadi Volodos au Festival de Salzbourg © SF/Marco Borrelli

Explorations sonores russes

C’est dans la deuxième partie du programme que le pianiste petersbourgeois donne toute la dimension de sa puissance sonore. Trois Préludes de Rachmaninov, à commencer par probablement le plus célèbre, opus 3 n°2 en do dièse mineur, qui a fait le succès du jeune compositeur et qui s’ouvre sur des accords comme une évocation de sonneries de cloches suivis de larges arpèges où la puissance timbrée de Volodos fait merveille. S’il fait beaucoup d’effet, ce n’est en réalité pas le prélude le plus difficile, mais un vrai plaisir d’entendre un beau son. Suivent alors deux Préludes lento de l’opus 23 et 32, une Romance et une Sérénade dans lesquelles Volodos plonge le public dans le recueillement de son timbre avant de l’éblouir par sa technique impeccable et virevoltante dans l’Etude-Tableau opus 33 n°3. Surnommée « la tempête de neige », cette étude est l’une des plus difficiles de Rachmaninov, la main droite court continuellement sur le clavier avec des sauts d’octaves et de gammes chromatiques dont Volodos ne fait qu’une bouchée, avec précision et finesse.

Le pianiste imprègne avec la même aisance les pièces de Skriabine, dont le langage si particulier nous est amené avec profondeur et sensibilité. Une Mazurka, puis une Caresse Dansée, une Enigme et Deux danses jusqu’au brillant Vers la Flamme opus 72 qui s’éteint dans des pianissimos impeccablement dosés.
Des tonnerres d’applaudissements ont fait revenir l’artiste pour plusieurs bis, dont on retiendra un magnétique Menuet D.600 de Schubert, pièce rarement jouée et magnifique ; on dirait une incantation, une prière de Schubert à Bach… un moment suspendu dans le temps, à l’image de ce concert.




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