Stéphane Degout © DR
Stéphane Degout © DR
Chronique

Stéphane Degout à l’Athénée, un moment de pure beauté et de magie

par Violette Renié | le 20 décembre 2017

Ce 18 décembre, à l’occasion des « Lundis musicaux », Stéphane Degout, accompagné du pianiste Simon Lepper, s’est produit dans un récital intitulé Poèmes d’un jour, au théâtre Athénée à Paris. Au programme, cinq mélodies de Fauré, sept lieder de Brahms, et les Zwölf Gedichte op.35 de Schumann. En une heure et trente minutes, le baryton français a tout simplement enchanté les spectateurs,  laissant presque le public sur sa faim, tant ils auraient voulu que ce moment dure encore bien plus longtemps.

 

On ne présente plus le baryton Stéphane Degout, à peine 42 ans au compteur et une magnifique carrière internationale, qui devrait aller crescendo. Et pourtant, il réussit encore à surprendre dans ce récital, et laisse les spectateurs légèrement sous le choc, peinant à se remettre de tant d’émotions. Tout en finesse, tout en dentelle et pourtant sans aucune mièvrerie, aucun maniérisme, le baryton fait preuve d’un art parfaitement maîtrisé, intelligemment ciselé, et, surtout, toujours au service de la musique et du texte. Qu’il est bon d’entendre une diction absolument parfaite, minutieuse, tant en français qu’en allemand ! Qu’il est agréable de voir un chanteur intelligent, qui sait à tout moment moduler sa voix, tantôt caressante, tantôt plaintive, tantôt dramatique, tantôt spectrale. Si, fatalement, le chanteur capte presque tous les regards, le pianiste Simon Lepper est loin de démériter, et fait preuve d’un pareil talent, avec un toucher très sensuel, extrêmement souple, qui lui permet de toujours soutenir le chant, sans jamais s’effacer. Les deux musiciens semblent toujours en osmose, l’un offrant un tapis rouge à la voix de l’autre.

Les mélodies de Gabriel Fauré, pourtant fort connues (Aurore, 3 Poèmes d’un jour, Automne), se redécouvrent, prennent une autre forme, une autre dimension, servies avec charme et sophistication. Dans les lieder de Johannes Brahms, l’art de Stéphane Degout se développe encore. Le chanteur semble s’être simplement échauffé pendant les mélodies, pour déployer tout son talent ensuite. Les nuances sont riches et contrastées, le legato est incroyablement souple, et pourtant, l’articulation reste parfaite, jamais un son n’est pareil au précédent, le tout dans une cohérence sublime. Mais l’apothéose vient avec la suite de lieder de Schumann, dans laquelle la personnalité artistique de Stéphane Degout s’avère d’une richesse absolument incroyable. La qualité d’un artiste se mesure aussi à l’aune des risques qu’il sait prendre, et quel bonheur d’entendre ce chanteur se risquer à la voix de tête, pianissimo, notamment dans le magnifique Stirb, Lieb’ und Freud. Les spectateurs se souviendront sans doute longtemps des longues secondes de silence suspendu qui ont suivi le tout dernier lied, interprété intégralement dans une nuance piano absolument incroyable, laissant le public sans voix, ému aux larmes. Mais les deux artistes reviennent encore pour un bis très attendu, Lerchegesang, l’un des plus beaux lieder de Brahms.

Un seul petit regret, l’artiste a une légère tendance à « sortir » du lied ou de la mélodie avant la conclusion, ce qui est légèrement frustrant pour le spectateur, d’autant qu’il en profite pour jeter un œil discret à son petit carnet, dissimulé dans le piano…

C’est une véritable leçon de chant que Stéphane Degout a offert aux spectateurs, et un sublime moment de musique que les deux musiciens ont su créer. Le concert était enregistré pour être gravé, et voilà un disque qui devrait trouver sa place dans de nombreuses discothèques !




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