Anita Rachvelishvili (Dalila) et les Choeurs de l'Opéra national de Paris dans la pré-générale de Samson et Dalila © Vincent Pontet / Opéra national de Paris
Anita Rachvelishvili (Dalila) et les Choeurs de l'Opéra national de Paris dans la pré-générale de Samson et Dalila © Vincent Pontet / Opéra national de Paris
Chronique

Samson et Dalila : le chef-d’œuvre du répertoire lyrique fascine l’Opéra Bastille

par Sonia Bos-Jucquin | le 18 octobre 2016

Vingt-cinq ans que nous attendions une nouvelle production de l’œuvre lyrique de Camille Saint-Saëns, composée en 1877. C’est depuis le 4 octobre 2016 chose faite, puisque l’Opéra Bastille accueille durant un mois ce chef-d’œuvre du répertoire français, dirigé avec panache par Philippe Jordan et dans une distribution éblouissante.

 

Camille Saint-Saëns s’inspire du Livre des Juges figurant dans la Bible hébraïque pour composer son opéra Samson et Dalila en 1877. L’œuvre raconte la trahison de la jeune femme envers le héros hébreux dont la force surnaturelle réside dans sa chevelure. La Philistine Dalila, après lui avoir extorqué l’information en se jouant du profond et sincère attachement amoureux du jeune homme, n’a pas hésité à le livrer à son peuple.

Pour interpréter ces protagonistes de caractère, il fallait des pointures du répertoire lyrique. Anita Rachvelishvili, que nous avions pu admirer dans le rôle d’Amnéris dans l’Aïda de Verdi présentée en fin de saison dernière à l’Opéra de Paris, nous prouve une nouvelle fois toute l’étendue de son talent en s’emparant du rôle de Dalila. La mezzo frôle de très près la perfection, tant au niveau vocal que scénique. Au sommet de son art, elle ne démérite pas l’ovation du public très expressif de l’Opéra Bastille. Si sa voix séduit sans aucun effort, il en est de même pour son jeu, tout en nuances. A la fois séductrice et cruelle manipulatrice, elle sait mettre en avant par un jeu d’actrice irréprochable, toutes les nuances appelées par son personnage. A ses côtés, le ténor Aleksandrs Antonenko est également éblouissant dans la peau de Samson. Force et fragilité se conjuguent à l’unisson dans la composition de ce rôle qui nous laisse un impérissable souvenir dans l’exécution sans faille de Vois ma misère hélas ! à l’acte final.

Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson) dans la pré-générale de Samson et Dalila

Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson) dans la pré-générale de Samson et Dalila © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Philippe Jordan dirige l’Orchestre de l’Opéra national de Paris avec une extrême précision. Très investi, il livre une direction musicale ciselée qui donne à entendre toutes les nuances et les couleurs de la partition de Camille Saint-Saëns.
Là où le bât blesse, c’est au niveau de la mise en scène proposée par Damiano Michieletto, qui est la seule faiblesse de cette proposition. En effet cette dernière est plus que fade, voire transparente. Dans tous les cas, nous ne pouvons que la qualifier de ratée tant elle est l’exact opposé de la réussite musicale majestueuse proposée par Philippe Jordan et la distribution retenue.
La transposition contemporaine qu’il signe est bien trop floue pour nous convaincre pleinement. D’ailleurs, dans le deuxième acte, la mise en scène est carrément inexistante et c’est presque mieux ainsi puisque la beauté et la force des arias se suffisent à elles-mêmes.

Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson) dans la pré-générale de Samson et Dalila © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Anita Rachvelishvili (Dalila) et Aleksandrs Antonenko (Samson) dans la pré-générale de Samson et Dalila © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Si Philippe Jordan s’impose comme l’un des facteurs de réussite du Samson et Dalila présenté à l’Opéra Bastille jusqu’au 5 novembre, dans la ligne de mire de sa baguette, la distribution brille de mille feux, renforcée par la présence somptueuse des Chœurs de l’Opéra dont l’ouverture résonne encore en nous : « Dieu, écoute la prière de tes enfants à genoux qui t’implorent ».
La conjugaison de leurs talents fait émerger un véritable régal auditif, légèrement entaché par le côté visuel totalement approximatif instauré par le metteur en scène italien, bien loin de la Palestine antique.

Dans Samson et Dalila, « l’amour verse au cœur l’oubli de nos maux » et cette version fait un bien fou grâce à une qualité vocale et musicale exceptionnelle. A ne pas rater, sous aucun prétexte, malgré une faiblesse de mise en scène, ne serait-ce que pour s’extasier devant la maîtrise parfaite de la distribution et de la direction musicale de Philippe Jordan.

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