Joshua Bell © Chris Lee
Joshua Bell © Chris Lee
Chronique

Le Sibelius magnétique de Joshua Bell

par Jacqueline Letzter et Robert Adelson | le 16 octobre 2017

Le 13 octobre 2017, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo dirigé par le chef d’orchestre russe Andrey Boreyko a présenté un programme consistant de trois œuvres composées autour du tournant du XXème siècle en compagnie du célèbre violoniste Joshua Bell

 

La première partie comprenait L’Automne, extrait des Saisons, op. 67 (1899) d’Alexander Glazounov et le Concerto pour violon et orchestre en ré mineur, op. 47 (1904) de Jean Sibelius, joué par Joshua Bell. Le concert s’est terminé par la suite pour orchestre de La Belle au bois dormant, op. 66a (1888) de Piotr Ilitch Tchaïkovski (arrangée en 1978 par Mikhaïl Pletnev).

L’Automne de Glazounov a permis à Boreyko de montrer la brillance de l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo. On a remarqué en particulier le jeu du hautbois (Matthieu Bloch) et de la clarinette (Marie-B. Barrière-Bilote).  Dans la suite de Tchaïkovski/Pletnev, Boreyko le chef d’orchestre à mener les musiciens à pousser un peu trop sur le volume (en particulier pour les trombones et le tuba), au détriment de la définition dans les passages en staccato joués par les bois dans la coda du premier acte. La harpiste Sophia Steckeler a interprété une ravissante coda dans le finale.

Andrey Boreyko. Photo: Christoph Rättger

Andrey Boreyko © Christoph Rättger

Joshua Bell a magnétisé autant le public que l’orchestre dès les premières notes du concerto de Sibelius, tant sa concentration intense aimante l’attention à chacune de ses phrases. Bell n’est pas un violoniste grandiloquent ; même dans les chevaux de batailles, il trouve des éléments subtils à nous faire savourer, comme le ré aigu vers la fin du premier thème, joué pianissimo subito. La sonorité chaude de son violon, le « Huberman » (1713) d’Antonio Stradivari, lui permet de s’exprimer délicatement sans jamais forcer.  Ainsi le « cri » introduisant le développement du premier mouvement et s’étendant sur trois octaves était à la fois primal et sublime.

Bell est non seulement soliste mais également chef d’orchestre (directeur musical de l’Académie de Saint-Martin des Champs à Londres depuis 2011). Pendant les tutti, il se tourne vers l’orchestre et bien qu’il garde les yeux fermés (à la von Karajan), on a l’impression que les musiciens suivent les gestes presque imperceptibles de sa tête plus que le baguette d’Andrey Boreyko.

En effet, nous avons remarqué quelques déconnexions entre Bell et Boreyko, par exemple, à la fin du deuxième mouvement, Adagio di molto, quand Bell a indiqué à Boreyko avec son instrument qu’il voulait commencer le finale sans pause (sans doute pour éviter que le public brise l’ambiance méditative avec des applaudissements, comme cela s’était passé à la fin du premier mouvement), mais il a fallu attendre cinq longues secondes avant que Boreyko signale aux contrebasses de sonner l’ostinato de la polonaise.  Le rythme de la polonaise manquait de clarté, comparé au style de Bell qui infuse à son jeu l’énergie de la danse.

Joshua Bell. Photo: Richard Ascroft

Joshua Bell © Richard Ascroft

Bell a exécuté les passages les plus virtuoses avec son aplomb habituel, surtout les retours du thème du finale en notes harmoniques aigues. Très acclamé par le public, Bell a offert comme bis la Gavotte en rondeau de la Partita no 3 en Mi majeur, BWV 1006 de Bach, dans une interprétation assez musclée, malgré une fin gracieuse.

Le violoniste joue avec une telle intensité que lorsque l’on l’écoute, on ne peut s’imaginer que jamais personne ne pourra jouer avec plus de justesse et de dévouement. Une chose est sûre : ceux qui étaient présents à l’Auditorium Rainier III vendredi soir vont y réfléchir à deux fois avant de passer sans faire attention, lorsqu’ils croiseront un violoniste qui joue dans le métro.




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